Paul Magnette, président du PS, n'hésite pas à faire des déclarations fortes sur l'e-commerce. Pierre-Yves Dermagne, son ministre wallon de l'Economie, répond docilement aux demandes de la fédération patronale Comeos. Ce lobby des grandes entreprises commerciales répète jour après jour la même histoire : sans un travail de nuit moins cher, notre pays perdra 20 000 emplois. Mais la liste de souhaits de Comeos n'est pas seulement mauvaise pour la qualité de vie des travailleurs, elle ne créera pas non plus d'emplois. Un modèle d'e-commerce qui respecte la santé et les salaires des travailleurs est pourtant possible.

L'e-commerce va continuer à exister, Paul Magnette l'a lui aussi compris. La question est de savoir dans quelles conditions. À l'échelle mondiale, les grands acteurs se battent pour saper la protection au travail. Quiconque entend parler des conditions de travail chez Amazon constate que Jeff Bezos trouve le concept d'équilibre entre vie professionnelle et vie privée "paralysant". Les gens deviennent fous. Les longs shifts de travail et le travail de nuit perturbent les cycles de sommeil et rendent la vie sociale et les relations avec les membres de la famille plus difficiles. Lorsque les travailleurs perdent inévitablement leur emploi, souvent en raison d'une maladie de longue durée, les contrats flexibles et les faux statuts d'indépendant font que le filet de la sécurité sociale a disparu depuis longtemps.

Depuis des années, Comeos affirme qu'il est impossible de développer l'e-commerce sans interventions majeures sur le droit du travail. Dans notre pays, la principale cible des géants du commerce est actuellement le travail de nuit. En Belgique, les employés qui travaillent après 20 heures reçoivent une prime de nuit. Et ce serait trop. L'argument clé ? "Si nous ne faisons rien, nous allons perdre vingt mille emplois au profit des pays étrangers." La demande de Comeos n'est pas tombée dans l'oreille d'un sourd chez les politiques. Le gouvernement, y compris les socialistes et les verts, veut assouplir le travail de nuit jusqu'à minuit et le renommer "travail du soir". Cela permettra de réduire les primes de nombreux travailleurs, même s'ils ne rentrent chez eux qu'à une heure du matin.

Les arguments du lobby des entreprises ne tiennent pas la route.

L'exemple Vandenborre

Il existe en effet des entreprises belges qui se lancent avec succès dans l'e-commerce, dans le respect des règles en application. Pensez à Vandenborre, qui n'a pas attendu pour développer les ventes en ligne dans le respect des règles actuelles. Comme c'est le cas de nombreuses autres entreprises. L'e-commerce en Belgique emploie déjà aujourd'hui près de 30 000 personnes. Cela représente près d'une personne sur dix travaillant dans le commerce.

En outre, nous devons aussi examiner si la déréglementation crée vraiment des emplois dans le pays. Les Pays-Bas, pays pris en exemple par Comeos, nous montrent le contraire. Selon les agences d'interim néerlandaises ABU et NBBU, plus de 300 000 travailleurs migrants seront employés dans la logistique néerlandaise en 2020, principalement en provenance d'Europe de l'Est. Il s'agit principalement flex workers qui travaillent dans les entrepôts d'Albert Heijn, par exemple.

Il faut s'attendre à ce que le même scénario se produise en Belgique. Aujourd'hui, il y a déjà une pénurie de main-d'oeuvre, surtout dans les secteurs où les salaires sont bas et les contrats de travail médiocres. Comeos veut créer 20 000 emplois hyperflexibles, mal payés et avec des horaires de nuit. Si ceux-ci ne sont pas pourvus, la fédération sera probablement à nouveau le premier pour dénoncer la pénurie.

Les arguments du lobby des entreprises ne sont donc qu'un prétexte. Le véritable objectif est d'accroître la rentabilité des entreprises belges. Pour ce faire, ils veulent démolir les conditions de travail et saper la position de négociation des syndicats.

Il est donc très mauvais que tous les partis de la majorité, probablement avec le soutien de la N-VA et du Vlaams Belang, veuillent faire passer cette flexibilisation. Les partis de gauche au sein du gouvernement parlent un double langage. Aujourd'hui, la tâche des partis préoccupés par les conditions de travail n'est pas d'utiliser un langage-choc, mais de soutenir les syndicats. Ils sont les seuls à pouvoir développer, sur le lieu de travail, un e-commerce qui respecte les règles de santé et de sécurité et qui soit durable. D'ici là, nous plaiderons en faveur de bons contrats pour tous les travailleurs, d'un contrôle du travail de nuit, et contre les faux statuts d'indépendant et la disponibilité permanente.

