La rentrée économique, c'est sur La Première

"Economie et climat : réveillez-vous, les solutions sont là ! ", tel est le thème du débat qui sera diffusé ce jeudi 28 janvier (19-20h) sur La Première (RTBF radio) dans le cadre de la rentrée économique organisée par Trends-Tendances et le Cercle de Wallonie.

Les orateurs sont Willy Borsus, ministre wallon de l'Economie ; Pierre Larrouturou, eurodéputé socialiste qui a fait, l'an dernier, 18 jours de grève de la faim pour inciter l'Europe à agir plus énergiquement en faveur du climat ; Eric La Bonnardière, président-fondateur de l'agence de voyages Evaneos ; Eric Domb, président-fondateur de Pairi Daiza ; Marie-Laure Moreau, managing partner Wallonie chez EY. Le débat sera animé par le journaliste Eddy Caekelberghs.

La rentrée économique est soutenue par EY et la Sowalfin.

Marie-Laure Moreau, managing partner pour la Wallonie chez EY, PG
Marie-Laure Moreau, managing partner pour la Wallonie chez EY © PG

Plus une crise est longue, moins le retour à la normale peut s'envisager. Parce que des solutions se mettent en place dans l'urgence, comme le télétravail ou des ventes en ligne, et qu'elles ne disparaîtront pas du jour au lendemain. Mais aussi, explique Marie-Laure Moreau, managing partner pour la Wallonie chez EY, "parce qu'une crise est toujours un moment de réflexion pour une entreprise". "Il y a alors une recherche de sens par rapport à ce que l'on vit, dit-elle. Les comportements des consommateurs évoluent et cela crée de nouvelles opportunités." Pour bien les saisir, les entreprises doivent être en éveil bien entendu mais aussi très résilientes, c'est-à-dire capables de surmonter les chocs. A l'occasion de la rentrée économique de Trends-Tendances, de la Première et du Cercle de Wallonie, Marie-Laure Moreau évoque cinq clés pour actionner la résilience des entreprises.

1. Les recettes classiques. Il en faut pas forcément réinventer la roue : réduire ses coûts de production, augmenter la flexibilité de la main-d'oeuvre, rationaliser les structures, cela consolide toujours les bases d'une entreprise. La crise du Covid-19 est d'ailleurs parfois un prétexte bien utile pour faire passer des plans de restructuration d'un groupe. La situation vécue ces derniers mois devrait sans doute inciter à aller un peu plus loin et pousser les entreprises à revoir leurs chaînes d'approvisionnement. "Nous voyons les grandes sociétés diversifier les flux d'approvisionnement et reconstituer des stocks afin de mieux résister à de futures ruptures, analyse Marie-Laure Moreau. Iront-elles jusqu'à relocaliser certaines activités ? L'idée a été souvent évoquée au début de la crise mais, à ce stade, nous ne voyons pas grand-chose venir en ce sens. Il est encore trop tôt pour affirmer que cela pourrait se concrétiser. Relocaliser, c'est un véritable changement structurel, cela ne se décide pas en quelques mois. En revanche, revoir son approvisionnement, ça, oui, on peut le concrétiser assez vite."

2. L'agilité. Le terme est peut-être utilisé à tort et à travers mais, pour la consultante d'EY, il demeure crucial pour les entreprises. "L'agilité, explique-t-elle, c'est ce qui vous permet de continuer votre business en trouvant de nouvelles manières de fonctionner. Quand Trends-Tendances et EY maintiennent la désignation, l'un, du Manager de l'Année, l'autre, de l'Entreprise de l'Année, ils font preuve d'agilité. Ils trouvent de nouveaux outils, de nouvelles manières de fonctionner pour continuer à offrir le service attendu par nos clients." Selon Marie-Laure Moreau, les entreprises belges ont globalement bien réagi et montré l'agilité nécessaire pour assurer le service attendu tout en basculant, parfois du jour au lendemain, en télétravail, en multipliant les réunions virtuelles, etc. Ces modes de fonctionnement devraient survivre, au moins partiellement, à la crise.

Le cas le plus typique, ce sont toutes ces entreprises qui ont mis en place des solutions de commerce en ligne en quelques semaines, alors qu'elles piétinaient ou hésitaient depuis des années. "C'est très surprenant, poursuit Marie-Laure Moreau. Des sociétés qui étaient déjà actives sur le net n'ont pas pu monter en puissance pour absorber le choc alors que d'autres ont réussi en partant de rien, ou presque, en matière de commerce électronique."

