Alors qu'elles attendent de savoir si le gouvernement prendra des mesures pour les aider à surmonter la crise du coronavirus, les start-up font le gros dos... mais s'inquiètent. L'appel lancé par les start-up belges, voici une dizaine de jour, montrait à quel point l'écosystème était fragile : la majorité des jeunes pousses du numérique n'auraient, en effet, pas plus de 6 mois de réserve de cash !

Pour ce jeune CEO de start-up en vue et typiquement construite sur une vision d'hyper-croissance soutenue par du capital à risque, la crise du Covid-19 a d'ores et déjà été dramatique. "Nous étions en processus de levée de fonds pour plusieurs millions d'euros, nous glisse-t-il tout en insistant pour ne pas être cité nommément afin de ne pas porter préjudice à son business. Tout était prêt pour signature début avril : terms sheets, négociation sur la valorisation, etc. Mais le venture capitalist (VC) principal a reporté son investissement dès l'arrivée de la crise. Résultat ? Il nous reste du cash jusque fin mai seulement... et une équipe de plus de 20 personnes. Du coup, nous reportons le lancement de notre produit et gelons l'ensemble des dépenses sauf les salaires, que tout le monde a accepté de baisser. Mon défi actuellement consiste à convaincre les business angels existants de continuer à nous soutenir. Si j'obtiens 20% des montants que l'on espérait lever, je serais content. Pour tenir quelques mois de plus et développer notre concept hyper prometteur. Mais à ce stade, je dirais qu'on a 50% de risque de ne pas y arriver. "

Pour l'instant, le mot d'ordre global est très clair : gérer la trésorerie. "C'est bien connu, cash is king, réagit Simon Alexandre, general manager du fonds liégeois The Faktory. Il faut bien maîtriser les coûts, être prudent sur les dépenses et ne pas rouler aussi vite qu'avant la crise. " Ce serait le moment d'être le plus capital efficient possible, soulignent les investisseurs professionnels. Comprenez : utiliser au mieux l'argent à disposition."

Tornade sur le marché du funding ?

Pourtant, la crise sans précédent que l'on rencontre actuellement pourrait bien avoir l'effet d'une tornade sur le marché du financement des start-up. "En quelques semaines, le marché du funding est passé du côté des entrepreneurs à celui des investisseurs", observe Frank Maene, gestionnaire du fonds Volta Ventures. Comprenez qu'en peu de temps, les entrepreneurs ne sont plus en position de force lorsqu'ils viennent négocier avec les investisseurs. Ces derniers sont " moins ouverts pour le moment à découvrir de nouveaux projets, admet Frank Maene. Beaucoup ont tendance à s'occuper de leur portefeuille existant pour soutenir les start-up dans lesquelles ils ont déjà investi. Sauf dans le cas des nouveaux fonds qui doivent encore prendre des parts dans des jeunes pousses ". Mais nul doute qu'ils se montreront plus frileux. "Qu'il s'agisse des business angels ou des investisseurs pros qui alimentent les venture capitalists, on imagine que tous ont essuyé des déconvenues boursières, observe Thibaut Claes, investment manager pour le fonds W.IN.G. Et ils vont inévitablement se montrer plus prudents étant donné les nombreuses incertitudes."

"Il est évident que tous les investisseurs se montreront bien plus sélectifs dans un contexte moins favorable tel qu'on l'attend dans les 18 ou 24 mois à venir, confirme Simon Alexandre, de The Faktory. Sur pas mal de dossiers en cours, il faut forcément réévaluer les business plans présentés, sur la base de leur secteur, des différentes hypothèses de marchés et les projections sur leurs clients qui, eux-mêmes, seront impactés par la crise."

