Les plus grandes entreprises du monde ont recours au logiciel de Collibra pour automatiser le traitement des données, garantir la qualité et la sécurité des data. Parmi les actionnaires figurent des fonds de capital-risque comme Battery Ventures et Iconiq Capital, le gestionnaire de patrimoine de Mark Zuckerberg. Collibra a lancé en début d'année une nouvelle phase de financement orchestrée par la branche investissement d'Alphabet, le holding qui chapeaute Google. La start-up technologique atteint ainsi une valeur supérieure au milliard de dollars et devient la première société belge à recevoir le statut mythique de licorne.

Dans un entretien à la Trends Summer University, le CEO et cofondateur Felix Van de Maele a expliqué que le succès de ces dernières années n'est pas tombé du ciel. "Il n'a pas été directement au rendez-vous, dit-il. Nous y travaillons depuis 11 ans. En réalité, Collibra a vu le jour trop tôt car en 2008, les entreprises ne se préoccupaient guère des données et du software-as-a-service ( accès au logiciel via une formule d'abonnement, le modèle commercial de Collibra, Ndlr). Cela n'a pas été simple de convaincre les entreprises de l'utilité d'une meilleure gestion des données."

"La crise financière nous a donné un sacré coup de pouce, ajoute le CEO. Suite à celle-ci, les autorités ont durci les règles. Les banques devaient pouvoir prouver l'exactitude des informations transmises aux organismes de contrôle et l'amélioration de la gestion des données est devenue une priorité. "

D'étape en étape

"Les data faisaient désormais l'objet de toutes les attentions, une aubaine pour Collibra, poursuit-il. Notre concept plaisait mais il fallait passer à la deuxième étape : prouver la qualité du produit. Nous nous sommes mis en quête de clients alors que notre produit n'était pas encore tout à fait finalisé, ce qui a généré des erreurs parfois embarrassantes mais nos premiers clients - américains principalement - ne nous en ont pas tenu rigueur parce qu'ils savaient qu'en Belgique, nous travaillions jusque tard dans la nuit pour résoudre tous les problèmes."

Cette preuve de qualité est le passage obligé pour en arriver à la troisième étape, selon Felix Van de Maele : prouver qu'il existe un marché pour le produit. " En 2014, notre marché a connu une formidable expansion, tant et si bien que notre chiffre a triplé. La quatrième étape, celle où nous en sommes actuellement, est la plus excitante : prouver que Collibra peut gagner de l'argent. Nous continuons à grandir parce que nous proposons une solution standard applicable à quasi tous les secteurs. Notre croissance coûte cher (nous sommes passés de 50 à 500 collaborateurs en quelques années) mais les uniteconomics, les gains par client, sont particulièrement prometteurs."

Changer : un must

Collibra a eu de la chance, reconnaît en toute franchise Felix Van de Maele. "Comme pour toutes les start-up, les premières années ont été particulièrement difficiles. Nous avons dû lancer une collecte de fonds, sans quoi nous ne pouvions tenir que quelques mois. Les défis sont aujourd'hui tout autres. Vu sa formidable croissance, Collibra devient une autre entreprise tous les six mois. Une jeune start-up est un bateau de pirate. Tout - ou presque - est permis pour survivre. Mais le CEO et ses collaborateurs ne peuvent pas s'enfermer dans ce rôle de pirates : pensez aux scandales à répétition d'Uber... Pour consolider la croissance, il faut développer une flotte, une entreprise avec différentes procédures... et cela ne va pas sans mal. Le changement est rarement bien perçu. Je passe une bonne partie de mes journées à essayer de convaincre mes collaborateurs."

" Suis-je la bonne personne au bon endroit ? Il faut se poser trois questions : mon travail me procure-t-il toujours autant de satisfaction ? ai-je l'impression d'être toujours le meilleur CEO ? le conseil d'administration a-t-il la même impression ? Je ne m'accroche pas à mon poste. En 2014, les cofondateurs et moi avions pris une décision importante : pour donner à notre entrepise toutes les chances de devenir un acteur international indépendant, celle-ci ne peut pas se contenter de ses seuls fondateurs."

