Touring va profiter de la semaine de la mobilité, du 16 au 22 septembre, pour lancer un nouveau service: la maintenance de vélos. "Nous allons proposer d'assurer l'entretien à domicile de vélos électriques ou non par des patrouilleurs", précise Bruno de Thibault, CEO du groupe depuis janvier 2020. "Depuis trois ou quatre ans, nous assistons à une forte progression du vélo. Elle s'est accélérée avec la pandémie."
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Touring va profiter de la semaine de la mobilité, du 16 au 22 septembre, pour lancer un nouveau service: la maintenance de vélos. "Nous allons proposer d'assurer l'entretien à domicile de vélos électriques ou non par des patrouilleurs", précise Bruno de Thibault, CEO du groupe depuis janvier 2020. "Depuis trois ou quatre ans, nous assistons à une forte progression du vélo. Elle s'est accélérée avec la pandémie." Cette offre est un pas de plus de Touring, dont le nom évoque inévitablement l'automobile, vers d'autres formes de mobilité. L'association avait lancé l'assistance pour les vélos en 2013 et une assurance vol l'an dernier. Ces polices couvrent actuellement une vingtaine de milliers de bicyclettes. En réalité, c'est un retour aux sources. "A sa naissance en 1895, le Touring Club était une association de cyclistes, notamment un lobby pour obtenir des pistes cyclables. Quand l'automobile est arrivée, il a fait la même chose, demandant de bonnes routes pour les voitures", raconte Bruno de Thibault. Depuis la Seconde Guerre mondiale, toutefois, le Touring Club a surfé sur l'expansion du parc automobile, passé de 86.000 unités en 1946 à 5,88 millions en 2022. Son activité essentielle est devenue le dépannage. Avec, depuis 1958, une extension à l'assistance voyage internationale. A présent, Touring, organisé autour de l'ASBL Touring Club Royal de Belgique, cherche à ne plus se focaliser exclusivement sur l'automobile. "Nous voulons passer d'un club automobile à un club de la mobilité", résume le CEO. En souscrivant à un produit de dépannage voiture du Touring Club, les clients deviennent automatiquement membres de l'ASBL, laquelle continue à jouer deux rôles: celui de prestataire de services et celui de représentation de ses membres, "soit environ 400.000 familles", précise Bruno de Thibault, qui ajoute que les contrats d'assistance touchent 2,8 millions de véhicules en Belgique, quasiment la moitié du parc. Le principal concurrent sur ce terrain est le VAB (Vlaamse Automobielbond) dont le chiffre d'affaires est proche (237 millions d'euros en 2020). Tous deux pratiquent le dépannage sur place alors qu'une bonne partie du secteur mise sur le remorquage vers le garage le plus proche. "Sur place, nous arrivons à faire redémarrer le véhicule 8 fois sur 10", avance Bruno de Thibault. Les clients sont à la fois des particuliers et des entreprises. Les loueurs et les constructeurs peuvent aussi recourir à Touring pour assurer un service d'assistance. Ce sont des appels d'offres internationaux de trois ans. Peugeot, par exemple, est client. Les cyclistes représentent un nouveau public pour Touring. Aux tout débuts de l'association, l'assistance ne faisait pas partie des prestations proposées. Mais c'était un autre temps, quand les cyclistes réparaient eux-mêmes leur bécane... Aujourd'hui, la bicyclette est devenue un produit plus technique. "Un vélo électrique doit idéalement être entretenu tous les ans, explique Bruno de Thibault. Cela concerne la motorisation, les éléments électriques, mais aussi le recalibrage des rayons des roues. Nous proposons aussi aux entreprises d'organiser des journées de check-up et d'entretien des vélos du personnel." Le virage amorcé actuellement est compliqué et délicat car Touring veut s'étendre vers le vélo mais, en même temps, ne manque pas de critiquer certaines initiatives des pouvoirs publics en faveur de ce mode de transport. Au printemps 2020, lors du premier confinement, Touring avait fustigé la multiplication brutale de pistes cyclables à Bruxelles sur les grands axes, ce qu'il estimait dommageable à la circulation automobile. Ce n'est pas simple de redevenir un lobby du vélo quand on est surtout un lobby d'automobilistes... "On peut partager la route entre les différents modes de transport, dans une certaine harmonie, sans créer d'animosité, justifie Bruno de Thibault. Au lieu de mettre tous les transports sur le même axe, nous proposons de séparer les flux autant que possible. Nous avions d'ailleurs demandé au bureau Stratec une étude à ce sujet, qui a été remise à la Région de Bruxelles-Capitale en septembre 2020. Je trouve que c'est une hérésie de tout faire passer dans la même artère. Pour la rue de la Loi, qui est un grand