Grande déception, la semaine dernière, du côté de la chaîne de vêtements en faillite Cameleon. La curatelle a finalement rejeté l'offre de reprise déposée par des ex- employés de l'enseigne. Une offre pour le moins innovante - une première en Belgique, même - puisqu'elle était portée par l'ancienne managing director, Pascale Switten, deux jeunes entrepreneurs externes, Thibaut Dehem et Alexis Malherbe, et qu'elle impliquait surtout les anciens travailleurs du groupe qui auraient pu, en passant par un statut d'auto-repreneurs et soutenus par une coopérative de "repreneuriat", entrer à terme au capital de la chaîne.
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Grande déception, la semaine dernière, du côté de la chaîne de vêtements en faillite Cameleon. La curatelle a finalement rejeté l'offre de reprise déposée par des ex- employés de l'enseigne. Une offre pour le moins innovante - une première en Belgique, même - puisqu'elle était portée par l'ancienne managing director, Pascale Switten, deux jeunes entrepreneurs externes, Thibaut Dehem et Alexis Malherbe, et qu'elle impliquait surtout les anciens travailleurs du groupe qui auraient pu, en passant par un statut d'auto-repreneurs et soutenus par une coopérative de "repreneuriat", entrer à terme au capital de la chaîne. Le collège des curateurs en a donc décidé autrement, jugeant insuffisante l'estimation du stock de vêtements. Mais les candidats repreneurs assurent ne pas vouloir en rester là. Ils estiment que la curatelle a fait bien peu cas des emplois alors que ces derniers auraient pourtant pu être préservés à 85% dans le cadre du projet de reprise. Administrateur délégué de la coopérative d'activités JobYourself, qui devait soutenir les travailleurs de Cameleon tout au long du processus, Jean-Olivier Collinet voudrait voir le cadre légal évoluer afin que davantage de projets de relance après faillite puissent se concrétiser. "Le système actuel ne permet pas de valoriser la création d'emplois dans le cadre d'une reprise suite à un aveu de faillite, dit-il. La mission de la curatelle est d'obtenir le maximum pour les créanciers, et elle n'a aucun moyen de soutenir une relance d'entreprise. Il est primordial de lui donner des outils pour valoriser le passif d'une entreprise, à savoir les travailleurs, qui doivent être considérés comme un actif. Or, pour le moment, la curatelle n'a pas le pouvoir de soutenir une offre qui rapporte peut-être un peu moins, mais qui garantit le maintien de l'emploi." Au-delà du cas de Cameleon, notre interlocuteur entend encourager et encadrer la reprise d'entreprises en faillite par des anciens travailleurs. "On va pouvoir sauver des milliers d'emplois en Belgique, assure-t-il. Il faut offrir une alternative au système actuel car, autrement, nous ne relancerons jamais des entreprises." La coopérative d'activités JobYourself, qui permet à des demandeurs d'emploi de créer leur propre société en maintenant leurs allocations sociales pendant 18 mois, a lancé le mois dernier un projet pilote se donnant pour objectif de soutenir, cette fois, les anciens travailleurs d'une entreprise en faillite dans le processus de reprise. Nom de code? Reload Yourself. Soit la première coopérative de "repreneuriat" en Belgique. Soutenue par le gouvernement bruxellois qui la finance à hauteur de 140.000 euros cette année et 600.000 euro en 2021, l'initiative s'inscrit en fait dans le plan de relance emploi du ministre régional DéFI Bernard Clerfayt. "Dans le contexte actuel, plusieurs entreprises vont tomber en faillite, avec de nombreux emploisà la clé, avance Jean-Olivier Collinet. Pourquoi ne pas relancer les affaires avec la participation des travailleurs? Le nouveau projet permet aux employés qui se retrouvent au chômage suite au dépôt de bilan de leur entreprise, sans préavis et en pleine crise, de bénéficier d'un statut dit "d'auto-repreneur" leur fournissant un cadre sécurisé pour la reprise de la société." Aujourd'hui, très peu de demandeurs d'emploi reprennent des entreprises, constate notre interlocuteur. Nous souhaitons leur donner un cadre sécurisant. Pour schématiser, nous reprenons l'activité momentanément au sein de notre structure pour la faire redémarrer. Les anciens travailleurs peuvent continuer de bénéficier des allocations de chômage pendant les mois d'accompagnement (maximum 18, Ndlr) au cours desquels il peuvent utiliser le numéro d'entreprise de la coopérative de repreneuriat et profiter d'un support au niveau du plan financier, de la comptabilité, des RH, etc. Quelles sont concrètement les différentes étapes? "Les employés vont pouvoir bénéficier du statut d'auto-repreneur (qui découle en fait du statut d'auto-entrepreneur, Ndlr) pendant toute la période de redémarrage de l'activité, explique Jean-Olivier Collinet. Pendant ce temps, ils créent en fait leur propre emploi en participant à la relance. Ils génèrent les capitaux de l'entreprise qu'ils vont eux-mêmes reprendre. Une fois la période écoulée, soit la reprise n'aboutit pas et les travailleurs ne subissent aucun changement en termes de droits, soit les affaires reprennent, les travailleurs quittent le chômage pour redevenir employés et, par ailleurs, actionnaires." Dans le cas de Cameleon - le premier projet de ce type en Belgique -, l'offre de reprise, avant d'être rejetée par la curatelle, prévoyait des fonds propres de 515.000 euros destinés à racheter le stock. Dans une première phase, il était prévu que tous les membres de l'entreprise qui le souhaitent puissent participer à la mise en vente de ces actifs. Le chiffre d'affaires généré pendant cette période devait être transformé en capital destiné à relancer la société, dont chaque employé aurait été co-actionnaire. Une fois la phase initiale de reprise terminée, aurait suivi la phase de relance proprement dite, au cours de laquelle les travailleurs auraient quitté leur statut d'auto-repreneurs pour devenir salariés et actionnaires. Ce projet de reprise pour le moins original a donc subi un coup d'arrêt la semaine dernière. Mais comme nous le rapporte Thibaut Dehem, l'un des entrepreneurs ayant apporté des fonds: "Nous n'avons pas dit notre dernier mot!". Il est notamment question d'un rehaussement de l'offre à 700.000 euros. Affaire à suivre, donc. En attendant, Jean-Olivier Collinet, lui, espère inciter bien d'autres travailleurs au chômage après la faillite de leur entreprise à s'intéresser à ce fameux statut d'auto-repreneur.