Les valorisations déjà en baisse

Résultat pour les boîtes techs actuellement en levée de fonds ? "On observe déjà, non seulement une baisse des possibilités de montants levés mais aussi une sérieuse correction sur les valorisations, constate un expert du secteur, pouvant aller jusqu'à 50% de diminution." Surtout du côté des investisseurs privés. " Les VC suivent généralement les tendances des marchés, reconnaît Frank Maene. Et comme ils descendent de 30 à 40 %, cela se remarque aussi dans le créneau des start-up. " Ce qui s'explique mathématiquement également. "Une valorisation de start-up s'effectue souvent sur la base du chiffre d'affaires actuel de la boîte et des perspectives de croissance à court terme", explique Thibaut Claes. Comme dans l'immédiat les perspectives ne sont pas franchement bonnes et que la visibilité sur la plus longue durée n'est pas très claire non plus, les investisseurs - privés surtout - vont limiter leurs risques, tant en diminuant les montants investis qu'en faisant baisser la valorisation. "Ce qui, du reste, serait déjà en train d'arriver", nous glissent pas mal de connaisseurs du sujet.

Nul doute que l'avenir proche s'annonce compliqué pour pas mal de projets de start-up du numérique car même si le gouvernement prend des mesures de soutien spécifique, toutes les jeunes pousses et tous les projets ne seront pas sauvés. Entre les start-up les plus faibles (ou les plus risquées) qui rendront les armes et celles qui ne parviendront pas à passer à la vitesse supérieure faute de levées de fonds, le marché risque bien de subir la crise de plein fouet. "Cela mettra, c'est vrai, sur le carreau pas mal de start-up dont certaines qui ont profité de l'effet de mode de l'investissement dans le secteur digital, analyse Thibaut Claes. Mais les bons projets, les plus solides et les mieux dirigés, feront le dos rond et passeront au travers de la crise." Cette dernière permettra, du reste, de révéler le talent d'un certain nombre d'entrepreneurs. "La crise demande de l'agilité et permet à certaines boîtes et certains fondateurs de se distinguer grâce à leur manière de réagir, de saisir des opportunités de faire mieux et de se transformer ", insiste Pierre Hermant, patron de Finance&Invest Brussels. Ces start-up et entrepreneurs auront eu les moyens de mettre à profit la période de confinement pour avancer sur leurs développements, pour évoluer et pour se préparer à l'après-crise... Car, comme le souligne Frank Maene, "les meilleurs jours vont revenir, tout comme après la bulle d'Internet et après 2008... "