axe, on pourrait favoriser le trafic des vélos sur une rue parallèle, la rue Joseph II par exemple. On pourrait faire cela pour d'autres axes, privilégier la séparation des trafics. Comme on est en train de le faire avec les autoroutes pour vélos près des futures lignes RER, isolées du trafic automobile." Côté auto, Touring espère bien jouer un rôle dans la transition vers l'électrification des véhicules, qu'il ne remet nullement en cause bien que cette évolution ne soit pas toujours bien accueillie (surtout depuis que des dates butoirs ont été annoncées: fin du diesel et de l'essence respectivement en 2030 et 2035 à Bruxelles). Tout au plus, l'association critique la timidité des pouvoirs publics au sujet du développement du réseau de bornes. Elle voit dans l'électrification du parc automobile une opportunité: "Nous souhaitons accompagner nos membres et être une association de référence sur le sujet, explique Bruno de Thibault. Surtout que la Commission européenne a décidé d'interdire la commercialisation de voitures thermiques à partir de 2035. Nous adaptons nos produits d'assistance et nos services." Le service d'assistance a suivi l'évolution du parc automobile et intervient sur les voitures hybrides et électriques avec des patrouilleurs formés pour ces interventions. "Ces motorisations n'exigent pas moins d'interventions que pour les voitures thermiques", indique le CEO, apparemment rassuré. Il est vrai qu'une partie des interventions les plus fréquentes n'a rien à voir avec la motorisation: ce sont des pneus crevés ou des clés perdues. Touring peut aussi aider les usagers de voiture électrique dont la batterie est épuisée. "Cela pourrait arriver, surtout en hiver, période propice à une baisse de l'autonomie. Mais ce n'est pas encore bien fréquent. De plus, le parc est encore réduit. Nous effectuons en moyenne deux interventions par semaine pour le moment." A cet effet, Touring dispose de véhicules de dépannage munis de boosters qui injectent de l'électricité dans les autos dont la batterie serait plate. Et ce afin de rester dans l'esprit de la maison, qui privilégie les réparations sur place. Pour illustrer cette évolution de Touring, le nouveau siège qui se situera dans le quartier Nord de Bruxelles disposera d'un e-mobility lounge, inspiré d'une organisation homologue en Suisse. "Des particuliers ou des entrepreneurs pourront venir y trouver des informations sur des véhicules électriques, des voitures comme des vélos", annonce Bruno de Thibault. Parmi les projets en développement, il y a aussi l'intervention sur certains réseaux de bornes de recharge, dont Touring pourrait assurer la réparation en cas de panne. L'organisation s'est de toute façon déjà diversifiée. La plus récente évolution est Touring Glass, qui concurrence Carglass (Belron) en cas de bris de glace. L'activité a pris du temps pour devenir rentable, au point que le partenaire historique australien, Club Assist, a préféré revendre sa part à Touring. "Nous prévoyons des profits pour 2022", estime Bruno de Thibault. L'entreprise est tributaire d'arrivées de nouveaux partenaires, surtout des sociétés de leasing qui cherchent un prestataire "bris de vitre" à des conditions plus favorables que celle de la concurrence. "L'activité est complémentaire à nos activités d'assistance. Les perspectives sont bonnes, nous intéressons des partenaires."Le dernier axe est une joint-venture: Optimile, une start-up gantoise dans laquelle Touring a investi en compagnie de BNP Paribas Fortis et des AG, pour développer des services de mobilité, comme une offre MaaS (mobility as a service): une appli qui permet d'accéder à un éventail de services (trains, transports en commun, véhicules partagés, etc.) qui pourrait servir à mieux gérer des budgets de mobilité. Autre domaine développé par Optimile: des services liés aux bornes de recharge. Optimile propose aux entreprises un service via une appli et une carte qui remplacerait, pour la voiture électrique, la carte à carburant, donnant accès à plus de 120.000 bornes publiques en Belgique et en Europe et assurant le remboursement des charges effectuées à domicile par un salarié ( split-billing). Cette activité MaaS semble toutefois compliquée à lancer car la concurrence est forte et l'accès digital aux services de transport difficile. Par exemple, VAB contrôle Olympus Mobility, qui a pris de l'avance. Et puis les services MaaS se multiplient. Même la Stib veut lancer le sien. Le marché des services autour des recharges électriques semble aussi concurrentiel, mais plus ouvert, d'autant que la fiscalité des voitures de société va rendre quasi obligatoire le passage à l'électrification d'ici 2026. Ce sera un moteur de la demande.