" Ce n'est que le début", estime Benoît Stockard. Ce Namurois installe depuis plus de 30 ans des antennes satellites pour réceptionner des programmes télé et des services de télécom. Durant l'été 2021, il a découvert l'internet à haut débit que commercialise SpaxeX, entreprise d'Elon Musk, au départ d'une galaxie de satellites qui n'arrête pas de grandir. "C'est le meilleur service du genre", explique le technicien. Son nom? Starlink...
...

" Ce n'est que le début", estime Benoît Stockard. Ce Namurois installe depuis plus de 30 ans des antennes satellites pour réceptionner des programmes télé et des services de télécom. Durant l'été 2021, il a découvert l'internet à haut débit que commercialise SpaxeX, entreprise d'Elon Musk, au départ d'une galaxie de satellites qui n'arrête pas de grandir. "C'est le meilleur service du genre", explique le technicien. Son nom? Starlink... L'antenne, qui fait partie du package d'installation, trouve elle-même les satellites et établit la liaison, qui fonctionne presque sans latence. "On est quasiment au même niveau que la fibre optique", estime Benoît Stockard. L'homme a récemment équipé de cette technologie un hôtel des Hautes Fagnes, au Mont Rigi, pour assurer le wifi dans les chambres. L'endroit est en effet mal connecté aux réseaux télécoms. Le technicien utilise aussi ce service pour offrir un accès ultra-rapide au net à des organisateurs d'événements, comme lors du prochain Festival des Solidarités à Namur. De quoi, par exemple, assurer des vidéotransmissions optimales. Il a même créé un groupe sur Facebook (Utilisateurs Starlink Belgique) afin de partager son expérience. Pour le moment, Starlink ne s'adresse pas à tous les consommateurs. Le service vise en priorité les utilisateurs mal ou pas connectés, fixes ou mobiles, partout dans le monde. Mais cela reste un gros marché potentiel, déjà dans le collimateur d'autres opérateurs. Les grands acteurs du marché, le français Eutelsat ou le luxembourgeois SES, commercialisent en effet depuis des décennies les services de plusieurs dizaines de gros satellites à destination de chaînes de télévision ou d'entreprises de télécommunication, y compris pour des accès au net, mais avec des performances moindres. Contrairement à Starlink qui a déjà déployé plus de 2.200 satellites de 300 kg placés à 500 km d'altitude, SES ou Eutelsat fonctionnent avec un petit nombre de gros satellites (38 pour Eutelsat) lancés à plusieurs dizaines de milliers de kilomètres, en orbite géostationnaire. Certes, ce dispositif garantit une bonne couverture mais entraîne une certaine latence dans l'échange des données, le rendant peu propice au streaming vidéo ou aux vidéoconférences, par exemple. Par ailleurs, le marché traditionnel de ces opérateurs - la télé - est en perte de vitesse: en 2021, Eutelsat et SES généraient respectivement 1,2 et 1,8 milliard d'euros de revenus, chiffres en recul. L'arrivée de Starlink les oblige donc à bouger, ouvrant peut-être un nouveau marché de croissance.Starlink exploite en effet l'évolution technologique et du marché, qui permet de lancer davantage de satellites à des coûts moins élevés, sur des orbites plus basses, réduisant ainsi la latence dans les échanges de données. Mais l'entreprise d'Elon Musk n'est pas la seule: d'autres constellations concurrentes sont en projet. La britannique OneWeb est l'une des plus avancées: elle a déjà lancé plus de 400 satellites, et est d'ailleurs visée par un projet de fusion avec Euteslat. Quant au luxembourgeois SES, il discuterait d'un mariage avec Intelsat pour développer une stratégie similaire. Pour Eutelsat, qui compte notamment l'Etat français parmi ses actionnaires, un rapprochement avec OneWeb serait parfait. L'entreprise apporterait ses moyens financiers importants à la britannique, qui a justement besoin de fonds pour achever sa constellation. Mais tous les investisseurs ne sont pas aussi enthousiastes. Depuis l'annonce de cette fusion, le cours de Bourse de l'entreprise française a fortement reculé. Il faut dire que son profil d'investissement change: hier entreprise mature, stable, à rentabilité prévisible, elle va se transformer en start-up à haut potentiel et à haut risque. Ce ne sera sans doute pas la dernière fusion. Le mouvement a été inauguré en 2021 avec le rachat du britannique Inmarsat par l'américain Viasat, contre 7,3 milliards de dollars. "Ce sont des consolidations logiques car le secteur est sous la pression de Starlink et bientôt de Kuiper (service identique développé par Amazon, Ndlr), dit Thibauld Jongen, CEO de la Sabca qui fournit des pièces pour les fusées Ariane et Vega, et les avions Airbus. Cela pousse à envisager des rapprochements, à massifier."Signe d'une certaine accélération: la Commission européenne s'est réveillée. Le commissaire au Marché intérieur, Thierry Breton, a annoncé en janvier dernier le lancement d'une constellation européenne de satellites concurrente à Starlink, baptisée