Toute personne au chômage en Flandre depuis plus de deux ans - ils sont actuellement 70.000 - devra effectuer des travaux d'intérêt général à partir de 2023. Les réfractaires seront menacés de perdre leurs allocations. C'est l'accord de coalition, pour le moins controversé, qu'a arraché la Ministre de l'Emploi flamande Hilde Crevits (CD&V) au sein de son gouvernement.

Pendant ce service communautaire, la personne au chômage se verra confier une tâche dans une administration locale, comme balayeur de rue, accompagnateur de bus scolaire, aide dans un centre de vaccination ou encore, en tant que jardinier. Jusqu'à maximum 64 heures par moispourront être prestées. Le chômeur conservera ses allocations, complétées par une indemnité de 1,30 euro par heure.

L'objectif de cette mesure est de donner un coup de pouce à ces 70.000 personnes inactives sur le marché du travail pour qu'elles décrochent un emploi permanent. Ce groupe est en augmentation permanente, alors que les entreprises ont de plus en plus de mal à pourvoir certains postes vacants.

1,30 euro de l'heure

Les principaux arguments avancés par la Ministre Crevits sont les suivants : les travaux d'intérêt général peuvent aiguiser les compétences au travail des chômeurs, comme la ponctualité ou la bonne collaboration avec les collègues, ou leur permettre de retrouver leur estime de soi,... "Les personnes qui cherchent depuis plus de deux ans sont très éloignées du marché du travail. Je veux leur donner la motivation nécessaire pour se réintégrer sur le marché", argumente-t-elle.

Les chômeurs qui remplissent les conditions requises signeront un contrat avec le VDAB (service d'emploi public de la Flandre) au début de leur période de chômage. Dans ce document, le signataire s'engage à effectuer un travail d'intérêt général après deux ans sans travail. S'il ne tient pas cette promesse sans raison valable, des sanctions peuvent être imposées. Dans les cas extrêmes, le VDAB peut demander au gouvernement fédéral de suspendre ses allocations. Les personnes malades sont exemptées de cette obligation. Et si le VDAB considère que ce n'est pas la bonne voie à suivre pour trouver un emploi, le chômeur ne devra pas effectuer ces travaux, précise De Tijd.

Les syndicats contre "ce travail forcé"

Pour les syndicats, ce service communautaire obligatoire pose questions. Ils s'y opposent et le comparent à du "travail forcé".

"Les employeurs se plaignent de la pénurie sur le marché du travail et sont donc les mieux placés pour aider les chômeurs de longue durée à trouver un emploi"

Caroline Copers, secrétaire générale de la FGTB flamande.

Le syndicat socialiste flamand ABVV a réagi avec méfiance. "En premier lieu parce que c'est obligatoire", déclare à la VRT Caroline Copers, secrétaire générale de la FGTB flamande. "Il y a beaucoup de personnes vulnérables dans ce groupe de chômeurs de longue durée qui ont besoin d'un soutien personnalisé. Cette obligation ne permettra pas de leur offrir ce soutien". La syndicaliste préfère regarder du côté des employeurs. "Ils se plaignent de la pénurie sur le marché du travail et sont donc les mieux placés pour aider les chômeurs de longue durée à trouver un emploi."

"Et qu'en sera-t-il au bout du parcours?", se demande-t-elle. "Il devrait ensuite y avoir un tremplin vers au moins un emploi de qualité. Est-ce que cela est prévu ? ". Caroline Copers fait remarquer que des recherches scientifiques montrent que toutes ces formules d'expérience professionnelle ne sont pas si efficaces. "Il s'agit souvent de systèmes coûteux qui nécessitent beaucoup d'organisation. Nous n'en sommes donc pas encore là. De nombreuses consultations seront encore nécessaires ", conclut-elle sur le média flamand.

Cela ne fait que souligner à l'employeur que vous avez des difficultés à trouver un emploi.

Stijn Baert (UGent)

L'économiste Stijn Baert (UGent) n'est pas non plus partisan de cette mesure. "S'il est indiqué sur votre CV que vous avez effectué des travaux d'intérêt général, cela ne fait que souligner à l'employeur que vous avez des difficultés à trouver un emploi. Je doute que cela aide beaucoup de gens à trouver du travail ", souligne-t-il, dans le quotidien économique flamand. L'économiste dit toutefois comprendre la mesure. "De cette manière, les chômeurs savent qu'il y a des efforts à faire en contrepartie des avantages et de l'argent des impôts qu'ils paient pour ceux-ci".

La Ministre Crevits se dit bien consciente des critiques formulées sur son initiative de remise à l'emploi. C'est la raison pour laquelle elle veut indemniser les chômeurs avec un salaire horaire. En même temps, elle veille à ce que cette compensation ne soit pas trop élevée. "De cette façon, on risque d'accroître la différence entre le fait de travailler et de ne pas travailler. Les gens doivent rester disponibles sur le marché du travail", déclare Crevits, citée par De Tijd. Et afin d'éviter qu'un chômeur ne reste bloqué dans un travail d'intérêt général, il sera autorisé à effectuer le même travail pendant un maximum de six mois.

