Ce lundi, plusieurs centaines de dirigeants de start-up belges avaient signé un appel groupé pour obtenir le soutien du gouvernement. Sous la bannière "Support our startups", ils ont lancé un véritable appel à l'aide tous ensemble. Concrètement, ils en appellent à des garanties d'Etat (sous forme de prêt ou d'investissement). "Plus de la moitié des start-up ayant un runway d'environ 6 mois, les problèmes de liquidité impacteront très prochainement la compétitivité de nos start-up et scale-up et pourraient mener à une dissolution quasi-totale de l'écosystème start-up belge" écrivent-ils ! La demande du collectif est la suivante : "lorsqu'une start-up/scale-up parvient à sécuriser 25% de ses besoins financiers, nous demandons au gouvernement de compléter la différence en offrant des garanties de prêts cautionnés par le gouvernement pour les 75% restants".

Une revendication qui ne plaît pas forcément à tout le monde. "Demander au public de supporter le risque du privé, que ce soit pour les start-up ou les entreprises plus traditionnelles, reste interpellant", nous glisse un entrepreneur à la tête d'une... start-up.

Privatiser les bénéfices et faire partager les risques par le public ?

"Les entrepreneurs en démarrage et leurs investisseurs en mode "capital-risque" risquent désormais de se faire une réputation d'égoïstes en défendant les vertus du capitalisme quand les temps sont favorables, mais en appelant à des "sauvetages socialistes" quand le vent tourne et que leur chiffre d'affaires prévu est retardé (comme pour la plupart des autres entreprises)", écrit Toon Vanagt, entrepreneur de start-up chevronné et figure bien connue de l'écosystème start-up.

Même son de cloche auprès d'un acteur d'un organisme public en contact avec l'écosystème des start-up : "alors que le public soutient déjà la plupart des start-up, cet appel a de quoi surprendre. Est-ce que le simple statut de start-up implique que le public doit forcément les soutenir ? Quand on sait que sur 100 projets, très peu finiront par donner une entreprise rentable et qui engage, peut-on envisager un soutien aussi systématique et dans ces proportions ?"

Un investisseur privé qui "valider" la viabilité ?

Et ce n'est pas tant la demande elle-même qui surprend que l'argumentaire par lequel le collectif des start-up justifie le soutien des gouvernements (fédéral et régionaux). "En exigeant que des investisseurs reconnus s'engagent à hauteur de 25%, le gouvernement dispose d'une preuve solide de la viabilité de la startup et devrait être capable de fournir la garantie pour les 75% restant en quelques jours" avancent les start-up signataires. "Comment définir ce qu'est un investisseur reconnu, nous glisse-t-on ? Et comment penser qu'un investisseur qui croit dans un projet permet de forcément d'en valider la viabilité ?" En effet, le taux d'échec dans les start-up est, par nature, énorme. Or, toutes les jeunes pousses sont généralement financées, au moins en partie par des investisseurs privés...

Risque d'effets d'aubaine

Certains craignent inévitablement des effets d'aubaine : "certains vont organiser des levées de fonds pour attirer des garanties du public alors que leur difficulté n'est pas forcément lié à la crise actuelle mais à leur business model ou à la gestion de leur start-up, glisse cet observateur un brin critique. Comment l'éviter ? Comment mettre en oeuvre une telle mesure ?" Dans La Libre d'hier, Pierre Hermant, le patron de Finance & Invest Brussels impliqué dans l'Economic Risk Management Group qui étudie l'ensemble des mesures à prendre pour l'économie belge, a précisé avoir entendu l'appel mais l'a commenté de la sorte : "Il faut éviter que les propositions mises sur la table, par les uns et par les autres, ne partent dans tous les sens. Je ne pense pas que cette mesure fasse l'unanimité au sein de l'écosystème des start-up. Notre volonté est de proposer aux start-up des réponses sur mesure et qui évitent d'éventuels effets d'aubaine."