Connectivity. "Il s'agit d'une véritable infrastructure géopolitique. Elle réduira notre dépendance vis-à-vis des initiatives commerciales non européennes en cours de développement", a avancé Thierry Breton. Il faut dire que le marché du spatial (lanceurs, fabrication et opérateurs de satellites) représente, au sein de l'Union, 8,8 milliards d'euros et 43.000 emplois, d'après le dernier rapport Space Market du Parlement européen. Ces paroles sont de la musique aux oreilles de Thibauld Jongen: le CEO est aussi administrateur d'Arianespace, filiale d'ArianeGroup, qui commercialise des lancements de satellites principalement via les fusées Ariane. "Si nous n'avons pas notre propre infrastructure de lanceurs et de satellites, nous dépendons du bon vouloir d'autres puissances pour développer l'économie du futur, ou la surveillance des frontières, de la Terre", résume le chef d'entreprise. Et les propos de Thierry Breton lui plaisent d'autant plus qu'ils sont nouveaux. "Il y a cinq ou dix ans, le discours européen était différent: on parlait de marché libre, d'aller au meilleur offrant, explique Thibauld Jongen. Depuis la crise ukrainienne et l'époque Trump, il y a une prise de conscience qu'il faut être autonome et souverain." "La création de valeur économique passera par le digital, donc par les satellites", répète le CEO de la Sabca. De nombreux services impliquent en effet un accès permanent à des flux de données, même dans des endroits mal desservis par les réseaux GSM, les "zones blanches". Une contrainte qui vaut aussi pour les avions, les bateaux, ou tout objet connecté. Les Etats eux-mêmes ont besoin de ce type de service, qui servira aussi de canal de communication hautement sécurisé. L'exploitation de la 5G, notamment sur smartphones, pourrait aussi passer par des satellites dans les zones mal connectées. Reste que le projet de la Commission européenne suppose une gestion améliorée des projets de services satellitaires. Galileo, le GPS européen, a par exemple connu d'énormes retards et des soucis techniques. Dont une panne d'une semaine en 2019... Thierry Breton a promis une nouvelle gouvernance. A noter qu'Eutelsat fait partie des fournisseurs potentiels pour le projet Connectivity de la Commission européenne. Mais sa fusion avec OneWeb pourrait à la fois simplifier et compliquer les choses. Elle rendra Eutelsat plus attractif car la société anglaise dispose déjà de satellites en orbite, prêts à l'emploi, qui pourraient fournir des services à l'Union européenne en attendant le lancement de la constellation Connectivity. Mais la présence de l'Etat britannique dans le capital de OneWeb, avec droit de veto, pourrait constituer un écueil majeur si elle se confirme dans l'entité fusionnée. L'Europe s'est aussi réveillée du côté des lanceurs. Elle a tardé à réagir à l'arrivée dès 2008 des fusées SpaceX, moins coûteuses, qui dominent actuellement le marché. Le constructeur ArianeGroup a vu son lanceur vedette, Ariane 5, perdre son attrait et une partie de sa clientèle. Il a toutefois fini par développer Ariane 6, une fusée moins chère qui devrait effectuer son premier vol en 2023, après quelques retards. "Ariane 6 atteindra progressivement un rythme de 12 lancements par an", assure Thibauld Jongen. L'administrateur estime dès lors que la crise provoquée par l'essor de SpaceX sur les affaires d'Arianespace s'est calmée. L'entreprise a récemment décroché des contrats pour 18 lancements avec Ariane 6. Son commanditaire? Amazon, qui veut déployer sa nouvelle constellation d'accès à haut débit à internet, qui rivalisera avec Starlink. Le géant des Gafam a réparti l'envoi de 3.236 satellites entre trois opérateurs de lanceurs, dont Arianespace. Ce dernier commercialise aussi une autre fusée européenne, Vega C, qui a réussi son vol d'essai en juin dernier, pour les petites charges, et devrait représenter quatre lancements par an. Ce sont de bonnes nouvelles pour la Sabca, qui fournit des systèmes d'actuateurs électriques et électro-hydrauliques qui servent à guider la trajectoire des fusées. On l'a dit, l'entreprise belge fournit Ariane 5, Ariane 6 et la famille Vega. "Ariane 6 a des caractéristiques intéressantes, notamment un mode 'omnibus', qui permet d'effectuer plusieurs arrêts pour installer différents satellites sur autant d'orbites différentes", explique Thibauld Jongen. Reste qu'Ariane 6 n'est pas "recyclable" comme les fusées Dragon de SpaceX, dont le premier étage revient sur terre et peut être réutilisé. Si son coût est moindre que celui d'Ariane 5, il reste dès lors plus élevé que ses concurrents. Mais cela devrait changer. "Il y a en Europe des projets de fusées recyclables, assure Thibauld Jongen. La Sabca est par exemple partie prenante dans les projets de fusées Themis et Maia." L'un vise à développer une Ariane Next, recyclable, pour la prochaine décennie. L'autre est un projet français de lanceur léger lui aussi partiellement réutilisable.