Si l'on en croit la théorie développée par l'économiste Joseph Schumpeter au début du 20e siècle, l'innovation portée par les entrepreneurs constitue l'un des éléments déterminants de la croissance économique de nos sociétés. Pour lui, l'innovation prend l'allure d'un ouragan qui tout à la fois détruit la valeur de certaines entreprises et les pousse à la perte, et permet à d'autres, celles-là même qui portent ou embrassent les innovations, de s'imposer. Avec, pour effet global, une augmentation de l'activité économique et un bouleversement des métiers. Une théorie qui s'est vérifiée à plusieurs moments clés de l'Histoire : d'abord avec la diminution du nombre d'emplois agricoles au profit de nouveaux jobs dans l'industrie. Ensuite, avec l'automatisation progressive de nos usines qui a eu pour effet une diminution des emplois industriels mais un accroissement de l'activité dans le tertiaire. Aujourd'hui, le tsunami numérique crée aussi ce glissement progressif des jobs. Qui aurait imaginé que certains passeraient leur journée à mettre à jour des pages Facebook, à déployer des campagnes publicitaires sur des réseaux sociaux, à créer du graphisme pour de la réalité augmentée, imaginer des stratégies de collecte et d'analyse de données, développer des algorithmes pour faire rouler des voitures sans chauffeur... Il s'agit pourtant bien du monde dans lequel nous vivons.
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Si l'on en croit la théorie développée par l'économiste Joseph Schumpeter au début du 20e siècle, l'innovation portée par les entrepreneurs constitue l'un des éléments déterminants de la croissance économique de nos sociétés. Pour lui, l'innovation prend l'allure d'un ouragan qui tout à la fois détruit la valeur de certaines entreprises et les pousse à la perte, et permet à d'autres, celles-là même qui portent ou embrassent les innovations, de s'imposer. Avec, pour effet global, une augmentation de l'activité économique et un bouleversement des métiers. Une théorie qui s'est vérifiée à plusieurs moments clés de l'Histoire : d'abord avec la diminution du nombre d'emplois agricoles au profit de nouveaux jobs dans l'industrie. Ensuite, avec l'automatisation progressive de nos usines qui a eu pour effet une diminution des emplois industriels mais un accroissement de l'activité dans le tertiaire. Aujourd'hui, le tsunami numérique crée aussi ce glissement progressif des jobs. Qui aurait imaginé que certains passeraient leur journée à mettre à jour des pages Facebook, à déployer des campagnes publicitaires sur des réseaux sociaux, à créer du graphisme pour de la réalité augmentée, imaginer des stratégies de collecte et d'analyse de données, développer des algorithmes pour faire rouler des voitures sans chauffeur... Il s'agit pourtant bien du monde dans lequel nous vivons. L'arrivée de l'intelligence artificielle pourrait être une vague plus violente que celle du numérique d'aujourd'hui. Pourtant, les défenseurs d'une société massivement transformée par l'IA se reposent sur la théorie de Schumpeter et mettent en avant la multitude de nouveaux jobs que cette technologie permettra de créer. " L'IA entrera dans les entreprises qui seront poussées à adopter les progrès des technologies digitales pour rester compétitives, note Jacques Bughin, directeur du McKinsey Global Institute. Cela signifie que des jobs vont mourir, mais beaucoup d'autres seront en fait réorganisés tandis que certains nouveaux métiers apparaîtront. " Mais lesquels ? Quand, en 2050, Philippe appellera depuis son smartphone son véhicule autonome stationné à quelques kilomètres de son domicile dans un parking urbain de désengorgement, il pourra aussi sélectionner certains professionnels qui monteront à bord et lui proposeront de nouveaux services : check-up médical mobile, cours de néerlandais et d'anglais, rendez-vous avec son banquier, etc. Si la voiture autonome menace les conducteurs, elle libère du temps à son utilisateur qui cherchera d'autres occupations. D'innombrables services digitaux pourront s'opérer en voiture dès que le volant aura disparu : visites guidées avec réalité augmentée sur les vitres du véhicule, cinéma mobile, etc. Les industries du loisir et de la pub s'empareront rapidement de ce nouveau temps disponible. De plus, la voiture autonome nécessitera des tas de métiers plus techniques. Le site web Planète Automobile s'est risqué à les lister : entre les spécialistes de la robotique mobile et les aiguilleurs routiers pour contrôler les flux urbains, le site spécialisé évoque la nécessité de " data doctors " automobiles qui " vérifieront en permanence la qualité et la sécurité des données collectées et partagées par les véhicules ". En dehors du cas bien spécifique de la voiture autonome, l'IA elle-même fera naître une série de nouveaux jobs. Pour Jacques Bughin, l'un des gros pôles de nouveaux emplois résidera dans les " professions directement impliquées dans la création de la technologie et de l'infrastructure de l'automatisation qui en découle. Ce seront des ingénieurs spécialisés dans l'Internet des objets, des concepteurs de robots et des développeurs de logiciels ". Selon l'expert, les " fournisseurs de technologie " représentent généralement pas moins de 25 % des nouveaux emplois quand débarquent de nouvelles avancées technologiques. Et puis " des entreprises se créeront pour prendre un rôle d'interface ou de plateforme, continue Jacques Bughin. Ce sont des entreprises dans l'écosystème qui aident à maximiser la valeur ajoutée par la technologie ". Et l'intelligence artificielle " fera naître des profils bien particuliers, qui devront être dotés de compétences en psychologie, prédit aussi Bruno Schroder, CTO de Microsoft en Belgique. Il faudra comprendre l'interaction homme/machine et pour cela les psychologues avec de bonnes connaissances en statistiques deviendront des profils recherchés. Je suis persuadé que l'on aura besoin de psycho-statisticiens. Et puis, pour construire certaines technologies d'interaction, on aura besoin de psycho-linguistes également car l'IA devra dépasser la forme et comprendre les intentions des humains qui se situent parfois dans le choix des mots ou dans les positions de certaines hésitations ". Autre nouveau job possible ? Des éducateurs d'intelligence artificielle. Lors d'une précédente rencontre avec Yann Le Cun, le directeur de la recherche en intelligence artificielle chez Facebook nous glissait qu'à l'avenir, " les machines seront entraînables, tout comme les gens peuvent apprendre de nouvelles compétences. On verra par exemple apparaître des métiers dans l'enseignement pour les machines. Comme pour un animal de compagnie. Il faudra les éduquer ". Et bien sûr, la puissance de l'IA alimentera l'intérêt de pirates et hackers en tous genres. Les grands acteurs de l'IA ont d'ores et déjà commencé à recruter des experts en cybersécurité pour sécuriser leurs algorithmes. Et ce n'est qu'un début. Non seulement, ils devront empêcher que des personnes malveillantes ne les détournent, mais en plus, certains profils auront la responsabilité d'éviter qu'une IA ne devienne dangereuse ou inappropriée. D'ailleurs, l'évolution de l'humanité sous les coups de boutoir de l'intelligence artificielle mènera notre société à s'interroger en profondeur. Les débats actuels sur les dangers d'une IA forte le montrent : nos démocraties ne peuvent laisser débarquer ce tsunami sans rien faire. L'IA posera tellement de questions que de nouveaux métiers autour du droit des robots et de l'intelligence seront nécessaires. Des tas de spécialistes (humains) devront encadrer le phénomène : les questions éthiques liées à l'arrivée de l'IA et ses conséquences sont infinies. De même que celles entourant la responsabilité en cas d'incidents. Quand une voiture autonome s'écrase contre un camion, où se trouve la responsabilité ? Chez le conducteur ? Chez le fabricant ? Chez le géant du Web qui fournit l'intelligence artificielle ? Des lobbyistes de tous poils pourraient être appelés à la rescousse pour défendre les positions de certains grands acteurs de l'IA. Tandis que des spécialistes seront nécessaires chez les assureurs. Cet été Axa-Winterthur en Suisse a réuni ses experts pour réaliser une série de crash-tests pour comprendre comment réagit une voiture autonome dans certaines situations. Au-delà de la responsabilité et des aspects légaux, l'éthique deviendra de manière générale un enjeu majeur dans notre société. Il faudra des armées d'éthiciens au sein des mastodontes du Web, des entreprises, des institutions publiques voire des partis politiques. Les uns devront aiguiller l'intelligence artificielle dans des développements qui restent acceptables : empêcher que l'algorithme ne prenne des décisions inacceptables, etc. Les autres devront veiller à contrer les dérives ou à tout le moins encadrer les développements de sorte à ce qu'ils bénéficient bien à la société. Les développements de l'IA dans le domaine militaire sont de terribles cas de figure de dérives potentielles. Une arme autonome, drone ou robot, pourrait en effet être amenée à " faire des choix " cornéliens entre civils et militaires ou dans le nombre de vies à sauver...