Avec la pandémie, le télétravail s'est imposé dans bon nombre d'entreprises. Tellement qu'à l'heure actuelle, il est difficile de faire machine arrière. En effet, ce dernier présente certains avantages auxquels les salariés ont pris goût. Ce qui n'a pas plu au patron le plus fantasque du moment, Elon Musk, qui a récemment imposé à ses employés de travailler au moins 40 heures par semaine au bureau, sous peine de les considérer comme démissionnaires.
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Avec la pandémie, le télétravail s'est imposé dans bon nombre d'entreprises. Tellement qu'à l'heure actuelle, il est difficile de faire machine arrière. En effet, ce dernier présente certains avantages auxquels les salariés ont pris goût. Ce qui n'a pas plu au patron le plus fantasque du moment, Elon Musk, qui a récemment imposé à ses employés de travailler au moins 40 heures par semaine au bureau, sous peine de les considérer comme démissionnaires. Sans pour autant donner raison au patron de Tesla, le Parlement européen a adopté cette semaine une résolution tirant la sonnette d'alarme sur les dangers du télétravail. Un nouveau terme désigne même ce phénomène, le "techno-stress", ou "le stress lié à l'utilisation des technologies dans le cadre du travail".Votée à 501 voix pour et 47 contre, cette résolution adoptée par le Parlement reconnaît certes les avantages du télétravail, tels "qu'une flexibilité et une autonomie accrues", mais met en garde contre "l'augmentation significative des risques pour la santé". Des risques liés à la surconnexion, à l'effacement des frontières entre vie professionnelle et vie privée, et à l'intensité plus élevée du travail.Les eurodéputés identifient deux problèmes principaux. Le premier est le manque de vie privée. Car hormis le dangereux mélange entre vie privée et professionnelle, c'est aussi et surtout la surveillance accrue des travailleurs via des logiciels et outils d'intelligence artificielle qui engendre du stress. Les employés se trouvent ainsi contrôlés à distance sur leur performance et le suivi de leur activité. Le second, dont on parle peu, est l'exclusion numérique des catégories sociales les plus précaires et de ceux qui n'ont pas grandi avec internet. Ceux-ci se retrouvent encore un peu plus isolés, et les eurodéputés appellent donc à ce que l'Europe comble cette fracture numérique pour éviter d'exclure du monde du travail tout une partie de la population.Enfin, la pandémie et la crise économique qui en découle - et encore accentuée avec la guerre en Ukraine - attise davantage ce stress. Le Parlement européen souligne ici l'insécurité financière, la peur du chômage, l'accès limité aux soins, l'isolation ainsi que les changements relatifs aux horaires de travail et une organisation chamboulée.Alors quelles sont les solutions ? Si le Parlement écarte l'idée de pousser les entreprises à un retour exclusif du présentiel, celui-ci opte plutôt pour une "stratégie de santé mentale''. Certains députés se sont déjà regroupés pour former des plateformes de promotion de la santé mentale, comme par exemple la Coalition pour la santé mentale et le bien-être au Parlement européen, un groupe qui plaide pour une réponse coordonnée sur les déterminants de la santé mentale. Ou encore l'Alliance des députés européens pour la santé mentale, une plateforme qui promeut les politiques de l'UE dans le domaine des maladies mentales.Mais pour aller beaucoup plus loin, ils appellent les Etats membres à s'emparer eux-mêmes du problème en réglementant le télétravail dans le but de protéger la santé mentale des employés. Les députés européens souhaitent que la Commission européenne, l'Agence européenne pour la sécurité et la santé au travail et les États membres incluent la santé mentale dans leurs plans de préparation et de réaction d'urgence aux crises sanitaires et aux pandémies. En Belgique, le Service public fédéral de la sécurité sociale a créé une plateforme généraliste dédiée à la santé mentale au travail, jemesensbienautravail.be, où des conseils sont donnés sur par exemple la gestion du temps de travail ou le droit à la déconnexion. Concernant celui-ci, en temps de pandémie, la circulaire du 20 décembre 2021 est venue réglementer davantage le télétravail. Cette dernière indique que vous ne pouvez être contacté en dehors du temps de travail normal que pour des raisons exceptionnelles et imprévues ; ou encore que vous ne pouvez subir aucun préjudice si vous ne répondez pas au téléphone ou ne lisez pas des messages liés au travail en dehors de votre temps de travail normal.Aurore Dessaigne