Mine de rien, cela commence à ressembler à un résultat significatif. Près de 1.000 personnes, essentiellement des demandeurs d'emploi, ont créé leur entreprise après avoir bénéficié de l'accompagnement de la coopérative d'activités Azimut. Et ces entreprises perdurent puisque le taux de pérennité à cinq ans est de 75%, soit 13 points au-dessus de la moyenne wallonne reprise dans l'atlas des starters de Graydon et de l'Union des classes moyennes.
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Mine de rien, cela commence à ressembler à un résultat significatif. Près de 1.000 personnes, essentiellement des demandeurs d'emploi, ont créé leur entreprise après avoir bénéficié de l'accompagnement de la coopérative d'activités Azimut. Et ces entreprises perdurent puisque le taux de pérennité à cinq ans est de 75%, soit 13 points au-dessus de la moyenne wallonne reprise dans l'atlas des starters de Graydon et de l'Union des classes moyennes. La recette d'Azimut, c'est de parler des projets et de celles et ceux qui les portent, bien avant de parler de plan financier. " Quand la personne et le projet sont bien alignés, on évite déjà bien des problèmes, estime Gérald Mairesse, codirecteur d'Azimut. On peut ensuite réfléchir au plan financier. On ne se concentre pas sur la niche, sur le fait de savoir si elle est porteuse ou pas, mais sur la méthodologie. Ce n'est que progressivement qu'on découvre si nous sommes à la genèse d'un projet économique ou pas. " " Ce sont avant tout des aventures humaines, abonde Clotilde Jarlet, codirectrice. Dans tous les projets que nous avons accompagnés, je retrouve cette satisfaction humaine d'avoir pu oser. " L'expérience de ces 20 ans d'Azimut montre que ce sont parfois les projets les plus improbables qui se révèlent les plus pertinents, grâce à l'enthousiasme de leur promoteur. L'exemple de Nasoha (lire par ailleurs) est très probant à cet égard. " C'est vraiment la force de l'accompagnement : nous mettons les gens en action par rapport à une idée, à un projet, reprend Gérald Mairesse. Nous les amenons à confronter leurs idées aux réalités très concrètes. " De toute façon, vu l'éventail très large des projets entrepreneuriaux couvés par Azimut, il serait illusoire de vouloir y coller des recettes toutes faites. On n'avance pas de la même façon dans les soins aux personnes que dans le commerce ou l'informatique. Notons, à cet égard, le bel équilibre sectoriel dans les projets soutenus : 12% pour le marketing et la communication ; 11% pour les soins aux personnes ; 10% pour la consultance (finance et administration) ; 10% pour la distribution et la vente... Le travail est tantôt individuel avec le coach, tantôt en ateliers avec d'autres stagiaires d'Azimut. Il consiste à affiner le projet, en identifiant les clients potentiels et leurs besoins. Si les démarches sont concluantes, le stagiaire peut passer en phase de test et lancer son activité sous le numéro d'entreprise d'Azimut. Au départ, le néo-entrepreneur se rémunèrera peut-être un ou deux jours par mois (il conserve ses droits aux allocations de chômage pour le reste) et basculera de l'allocation à la rémunération à mesure de l'évolution de son chiffre d'affaires. Cette phase test peut s'étaler sur 20 mois, et permet donc un démarrage en douceur en minimisant le risque social. Précision importante : Azimut n'est pas un centre de formation. Si le stagiaire doit approfondir ses connaissances techniques ou scientifiques avant de se lancer, il devra se tourner vers d'autres instances (centres de compétences, Forem, IFAPME). Le modèle d'Azimut s'inspire des coopératives d'activités françaises. Il a commencé chez nous sous forme d'une expérience pilote couverte par le ministère des Affaires sociales (dirigé à l'époque par Laurette Onkelinx) et a ensuite été coulé dans une loi. Aujourd'hui, une vingtaine de coopératives d'activités sont actives en Belgique. Elles sont regroupées sous la coupole Coopac. " En 20 ans, nous avons vu évoluer l'esprit d'entreprise, analyse Clotilde Jarlet. L'envie d'entreprendre est devenue beaucoup plus naturelle. Il y a une sorte de démystification du statut d'entrepreneur, nous voyons de plus en plus de gens, de tous âges, qui ont envie de porter un projet d'entreprise. " Revers de la médaille : hier, les candidats-créateurs d'entreprise se tournaient vers Azimut assez tard dans leur processus de réflexion. Aujourd'hui, la maturité des projets des stagiaires n'est plus la même. " Nous n'accompagnons plus du projet au business mais de l'idée au business, dit Gérald Mairesse. C'est formidable d'avoir tant de personnes qui arrivent avec une idée. Et c'est tout l'enjeu de notre méthodologie de les aider à structurer cela. " Une fois sur trois, l'accompagnement ne débouche pas sur la création d'une activité. Même dans ce cas, le parcours est généralement salutaire sur le plan professionnel : plus de 60% des stagiaires d'Azimut retrouvent un emploi, qu'ils le créent eux-mêmes ou pas. " En travaillant sur leur projet, ils ont retrouvé de la confiance et se vendent dès lors beaucoup mieux auprès des employeurs, explique Clotilde Jarlet. "Leurs démarches pour concrétiser leur projet d'entreprise les mettent au contact d'employeurs intéressés par leurs profils, renchérit Gérald Mairesse. Ce sont des entrepreneurs en puissance, ces compétences ont de la valeur en tant que salarié. " Cet impact sur l'employabilité des personnes justifie le soutien public d'Azimut. La coopérative d'activités reçoit des financements européens et wallons mais 15% de son budget provient de recettes propres. Elle perçoit une commission sur le chiffre d'affaires des entreprises pendant la période test et sollicite par ailleurs une contribution des demandeurs d'emploi pour certaines étapes du parcours. Une manière aussi de s'assurer de la motivation de chacun. " Notre public, ce sont des futurs entrepreneurs, conclut Gérald Mairesse. Si vous n'êtes pas motivés, vous n'allez pas vous y retrouver car c'est une aventure très prenante. "