3. Les aides publiques. Elles ont été mises en place pour réduire les problèmes de liquidité des entreprises et celles-ci doivent veiller à bien en "tirer parti", estime EY.

4. Les partenariats. Au coeur de la crise, des entreprises se sont associées pour produire des vaccins, bien sûr, mais aussi des masques ou des appareils médicaux ; Decathlon a mis une partie de son personnel à disposition de Colruyt et proposé des espaces de retrait de colis à bpost (cette expérience-là fut de très courte de durée). "Une forme d'économie collaborative a émergé, analyse Marie-Laure Moreau. C'était dans une optique de 'se serrer les coudes' pour absorber le choc mais je pense que cela pourrait perdurer. Ensemble, on va plus vite et cela coûte moins cher. Maintenant qu'elles ont vu que c'était possible, je pense que certaines entreprises partageront plus facilement leur personnel, ne serait-ce que pour réduire leurs coûts."

5. L'éthique et la responsabilité sociétale. Ici, il s'agit de tirer déjà des premières leçons de cette crise. Marie-Laure Moreau est convaincue que la recherche de "sens" gagnera en importance. "Pour être efficace en télétravail, vous devez être convaincu par le travail que vous faites, dit-elle. Quand vous allez au bureau, vous avez vos collègues, des pauses-café, des afterworks, etc. Tout cela peut compenser un boulot qui ne vous passionne pas. Mais ce n'est plus le cas si vous êtes seul à la maison devant votre écran... Nous sommes en pleine crise et, pourtant, pas mal de diplômés quittent leur emploi pour se tourner vers d'autres formes d'économie."

L'entreprise résiliente devra donc prendre des initiatives pour arrimer son personnel et, selon Marie-Laure Moreau, cela devrait ramener les préoccupations climatiques à l'avant-plan des stratégies d'entreprise. "Il y aura des pressions des collaborateurs et des consommateurs pour évoluer vers une économie plus écologique, affirme la consultante d'EY. Le souci de circuits courts, d'attention à la provenance des produits sera renforcé. Pourra-t-on encore maintenir longtemps des concepts comme l'obsolescence programmée ? Je ne le pense pas. Avons-nous vraiment besoin de posséder une voiture -surtout si nous travaillons la plupart du temps à domicile-, un téléphone ou une machine à laver ou avons-nous plutôt besoin d'un service qui inclut la mise à disposition, l'entretien et le remplacement de ces objets ? Ces préoccupations vont générer de nouveaux modèles d'entreprise et de belles opportunités pour celles et ceux qui sauront les saisir." µ

Isohemp, "l'une des réponses au défi climatique"

Construire une nouvelle usine en pleine crise du Covid-19, il fallait l'oser et Isohemp, une PME de Fernelmont, l'a fait. Le nouveau bâtiment sera inauguré au deuxième trimestre et il permettra de multiplier par cinq la capacité de production de blocs isolants en chanvre. "Malgré le contexte, notre chiffre d'affaires a augmenté de 20% cette année et, avec notre nouvelle usine, nous comptons bien continuer à croître dans les prochaines années", concède Olivier Beghin, cofondateur de l'entreprise avec Jean-Baptiste de Mahieu. Isohemp table sur une croissance de 50% en 2021.

Ces deux ingénieurs, l'un commercial, l'autre civil, sont mus depuis le départ (2011) par la volonté de "verdir le secteur du bâtiment". Ils ont opté pour les blocs à base de chaux et de chanvre, matières produites localement ou dans les pays limitrophes. Et recyclables: les déchets peuvent en effet servir d'amendements des champs pour la culture du chanvre. Parfaitement circulaire donc. Le seul regret dans cette circularité, c'est qu'il n'existe plus en Belgique d'unité de traitement du chanvre, étape indispensable à son utilisation dans la construction. "Mais je ne désespère pas de voir des chanvriers se développer, la filière va se relancer, dit Olivier Beghin. Le béton de chanvre était connu mais son utilisation restait confidentielle et artisanale. Nous avons décidé d'industrialiser, de professionnaliser l'approche." Avec une vision à long terme. L'entreprise n'a en effet pas visé la rentabilité immédiate, pour continuer à investir dans la nouvelle usine (7 millions) et dans la recherche afin d'élargir la gamme de produits d'Isohemp.