En attendant que des mesures soient éventuellement proposés, Toon Vanagt, suggère plutôt que les start-up "continuent à utiliser à juste titre les mesures de soutien à l'économie "régulière" dont les start-up font partie : le chômage (partiel), les retards de paiement pour les impôts, la TVA et la sécurité sociale." La plupart des investisseurs privés demandent, par ailleurs, que les boîtes qu'ils ont en portefeuille diminuent drastiquement les frais, partout où c'est possible.

Mais un appel à l'aide à écouter

Reste que la sortie de l'écosystème des start-up mérite d'être mise en lumière et entendues à plusieurs titres. D'abord parce que "quand 700 start-up signent un appel à l'aide, cela mérite d'être entendu, évoque cette figure très respectée dans l'univers start-up mais qui préfère ne pas apparaître. Que l'écosystème, tant francophone que néerlandophone se soit réuni en un week-end autour d'une telle demande est très positif. Cela a le mérite de mettre le sujet sur la table parce que, jusqu'ici, on parlait surtout des soutiens aux grosses entreprises et aux PME classiques. Or les start-up rencontrent des problématiques différentes."

Ensuite, parce que les start-up, même si elles ne constituent pas encore le socle de notre économie et ne représentent, en terme d'emplois et de création de valeur, qu'une part réduite de l'activité de notre pays, elles sont un symbole d'innovation et regorgent de promesses d'avenir. Elles peuvent, par ailleurs, être le moteur de transformation des PME et grosses boîtes vers plus d'efficience et une meilleure compétitivité.

Ce gros "coup de timbale" de l'écosystème sera, nous dit-on, analysé par les responsables politiques et les tasks forces mises en place pour limiter les impacts de la crise. Bien sûr, les start-up ont voulu marquer les esprits avec un appel fort et une demande claire, sous forme d'une mesure choc. Mais d'autres mécanismes que celui demandé par les start-up commencent à émerger : comme l'extension du "tax shelter" pour les investisseurs dans les start-up, des soutiens en mode "fonds" pour les scale-up ou l'ouverture des appels d'offres publics aux start-up...

A ce stade, l'Economic Risk Management Group doit encore rendre son rapport au gouvernement.