Christophe Charlot

Alors qu'elles attendent de savoir si le gouvernement prendra des mesures pour les aider à surmonter la crise du coronavirus, les start-up font le gros dos... mais s'inquiètent. L'appel lancé par les start-up belges, voici une dizaine de jour, montrait à quel point l'écosystème était fragile : la majorité des jeunes pousses du numérique n'auraient, en effet, pas plus de 6 mois de réserve de cash ! Pour ce jeune CEO de start-up en vue et typiquement construite sur une vision d'hyper-croissance soutenue par du capital à risque, la crise du Covid-19 a d'ores et déjà été dramatique. "Nous étions en processus de levée de fonds pour plusieurs millions d'euros, nous glisse-t-il tout en insistant pour ne pas être cité nommément afin de ne pas porter préjudice à son business. Tout était prêt pour signature début avril : terms sheets, négociation sur la valorisation, etc. Mais le venture capitalist (VC) principal a reporté son investissement dès l'arrivée de la crise. Résultat ? Il nous reste du cash jusque fin mai seulement... et une équipe de plus de 20 personnes. Du coup, nous reportons le lancement de notre produit et gelons l'ensemble des dépenses sauf les salaires, que tout le monde a accepté de baisser. Mon défi actuellement consiste à convaincre les business angels existants de continuer à nous soutenir. Si j'obtiens 20% des montants que l'on espérait lever, je serais content. Pour tenir quelques mois de plus et développer notre concept hyper prometteur. Mais à ce stade, je dirais qu'on a 50% de risque de ne pas y arriver. " Pour l'instant, le mot d'ordre global est très clair : gérer la trésorerie. "C'est bien connu, cash is king, réagit Simon Alexandre, general manager du fonds liégeois The Faktory. Il faut bien maîtriser les coûts, être prudent sur les dépenses et ne pas rouler aussi vite qu'avant la crise. " Ce serait le moment d'être le plus capital efficient possible, soulignent les investisseurs professionnels. Comprenez : utiliser au mieux l'argent à disposition." Tornade sur le marché du funding ?Pourtant, la crise sans précédent que l'on rencontre actuellement pourrait bien avoir l'effet d'une tornade sur le marché du financement des start-up. "En quelques semaines, le marché du funding est passé du côté des entrepreneurs à celui des investisseurs", observe Frank Maene, gestionnaire du fonds Volta Ventures. Comprenez qu'en peu de temps, les entrepreneurs ne sont plus en position de force lorsqu'ils viennent négocier avec les investisseurs. Ces derniers sont " moins ouverts pour le moment à découvrir de nouveaux projets, admet Frank Maene. Beaucoup ont tendance à s'occuper de leur portefeuille existant pour soutenir les start-up dans lesquelles ils ont déjà investi. Sauf dans le cas des nouveaux fonds qui doivent encore prendre des parts dans des jeunes pousses ". Mais nul doute qu'ils se montreront plus frileux. "Qu'il s'agisse des business angels ou des investisseurs pros qui alimentent les venture capitalists, on imagine que tous ont essuyé des déconvenues boursières, observe Thibaut Claes, investment manager pour le fonds W.IN.G. Et ils vont inévitablement se montrer plus prudents étant donné les nombreuses incertitudes." "Il est évident que tous les investisseurs se montreront bien plus sélectifs dans un contexte moins favorable tel qu'on l'attend dans les 18 ou 24 mois à venir, confirme Simon Alexandre, de The Faktory. Sur pas mal de dossiers en cours, il faut forcément réévaluer les business plans présentés, sur la base de leur secteur, des différentes hypothèses de marchés et les projections sur leurs clients qui, eux-mêmes, seront impactés par la crise." Les valorisations déjà en baisseRésultat pour les boîtes techs actuellement en levée de fonds ? "On observe déjà, non seulement une baisse des possibilités de montants levés mais aussi une sérieuse correction sur les valorisations, constate un expert du secteur, pouvant aller jusqu'à 50% de diminution." Surtout du côté des investisseurs privés. " Les VC suivent généralement les tendances des marchés, reconnaît Frank Maene. Et comme ils descendent de 30 à 40 %, cela se remarque aussi dans le créneau des start-up. " Ce qui s'explique mathématiquement également. "Une valorisation de start-up s'effectue souvent sur la base du chiffre d'affaires actuel de la boîte et des perspectives de croissance à court terme", explique Thibaut Claes. Comme dans l'immédiat les perspectives ne sont pas franchement bonnes et que la visibilité sur la plus longue durée n'est pas très claire non plus, les investisseurs - privés surtout - vont limiter leurs risques, tant en diminuant les montants investis qu'en faisant baisser la valorisation. "Ce qui, du reste, serait déjà en train d'arriver", nous glissent pas mal de connaisseurs du sujet. Nul doute que l'avenir proche s'annonce compliqué pour pas mal de projets de start-up du numérique car même si le gouvernement prend des mesures de soutien spécifique, toutes les jeunes pousses et tous les projets ne seront pas sauvés. Entre les start-up les plus faibles (ou les plus risquées) qui rendront les armes et celles qui ne parviendront pas à passer à la vitesse supérieure faute de levées de fonds, le marché risque bien de subir la crise de plein fouet. "Cela mettra, c'est vrai, sur le carreau pas mal de start-up dont certaines qui ont profité de l'effet de mode de l'investissement dans le secteur digital, analyse Thibaut Claes. Mais les bons projets, les plus solides et les mieux dirigés, feront le dos rond et passeront au travers de la crise." Cette dernière permettra, du reste, de révéler le talent d'un certain nombre d'entrepreneurs. "La crise demande de l'agilité et permet à certaines boîtes et certains fondateurs de se distinguer grâce à leur manière de réagir, de saisir des opportunités de faire mieux et de se transformer ", insiste Pierre Hermant, patron de Finance&Invest Brussels. Ces start-up et entrepreneurs auront eu les moyens de mettre à profit la période de confinement pour avancer sur leurs développements, pour évoluer et pour se préparer à l'après-crise... Car, comme le souligne Frank Maene, "les meilleurs jours vont revenir, tout comme après la bulle d'Internet et après 2008... " Christophe Charlot