En pleine crise sanitaire, Isohemp a investi 7 millions pour construire une nouvelle usine et multiplier par... cinq sa capacité de production., PG
En pleine crise sanitaire, Isohemp a investi 7 millions pour construire une nouvelle usine et multiplier par... cinq sa capacité de production. © PG

A l'heure où les plans d'isolation des bâtiments publics et privés sont mis en avant dans les différents plans de relance, les blocs de chanvre, appelés parfois "briques vertes", ont certainement un rôle à jouer. Ils ont en effet d'excellentes vertus isolantes, pour un surcoût minime (1 à 3% par rapport aux isolants classiques, selon Isohemp), permettent aux murs de continuer à respirer et, en prime, affichent un bilan carbone négatif : les palettes de chanvre stockent plus de CO2 que ce que n'émet leur production. "C'est un produit unique sur le plan environnemental et je suis convaincu qu'il constitue l'une des réponses aux préoccupations climatiques actuelles", conclut Olivier Beghin.

Olivier Beghin, cofondateur d'Isohemp, PG
Olivier Beghin, cofondateur d'Isohemp © PG

Grando sur la voie du management environnemental

L'Union wallonne des entreprises et l'administration régionale offrent désormais aux entreprises un "accompagnement en management environnemental". Objectif : aider les entreprises à réussir leur transition écologique et à en saisir les opportunités économiques. La société Grando (Nivelles), active dans la transformation à façon de plastiques et matériaux composites, est l'une des huit pionnières de ce programme. "C'est une démarche collective, nous avons un personnel assez jeune et très sensibilisé sur la nécessité de réduire notre impact sur la planète, confie le CEO Yves Charlier. Nous avons investi dans l'isolation de nos bâtiments, dans un éclairage led intelligent, dans des panneaux photovoltaïques qui couvrent les deux tiers de notre consommation. Nous voulons maintenant formaliser cette démarche et essayer de l'étendre, des infrastructures vers les opérations."

Grando.
Grando.

C'est un fameux défi car Grando fabrique des pièces techniques à partir de matériaux (caoutchouc, feutres, plastiques, composites) principalement issus du pétrole et donc avec une empreinte carbone conséquente. L'accompagnement régional pourrait aider l'entreprise, d'une part, à valoriser ou recycler les chutes de produit et, d'autre part, à essayer de sortir des énergies fossiles. "A terme, la chimie permettra de biosourcer tout cela, affirme Yves Charlier. Pour l'heure, les procédés ne sont pas encore économiquement réalistes et il n'y a pas beaucoup de demandes de la part de nos partenaires. Mais cela va évoluer." Et Grando, qui a quadruplé ses effectifs en 20 ans (43 ETP), espère bien réussir à anticiper ces évolutions.

L'entreprise a beau être petite, elle joue résolument et fièrement la carte mondiale en exportant 80% de sa production. Ses clients sont actifs dans le secteur ferroviaire (Grando a l'exclusivité mondiale sur certaines pièces de trains), le génie civil, l'aéronautique, l'énergie et même l'industrie de la bagagerie de luxe. Elle a connu une année 2020 pas si mauvaise (un chiffre d'affaires proche de 10 millions d'euros), grâce notamment aux contrats antérieurs. "Aujourd'hui, nous n'avons plus aucune visibilité sur les commandes, explique Yves Charlier. Nos clients attendent la dernière minute, tout devient alors urgent et nous devons constamment travailler à flux tendus."