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Un milliard de chiffre d'affaires

Collibra a accompli un parcours sans faute, ce qui n'empêche pas le patron de nourrir de nouvelles ambitions. "Le but, à terme, est de réaliser un milliard d'euros de chiffres d'affaires et d'employer 3.000 collaborateurs d'ici à 2025. Collibra en mieux. L'ambition est indispensable : notre marché pèse 30 milliards et certains de nos clients dépensent déjà plusieurs millions par an chez Collibra. Nous sommes leader de notre marché. Ce serait dommage de manquer d'ambition. Notre but, dès le début, était de créer une niche bien à nous, ce qui était assez arrogant et très naïf, il faut bien l'admettre."

" Quantité d'entreprises utilisent SAP pour rationaliser leur comptabilité et Salesforce pour rendre les procédures de vente plus efficaces. Collibra doit acquérir la même position de force dans le traitement des données. Nous sommes en bonne voie et devrions atteindre notre objectif. La concurrence est plutôt maigre dans ce domaine. Rares sont les entreprises attirées par la data governance. Les start-up préfèrent oeuvrer dans l'intelligence artificielle et le machine learning. IBM propose bien une solution, mais dans le cadre d'une large plate-forme qui soutient de nombreux systèmes surannés. Son activité n'est pas aussi pointue. "

" Les grandes entreprises acceptent de plus en plus d'investir dans la gestion de données, à en juger d'après le marché en pleine expansion et la multiplication des chief data officers en entreprise. Ils sont nos principaux contacts. En 2008, il n'y avait généralement qu'un chief data officer dans les grandes entreprises. En 2014, ils étaient 400 et en 2017 quelque 4.000. "

L'écosystème belge

Collibra n'est plus la seule licorne belge. Combell, la société gantoise qui fournit aux sites web un nom de domaine et un hébergement sur la Toile, est elle aussi entrée le mois dernier dans le club très fermé des licornes.

Felix Van de Maele espère que Collibra pourra bientôt fréquenter d'autres licornes en Belgique. "Comme Showpad, par exemple. Plus de licornes, cela veut dire plus d'expérience et de savoir-faire dans l'écosystème belge. Je ne pense pas que les capitaux soient encore un obstacle. Le manque d'ambition et d'expérience est un obstacle bien plus difficile à surmonter. C'est pourquoi les jeunes entreprises technologiques belges doivent attirer des directeurs extérieurs ayant déjà une certaine expérience dans le développement rapide des sociétés de logiciel."

Quatre entreprises disruptives

Quatre entreprises technologiques très prometteuses ont été invitées à se présenter et à expliquer dans quelle mesure elles sont disruptives lors de cette Summer University.

Bsit facilite la vie des parents et des babysitters. Le CEO, Dimitri De Boose, a expliqué comment l'application essaie de trouver la bonne personne grâce à quelques questions ciblées et de l'intelligence artificielle.

Fibricheck a développé une application mobile capable d'identifier rapidement le moindre problème de rythme cardiaque. Comme l'a expliqué la COO, Bieke Van Gorp, il suffit à l'utilisateur de poser son doigt sur la caméra de son smartphone. L'entreprise envisage de nouveaux modèles d'activité, dont des formules pour entreprises.

Seraphin est le premier courtier entièrement digital. Son CEO, Xavier Lombard, a expliqué que son entreprise essaie d'automatiser le plus possible le processus de vente. Pour ce faire, plus de 20 services logiciels sont actifs derrière les écrans. Les clients peuvent ainsi conclure une assurance plus rapidement et en meilleure connaissance de cause.

iBanFirst, selon les dires du CEO, Pierre-Antoine Dusoulier, a développé un système permettant aux entreprises d'effectuer plus rapidement des paiements internationaux. L'intégration de plateformes existantes, comme Isabel, permet d'accéder au marché des changes en temps réel.