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Se débarrasser de la connotation négative

La mesure a été incluse dans l'accord de coalition à la demande de la N-VA et de l'Open VLD, qui souhaitaient adopter une attitude plus ferme avec le gouvernement flamand après la victoire électorale du Vlaams Belang, rappelle De Tijd. Lors des négociations gouvernementales, le parti de Crevits s'était dans un premier temps montré frileux à l'égard des travaux d'intérêt général, car ils menaçaient de stigmatiser les chômeurs. "Oui, il y avait une connotation négative autour du service communautaire. On l'a toujours considéré comme une punition, mais je refuse d'accepter cela. Cette mesure est destinée à renforcer les compétences des chômeurs", réaffirme-t-elle.

"Oui, il y avait une connotation négative autour du service communautaire. On l'a toujours considéré comme une punition, mais je refuse d'accepter cela."

Hilde Crevits, ministre flamande de l'Emploi.

Le fait que des personnes soient payées pour des travaux d'intérêt général rend cette mesure acceptable est d'avis la ministre, même si elle dit réfléchir à un nom moins connoté. "Nous devons nous débarrasser de cette connotation négative", déclare la ministre flamande de l'emploi. "C'est vraiment une mesure positive. Un stage rémunéré pour préparer les personnes qui ont été au chômage pendant une longue période à réintégrer le marché du travail. " Hilde Crevits insiste également sur le fait que les chômeurs bénéficient d'un accompagnement professionnel pendant leur service communautaire afin de pouvoir accéder à un emploi fixe.

La consultation des autorités locales et des partenaires sociaux sera cruciale dans la mise en oeuvre de cette mesure de réactivation des chômeurs à l'horizon 2023, afin de déterminer quelles tâches peuvent être considérées comme des travaux d'intérêt général.

L'Union des villes et communes flamandes (VVSG) a réagi frileusement en disant qu'elle "souhaitait d'abord examiner l'impact de la mesure". "Nous voulons discuter des conséquences organisationnelles de cette situation pour les autorités locales", laisse-t-elle entendre.

Recalé en 2016

Ce n'est pas la première fois que l'idée d'un service communautaire pour les chômeurs de longue durée est discuté par les autorités. La mesure est sur la table des discussions depuis plus de dix ans. L'ancien ministre de l'Emploi, Philippe Muyters (N-VA), n'en voyait pas l'utilité, car il existe déjà en Flandre un système de travail de proximité.

Le gouvernement Michel avait proposé cette mesure en 2016, rappelle De Standaard. Elle n'a pas résisté devant la Cour constitutionnelle car elle n'était pas de compétence fédérale, mais aussi parce qu'elle s'apparentait à du travail forcé : les personnes à qui l'on imposait un tel service communautaire devaient travailler, mais n'étaient pas rémunérés pour leur travail.