Roberto D'Amico et Gaby Colebunders, députés PTB

Paul Magnette, président du PS, n'hésite pas à faire des déclarations fortes sur l'e-commerce. Pierre-Yves Dermagne, son ministre wallon de l'Economie, répond docilement aux demandes de la fédération patronale Comeos. Ce lobby des grandes entreprises commerciales répète jour après jour la même histoire : sans un travail de nuit moins cher, notre pays perdra 20 000 emplois. Mais la liste de souhaits de Comeos n'est pas seulement mauvaise pour la qualité de vie des travailleurs, elle ne créera pas non plus d'emplois. Un modèle d'e-commerce qui respecte la santé et les salaires des travailleurs est pourtant possible.L'e-commerce va continuer à exister, Paul Magnette l'a lui aussi compris. La question est de savoir dans quelles conditions. À l'échelle mondiale, les grands acteurs se battent pour saper la protection au travail. Quiconque entend parler des conditions de travail chez Amazon constate que Jeff Bezos trouve le concept d'équilibre entre vie professionnelle et vie privée "paralysant". Les gens deviennent fous. Les longs shifts de travail et le travail de nuit perturbent les cycles de sommeil et rendent la vie sociale et les relations avec les membres de la famille plus difficiles. Lorsque les travailleurs perdent inévitablement leur emploi, souvent en raison d'une maladie de longue durée, les contrats flexibles et les faux statuts d'indépendant font que le filet de la sécurité sociale a disparu depuis longtemps.Depuis des années, Comeos affirme qu'il est impossible de développer l'e-commerce sans interventions majeures sur le droit du travail. Dans notre pays, la principale cible des géants du commerce est actuellement le travail de nuit. En Belgique, les employés qui travaillent après 20 heures reçoivent une prime de nuit. Et ce serait trop. L'argument clé ? "Si nous ne faisons rien, nous allons perdre vingt mille emplois au profit des pays étrangers." La demande de Comeos n'est pas tombée dans l'oreille d'un sourd chez les politiques. Le gouvernement, y compris les socialistes et les verts, veut assouplir le travail de nuit jusqu'à minuit et le renommer "travail du soir". Cela permettra de réduire les primes de nombreux travailleurs, même s'ils ne rentrent chez eux qu'à une heure du matin.Les arguments du lobby des entreprises ne tiennent pas la route.Il existe en effet des entreprises belges qui se lancent avec succès dans l'e-commerce, dans le respect des règles en application. Pensez à Vandenborre, qui n'a pas attendu pour développer les ventes en ligne dans le respect des règles actuelles. Comme c'est le cas de nombreuses autres entreprises. L'e-commerce en Belgique emploie déjà aujourd'hui près de 30 000 personnes. Cela représente près d'une personne sur dix travaillant dans le commerce.En outre, nous devons aussi examiner si la déréglementation crée vraiment des emplois dans le pays. Les Pays-Bas, pays pris en exemple par Comeos, nous montrent le contraire. Selon les agences d'interim néerlandaises ABU et NBBU, plus de 300 000 travailleurs migrants seront employés dans la logistique néerlandaise en 2020, principalement en provenance d'Europe de l'Est. Il s'agit principalement flex workers qui travaillent dans les entrepôts d'Albert Heijn, par exemple.Il faut s'attendre à ce que le même scénario se produise en Belgique. Aujourd'hui, il y a déjà une pénurie de main-d'oeuvre, surtout dans les secteurs où les salaires sont bas et les contrats de travail médiocres. Comeos veut créer 20 000 emplois hyperflexibles, mal payés et avec des horaires de nuit. Si ceux-ci ne sont pas pourvus, la fédération sera probablement à nouveau le premier pour dénoncer la pénurie.Les arguments du lobby des entreprises ne sont donc qu'un prétexte. Le véritable objectif est d'accroître la rentabilité des entreprises belges. Pour ce faire, ils veulent démolir les conditions de travail et saper la position de négociation des syndicats.Il est donc très mauvais que tous les partis de la majorité, probablement avec le soutien de la N-VA et du Vlaams Belang, veuillent faire passer cette flexibilisation. Les partis de gauche au sein du gouvernement parlent un double langage. Aujourd'hui, la tâche des partis préoccupés par les conditions de travail n'est pas d'utiliser un langage-choc, mais de soutenir les syndicats. Ils sont les seuls à pouvoir développer, sur le lieu de travail, un e-commerce qui respecte les règles de santé et de sécurité et qui soit durable. D'ici là, nous plaiderons en faveur de bons contrats pour tous les travailleurs, d'un contrôle du travail de nuit, et contre les faux statuts d'indépendant et la disponibilité permanente.Roberto D'Amico et Gaby Colebunders, députés PTB