Plus une crise est longue, moins le retour à la normale peut s'envisager. Parce que des solutions se mettent en place dans l'urgence, comme le télétravail ou des ventes en ligne, et qu'elles ne disparaîtront pas du jour au lendemain. Mais aussi, explique Marie-Laure Moreau, managing partner pour la Wallonie chez EY, "parce qu'une crise est toujours un moment de réflexion pour une entreprise". "Il y a alors une recherche de sens par rapport à ce que l'on vit, dit-elle. Les comportements des consommateurs évoluent et cela crée de nouvelles opportunités." Pour bien les saisir, les entreprises doivent être en éveil bien entendu mais aussi très résilientes, c'est-à-dire capables de surmonter les chocs. A l'occasion de la rentrée économique de Trends-Tendances, de la Première et du Cercle de Wallonie, Marie-Laure Moreau évoque cinq clés pour actionner la résilience des entreprises.1. Les recettes classiques. Il en faut pas forcément réinventer la roue : réduire ses coûts de production, augmenter la flexibilité de la main-d'oeuvre, rationaliser les structures, cela consolide toujours les bases d'une entreprise. La crise du Covid-19 est d'ailleurs parfois un prétexte bien utile pour faire passer des plans de restructuration d'un groupe. La situation vécue ces derniers mois devrait sans doute inciter à aller un peu plus loin et pousser les entreprises à revoir leurs chaînes d'approvisionnement. "Nous voyons les grandes sociétés diversifier les flux d'approvisionnement et reconstituer des stocks afin de mieux résister à de futures ruptures, analyse Marie-Laure Moreau. Iront-elles jusqu'à relocaliser certaines activités ? L'idée a été souvent évoquée au début de la crise mais, à ce stade, nous ne voyons pas grand-chose venir en ce sens. Il est encore trop tôt pour affirmer que cela pourrait se concrétiser. Relocaliser, c'est un véritable changement structurel, cela ne se décide pas en quelques mois. En revanche, revoir son approvisionnement, ça, oui, on peut le concrétiser assez vite."2. L'agilité. Le terme est peut-être utilisé à tort et à travers mais, pour la consultante d'EY, il demeure crucial pour les entreprises. "L'agilité, explique-t-elle, c'est ce qui vous permet de continuer votre business en trouvant de nouvelles manières de fonctionner. Quand Trends-Tendances et EY maintiennent la désignation, l'un, du Manager de l'Année, l'autre, de l'Entreprise de l'Année, ils font preuve d'agilité. Ils trouvent de nouveaux outils, de nouvelles manières de fonctionner pour continuer à offrir le service attendu par nos clients." Selon Marie-Laure Moreau, les entreprises belges ont globalement bien réagi et montré l'agilité nécessaire pour assurer le service attendu tout en basculant, parfois du jour au lendemain, en télétravail, en multipliant les réunions virtuelles, etc. Ces modes de fonctionnement devraient survivre, au moins partiellement, à la crise.Le cas le plus typique, ce sont toutes ces entreprises qui ont mis en place des solutions de commerce en ligne en quelques semaines, alors qu'elles piétinaient ou hésitaient depuis des années. "C'est très surprenant, poursuit Marie-Laure Moreau. Des sociétés qui étaient déjà actives sur le net n'ont pas pu monter en puissance pour absorber le choc alors que d'autres ont réussi en partant de rien, ou presque, en matière de commerce électronique."3. Les aides publiques. Elles ont été mises en place pour réduire les problèmes de liquidité des entreprises et celles-ci doivent veiller à bien en "tirer parti", estime EY.4. Les partenariats. Au coeur de la crise, des entreprises se sont associées pour produire des vaccins, bien sûr, mais aussi des masques ou des appareils médicaux ; Decathlon a mis une partie de son personnel à disposition de Colruyt et proposé des espaces de retrait de colis à bpost (cette expérience-là fut de très courte de durée). "Une forme d'économie collaborative a émergé, analyse Marie-Laure Moreau. C'était dans une optique de 'se serrer les coudes' pour absorber le choc mais je pense que cela pourrait perdurer. Ensemble, on va plus vite et cela coûte moins cher. Maintenant qu'elles ont vu que c'était possible, je pense que certaines entreprises partageront plus facilement leur personnel, ne serait-ce que pour réduire leurs coûts."5. L'éthique et la responsabilité sociétale. Ici, il s'agit de tirer déjà des premières leçons de cette crise. Marie-Laure Moreau est convaincue que la recherche de "sens" gagnera en importance. "Pour être efficace en télétravail, vous devez être convaincu par le travail que vous faites, dit-elle. Quand vous allez au bureau, vous avez vos collègues, des pauses-café, des afterworks, etc. Tout cela peut compenser un boulot qui ne vous passionne pas. Mais ce n'est plus le cas si vous êtes seul à la maison devant votre écran... Nous sommes en pleine crise et, pourtant, pas mal de diplômés quittent leur emploi pour se tourner vers d'autres formes d'économie."L'entreprise résiliente devra donc prendre des initiatives pour arrimer son personnel et, selon Marie-Laure Moreau, cela devrait ramener les préoccupations climatiques à l'avant-plan des stratégies d'entreprise. "Il y aura des pressions des collaborateurs et des consommateurs pour évoluer vers une économie plus écologique, affirme