Toute personne au chômage en Flandre depuis plus de deux ans - ils sont actuellement 70.000 - devra effectuer des travaux d'intérêt général à partir de 2023. Les réfractaires seront menacés de perdre leurs allocations. C'est l'accord de coalition, pour le moins controversé, qu'a arraché la Ministre de l'Emploi flamande Hilde Crevits (CD&V) au sein de son gouvernement. Pendant ce service communautaire, la personne au chômage se verra confier une tâche dans une administration locale, comme balayeur de rue, accompagnateur de bus scolaire, aide dans un centre de vaccination ou encore, en tant que jardinier. Jusqu'à maximum 64 heures par moispourront être prestées. Le chômeur conservera ses allocations, complétées par une indemnité de 1,30 euro par heure.L'objectif de cette mesure est de donner un coup de pouce à ces 70.000 personnes inactives sur le marché du travail pour qu'elles décrochent un emploi permanent. Ce groupe est en augmentation permanente, alors que les entreprises ont de plus en plus de mal à pourvoir certains postes vacants.Les principaux arguments avancés par la Ministre Crevits sont les suivants : les travaux d'intérêt général peuvent aiguiser les compétences au travail des chômeurs, comme la ponctualité ou la bonne collaboration avec les collègues, ou leur permettre de retrouver leur estime de soi,... "Les personnes qui cherchent depuis plus de deux ans sont très éloignées du marché du travail. Je veux leur donner la motivation nécessaire pour se réintégrer sur le marché", argumente-t-elle.Les chômeurs qui remplissent les conditions requises signeront un contrat avec le VDAB (service d'emploi public de la Flandre) au début de leur période de chômage. Dans ce document, le signataire s'engage à effectuer un travail d'intérêt général après deux ans sans travail. S'il ne tient pas cette promesse sans raison valable, des sanctions peuvent être imposées. Dans les cas extrêmes, le VDAB peut demander au gouvernement fédéral de suspendre ses allocations. Les personnes malades sont exemptées de cette obligation. Et si le VDAB considère que ce n'est pas la bonne voie à suivre pour trouver un emploi, le chômeur ne devra pas effectuer ces travaux, précise De Tijd. Pour les syndicats, ce service communautaire obligatoire pose questions. Ils s'y opposent et le comparent à du "travail forcé".Le syndicat socialiste flamand ABVV a réagi avec méfiance. "En premier lieu parce que c'est obligatoire", déclare à la VRT Caroline Copers, secrétaire générale de la FGTB flamande. "Il y a beaucoup de personnes vulnérables dans ce groupe de chômeurs de longue durée qui ont besoin d'un soutien personnalisé. Cette obligation ne permettra pas de leur offrir ce soutien". La syndicaliste préfère regarder du côté des employeurs. "Ils se plaignent de la pénurie sur le marché du travail et sont donc les mieux placés pour aider les chômeurs de longue durée à trouver un emploi.""Et qu'en sera-t-il au bout du parcours?", se demande-t-elle. "Il devrait ensuite y avoir un tremplin vers au moins un emploi de qualité. Est-ce que cela est prévu ? ". Caroline Copers fait remarquer que des recherches scientifiques montrent que toutes ces formules d'expérience professionnelle ne sont pas si efficaces. "Il s'agit souvent de systèmes coûteux qui nécessitent beaucoup d'organisation. Nous n'en sommes donc pas encore là. De nombreuses consultations seront encore nécessaires ", conclut-elle sur le média flamand. L'économiste Stijn Baert (UGent) n'est pas non plus partisan de cette mesure. "S'il est indiqué sur votre CV que vous avez effectué des travaux d'intérêt général, cela ne fait que souligner à l'employeur que vous avez des difficultés à trouver un emploi. Je doute que cela aide beaucoup de gens à trouver du travail ", souligne-t-il, dans le quotidien économique flamand. L'économiste dit toutefois comprendre la mesure. "De cette manière, les chômeurs savent qu'il y a des efforts à faire en contrepartie des avantages et de l'argent des impôts qu'ils paient pour ceux-ci".La Ministre Crevits se dit bien consciente des critiques formulées sur son initiative de remise à l'emploi. C'est la raison pour laquelle elle veut indemniser les chômeurs avec un salaire horaire. En même temps, elle veille à ce que cette compensation ne soit pas trop élevée. "De cette façon, on risque d'accroître la différence entre le fait de travailler et de ne pas travailler. Les gens doivent rester disponibles sur le marché du travail", déclare Crevits, citée par De Tijd. Et afin d'éviter qu'un chômeur ne reste bloqué dans un travail d'intérêt général, il sera autorisé à effectuer le même travail pendant un maximum de six mois.La mesure a été incluse dans l'accord de coalition à la demande de la N-VA et de l'Open VLD, qui souhaitaient adopter une attitude plus ferme avec le gouvernement flamand après la victoire électorale du Vlaams Belang, rappelle De Tijd. Lors des négociations gouvernementales, le parti de Crevits s'était dans un premier temps montré frileux à l'égard des travaux d'intérêt général, car ils menaçaient de stigmatiser les chômeurs. "Oui, il y avait une connotation négative autour du service communautaire. On l'a toujours considéré comme une punition, mais je refuse d'accepter cela. Cette mesure est destinée à renforcer les compétences des chômeurs", réaffirme-t-elle. Le fait que des personnes soient payées pour des travaux d'intérêt général rend cette mesure acceptable est d'avis la ministre, même si elle dit réfléchir à un nom moins connoté. "Nous devons nous débarrasser de cette connotation négative", déclare la ministre flamande de l'emploi. "C'est vraiment une mesure positive. Un stage rémunéré pour préparer les personnes qui ont été au chômage pendant une longue période à réintégrer le marché du travail. " Hilde Crevits insiste également sur le fait que les chômeurs bénéficient d'un accompagnement professionnel pendant leur service communautaire afin de pouvoir accéder à un emploi fixe. La consultation des autorités locales et des partenaires sociaux sera cruciale dans la mise en oeuvre de cette mesure de réactivation des chômeurs à l'horizon 2023, afin de déterminer quelles tâches peuvent être considérées comme des travaux d'intérêt général. L'Union des villes et communes flamandes (VVSG) a réagi frileusement en disant qu'elle "souhaitait d'abord examiner l'impact de la mesure". "Nous voulons discuter des conséquences organisationnelles de cette situation pour les autorités locales", laisse-t-elle entendre. Ce n'est pas la première fois que l'idée d'un service communautaire pour les chômeurs de longue durée est discuté par les autorités. La mesure est sur la table des discussions depuis plus de dix ans. L'ancien ministre de l'Emploi, Philippe Muyters (N-VA), n'en voyait pas l'utilité, car il existe déjà en Flandre un système de travail de proximité. Le gouvernement Michel avait proposé cette mesure en 2016, rappelle De Standaard. Elle n'a pas résisté devant la Cour constitutionnelle car elle n'était pas de compétence fédérale, mais aussi parce qu'elle s'apparentait à du travail forcé : les personnes à qui l'on imposait un tel service communautaire devaient travailler, mais n'étaient pas rémunérés pour leur travail.