Ce lundi, plusieurs centaines de dirigeants de start-up belges avaient signé un appel groupé pour obtenir le soutien du gouvernement. Sous la bannière "Support our startups", ils ont lancé un véritable appel à l'aide tous ensemble. Concrètement, ils en appellent à des garanties d'Etat (sous forme de prêt ou d'investissement). "Plus de la moitié des start-up ayant un runway d'environ 6 mois, les problèmes de liquidité impacteront très prochainement la compétitivité de nos start-up et scale-up et pourraient mener à une dissolution quasi-totale de l'écosystème start-up belge" écrivent-ils ! La demande du collectif est la suivante : "lorsqu'une start-up/scale-up parvient à sécuriser 25% de ses besoins financiers, nous demandons au gouvernement de compléter la différence en offrant des garanties de prêts cautionnés par le gouvernement pour les 75% restants". Une revendication qui ne plaît pas forcément à tout le monde. "Demander au public de supporter le risque du privé, que ce soit pour les start-up ou les entreprises plus traditionnelles, reste interpellant", nous glisse un entrepreneur à la tête d'une... start-up. Privatiser les bénéfices et faire partager les risques par le public ? "Les entrepreneurs en démarrage et leurs investisseurs en mode "capital-risque" risquent désormais de se faire une réputation d'égoïstes en défendant les vertus du capitalisme quand les temps sont favorables, mais en appelant à des "sauvetages socialistes" quand le vent tourne et que leur chiffre d'affaires prévu est retardé (comme pour la plupart des autres entreprises)", écrit Toon Vanagt, entrepreneur de start-up chevronné et figure bien connue de l'écosystème start-up. Même son de cloche auprès d'un acteur d'un organisme public en contact avec l'écosystème des start-up : "alors que le public soutient déjà la plupart des start-up, cet appel a de quoi surprendre. Est-ce que le simple statut de start-up implique que le public doit forcément les soutenir ? Quand on sait que sur 100 projets, très peu finiront par donner une entreprise rentable et qui engage, peut-on envisager un soutien aussi systématique et dans ces proportions ?"Un investisseur privé qui "valider" la viabilité ?Et ce n'est pas tant la demande elle-même qui surprend que l'argumentaire par lequel le collectif des start-up justifie le soutien des gouvernements (fédéral et régionaux). "En exigeant que des investisseurs reconnus s'engagent à hauteur de 25%, le gouvernement dispose d'une preuve solide de la viabilité de la startup et devrait être capable de fournir la garantie pour les 75% restant en quelques jours" avancent les start-up signataires. "Comment définir ce qu'est un investisseur reconnu, nous glisse-t-on ? Et comment penser qu'un investisseur qui croit dans un projet permet de forcément d'en valider la viabilité ?" En effet, le taux d'échec dans les start-up est, par nature, énorme. Or, toutes les jeunes pousses sont généralement financées, au moins en partie par des investisseurs privés... Risque d'effets d'aubaineCertains craignent inévitablement des effets d'aubaine : "certains vont organiser des levées de fonds pour attirer des garanties du public alors que leur difficulté n'est pas forcément lié à la crise actuelle mais à leur business model ou à la gestion de leur start-up, glisse cet observateur un brin critique. Comment l'éviter ? Comment mettre en oeuvre une telle mesure ?" Dans La Libre d'hier, Pierre Hermant, le patron de Finance & Invest Brussels impliqué dans l'Economic Risk Management Group qui étudie l'ensemble des mesures à prendre pour l'économie belge, a précisé avoir entendu l'appel mais l'a commenté de la sorte : "Il faut éviter que les propositions mises sur la table, par les uns et par les autres, ne partent dans tous les sens. Je ne pense pas que cette mesure fasse l'unanimité au sein de l'écosystème des start-up. Notre volonté est de proposer aux start-up des réponses sur mesure et qui évitent d'éventuels effets d'aubaine."En attendant que des mesures soient éventuellement proposés, Toon Vanagt, suggère plutôt que les start-up "continuent à utiliser à juste titre les mesures de soutien à l'économie "régulière" dont les start-up font partie : le chômage (partiel), les retards de paiement pour les impôts, la TVA et la sécurité sociale." La plupart des investisseurs privés demandent, par ailleurs, que les boîtes qu'ils ont en portefeuille diminuent drastiquement les frais, partout où c'est possible. Mais un appel à l'aide à écouterReste que la sortie de l'écosystème des start-up mérite d'être mise en lumière et entendues à plusieurs titres. D'abord parce que "quand 700 start-up signent un appel à l'aide, cela mérite d'être entendu, évoque cette figure très respectée dans l'univers start-up mais qui préfère ne pas apparaître. Que l'écosystème, tant francophone que néerlandophone se soit réuni en un week-end autour d'une telle demande est très positif. Cela a le mérite de mettre le sujet sur la table parce que, jusqu'ici, on parlait surtout des soutiens aux grosses entreprises et aux PME classiques. Or les start-up rencontrent des problématiques différentes."Ensuite, parce que les start-up, même si elles ne constituent pas encore le socle de notre économie et ne représentent, en terme d'emplois et de création de valeur, qu'une part réduite de l'activité de notre pays, elles sont un symbole d'innovation et regorgent de promesses d'avenir. Elles peuvent, par ailleurs, être le moteur de transformation des PME et grosses boîtes vers plus d'efficience et une meilleure compétitivité. Ce gros "coup de timbale" de l'écosystème sera, nous dit-on, analysé par les responsables politiques et les tasks forces mises en place pour limiter les impacts de la crise. Bien sûr, les start-up ont voulu marquer les esprits avec un appel fort et une demande claire, sous forme d'une mesure choc. Mais d'autres mécanismes que celui demandé par les start-up commencent à émerger : comme l'extension du "tax shelter" pour les investisseurs dans les start-up, des soutiens en mode "fonds" pour les scale-up ou l'ouverture des appels d'offres publics aux start-up... A ce stade, l'Economic Risk Management Group doit encore rendre son rapport au gouvernement.