la consultante d'EY. Le souci de circuits courts, d'attention à la provenance des produits sera renforcé. Pourra-t-on encore maintenir longtemps des concepts comme l'obsolescence programmée ? Je ne le pense pas. Avons-nous vraiment besoin de posséder une voiture -surtout si nous travaillons la plupart du temps à domicile-, un téléphone ou une machine à laver ou avons-nous plutôt besoin d'un service qui inclut la mise à disposition, l'entretien et le remplacement de ces objets ? Ces préoccupations vont générer de nouveaux modèles d'entreprise et de belles opportunités pour celles et ceux qui sauront les saisir." µConstruire une nouvelle usine en pleine crise du Covid-19, il fallait l'oser et Isohemp, une PME de Fernelmont, l'a fait. Le nouveau bâtiment sera inauguré au deuxième trimestre et il permettra de multiplier par cinq la capacité de production de blocs isolants en chanvre. "Malgré le contexte, notre chiffre d'affaires a augmenté de 20% cette année et, avec notre nouvelle usine, nous comptons bien continuer à croître dans les prochaines années", concède Olivier Beghin, cofondateur de l'entreprise avec Jean-Baptiste de Mahieu. Isohemp table sur une croissance de 50% en 2021.Ces deux ingénieurs, l'un commercial, l'autre civil, sont mus depuis le départ (2011) par la volonté de "verdir le secteur du bâtiment". Ils ont opté pour les blocs à base de chaux et de chanvre, matières produites localement ou dans les pays limitrophes. Et recyclables: les déchets peuvent en effet servir d'amendements des champs pour la culture du chanvre. Parfaitement circulaire donc. Le seul regret dans cette circularité, c'est qu'il n'existe plus en Belgique d'unité de traitement du chanvre, étape indispensable à son utilisation dans la construction. "Mais je ne désespère pas de voir des chanvriers se développer, la filière va se relancer, dit Olivier Beghin. Le béton de chanvre était connu mais son utilisation restait confidentielle et artisanale. Nous avons décidé d'industrialiser, de professionnaliser l'approche." Avec une vision à long terme. L'entreprise n'a en effet pas visé la rentabilité immédiate, pour continuer à investir dans la nouvelle usine (7 millions) et dans la recherche afin d'élargir la gamme de produits d'Isohemp.A l'heure où les plans d'isolation des bâtiments publics et privés sont mis en avant dans les différents plans de relance, les blocs de chanvre, appelés parfois "briques vertes", ont certainement un rôle à jouer. Ils ont en effet d'excellentes vertus isolantes, pour un surcoût minime (1 à 3% par rapport aux isolants classiques, selon Isohemp), permettent aux murs de continuer à respirer et, en prime, affichent un bilan carbone négatif : les palettes de chanvre stockent plus de CO2 que ce que n'émet leur production. "C'est un produit unique sur le plan environnemental et je suis convaincu qu'il constitue l'une des réponses aux préoccupations climatiques actuelles", conclut Olivier Beghin.L'Union wallonne des entreprises et l'administration régionale offrent désormais aux entreprises un "accompagnement en management environnemental". Objectif : aider les entreprises à réussir leur transition écologique et à en saisir les opportunités économiques. La société Grando (Nivelles), active dans la transformation à façon de plastiques et matériaux composites, est l'une des huit pionnières de ce programme. "C'est une démarche collective, nous avons un personnel assez jeune et très sensibilisé sur la nécessité de réduire notre impact sur la planète, confie le CEO Yves Charlier. Nous avons investi dans l'isolation de nos bâtiments, dans un éclairage led intelligent, dans des panneaux photovoltaïques qui couvrent les deux tiers de notre consommation. Nous voulons maintenant formaliser cette démarche et essayer de l'étendre, des infrastructures vers les opérations."C'est un fameux défi car Grando fabrique des pièces techniques à partir de matériaux (caoutchouc, feutres, plastiques, composites) principalement issus du pétrole et donc avec une empreinte carbone conséquente. L'accompagnement régional pourrait aider l'entreprise, d'une part, à valoriser ou recycler les chutes de produit et, d'autre part, à essayer de sortir des énergies fossiles. "A terme, la chimie permettra de biosourcer tout cela, affirme Yves Charlier. Pour l'heure, les procédés ne sont pas encore économiquement réalistes et il n'y a pas beaucoup de demandes de la part de nos partenaires. Mais cela va évoluer." Et Grando, qui a quadruplé ses effectifs en 20 ans (43 ETP), espère bien réussir à anticiper ces évolutions.L'entreprise a beau être petite, elle joue résolument et fièrement la carte mondiale en exportant 80% de sa production. Ses clients sont actifs dans le secteur ferroviaire (Grando a l'exclusivité mondiale sur certaines pièces de trains), le génie civil, l'aéronautique, l'énergie et même l'industrie de la bagagerie de luxe. Elle a connu une année 2020 pas si mauvaise (un chiffre d'affaires proche de 10 millions d'euros), grâce notamment aux contrats antérieurs. "Aujourd'hui, nous n'avons plus aucune visibilité sur les commandes, explique Yves Charlier. Nos clients attendent la dernière minute, tout devient alors urgent et nous devons constamment travailler à flux tendus."