"Agir, plutôt que subir", voilà le message urgent envoyé par Frédéric Rouvez, cofondateur de la chaîne alimentaire Exki aux politiciens de notre pays. Dans sa lettre ouverte, il entend donner un grand coup de pied à l'"attentisme" régnant. Mû par une "proactivité créatrice", il appelle à l'action face à cette crise d'une ampleur inédite qui touche tous les secteurs.
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"Agir, plutôt que subir", voilà le message urgent envoyé par Frédéric Rouvez, cofondateur de la chaîne alimentaire Exki aux politiciens de notre pays. Dans sa lettre ouverte, il entend donner un grand coup de pied à l'"attentisme" régnant. Mû par une "proactivité créatrice", il appelle à l'action face à cette crise d'une ampleur inédite qui touche tous les secteurs. "Mesdames et Messieurs les politiciens, vous écrasez vos meilleurs alliés. En condamnant l'horeca, vous faites le contraire de ce qu'il faut. Vous devriez en effet vous appuyer sur ce secteur pour renforcer la lutte contre le Covid, ainsi que sur tous les secteurs que vous écrasez sous le poids de vos mesures ridicules.", lance-t-il. Dans son plaidoyer, le patron d'Exki propose, entre autres, de mettre à disposition les lits des hôtels condamnés à fermer, souvent même à proximité des hôpitaux: "Il serait malin d'y créer une aile d'accueil pour malades atteints du Covid et, en cas d'urgence, pouvoir les transporter rapidement en soins intensifs dans l'hôpital voisin", propose-t-il.Est-ce envisageable à Bruxelles ? On a posé la question à Yves Fonck, président de la Brussels Hotels Association (BHA) : "La question ne s'est pas encore posée concrètement, mais, c'est tout à fait possible ", nous répond-il. "Certains hôtels ont d'ailleurs déjà été réquisitionnés, à Alost et dans la capitale, lors de la première vague pour accueillir des patients, mais aussi du personnel soignant qui devait rester en quarantaine, isolé de leurs proches. On est prêts à accueillir des patients qui ne peuvent plus rester à l'hôpital, mais qui doivent encore recevoir des soins ou ceux qui attendent d'être pris en charge, si la Région nous le demande." Un peu plus loin dans sa lettre, Frédéric Rouvez interpelle le monde politique de la sorte : "Vous n'avez pas les ressources pour organiser toute cette mobilisation et transformer des lieux de loisir en lieux de soins : vous avez toutes les compétences dans les entreprises d'événements dont c'est le travail quotidien et qui sont rompues à cet exercice". Quand on le lance sur le sujet, Lorenzo Serra, porte-parole de la Brussels by Night Federation fourmille d'idées. Pour Trends Tendances, il évoque des pistes innovantes pour mettre à profit l'expertise du secteur de l'évènementiel, à l'arrêt total depuis mars. "C'est le propre de notre boulot de réagir dans l'urgence, dans l'immédiateté et l'inattendu, de gérer des gros flux de personnes, de concevoir des évènements "out of the box". Notre secteur compte de nombreuses personnes clairvoyantes qui s'adaptent très vite aux situations", déclare-t-il. "En une fraction de seconde, on est capable de gérer le moindre souci. On est des milliers de forces vives disponibles, sans compter les dizaines de salles vides qui pourraient servir pour les patients Covid". Il embraye : " Les palais de Brussels Expo sont apparemment équipés de systèmes de ventilation munis de purificateurs très efficaces contre le virus. On pourrait y implanter un immense 'hôpital de campagne' exclusivement dédié aux patients Covid avec tout le personnel soignant nécessaire pour éviter la saturation des hôpitaux de la capitale." Pour Lorenzo Serra, il est aussi impératif d'introduire ce qu'il nomme "des exceptions temporelles" dans la situation inédite dans laquelle nous vivons. "Il faut changer sa perception des choses et repenser certains principes. Comme l'a fait, par exemple, Delhaize au début de la première vague en laissant l'occasion aux personnes âgées de venir faire leurs courses tôt le matin. Une idée de génie! ". Il poursuit : "Une autre idée, mais qui aura peut-être le don de choquer certains, est d'organiser le temps que la crise durera, la société par tranches d'âge. Les restaurants pourraient ainsi être réservés exclusivement aux aînés de plus de 65 ans et leurs "bulles" sur le temps de midi pour leur permettre de quand même avoir une vie sociale tout en protégeant leur santé."Le porte-parole de la Brussels by Night Federation évoque aussi la nécessité de plus en plus prégnante de mettre sur pied un "think tank" avec les acteurs de terrain. Ces derniers auraient la mission de réfléchir avec les autorités belges à des solutions innovantes sur des sujets bien précis pour gérer au mieux la crise. " Il faut laisser s'exprimer l'agilité du monde de l'événementiel pour servir l'effort collectif. Je vois cette mission comme un véritable service citoyen. "Nicolas Tsurukawa est, lui, prospectiviste, il abonde dans ce principe général de vases clos et de vases communicants qui consiste à "transférer une partie des effectifs d'un lieu sur-fréquenté vers un autre lieu sous-fréquenté et donc au bord du gouffre économique, tout en maintenant des bulles traçables et à faible distance géographique." Sur son blog, il lance une autre piste : convertir les cafés en espace de coworking ultralocaux, avec une gestion très stricte du risque épidémique via un accès restreint. " Rejoindre un espace proche de son domicile a l'avantage de désengorger les transports en commun aux heures de pointe ", argumente-t-il. "Il serait intelligent d'utiliser les lieux condamnés à d'autres activités. Un resto converti en co-working local peut aussi servir de hub de quartier pour les livraisons groupées de courses en complément des take-away, ce qui permet de désengorger les supermarchés. Cette transformation permettrait de garder active une partie du personnel ". Et de se poser la question suivante : "Pour alléger le coût du chômage technique, qui finira à moment ou à un autre par être subsidié par tous les citoyens, n'est-il pas plus intéressant de maintenir un minimum d'activité, de garder une partie du personnel en service ?". Outre les moindres dégâts économiques, un tel hub local permettrait aussi de préserver la santé mentale des télétravailleurs et de leurs familles, surtout s'ils vivent dans un logement urbain exigu et surpeuplé. Le but est d'éviter des dépressions, voire, des suicides causés par une vague de faillites dans l'HORECA. L'idée du patron d'Exki de désengorger les hôpitaux en déplaçant la surcharge de travail dans d'autres lieux est aussi avancée par Nicolas Tsurukawa. "Certaines maisons de repos pourraient transférer une partie de leurs pensionnaires les plus autonomes dans des hôtels proches, en y détachant un peu de personnel. L'essentiel des effectifs serait maintenu pour le soin aux personnes les moins valides. La plus faible densité au sein du public particulièrement vulnérable des maisons de repos ralentirait la propagation du virus. Cela permet aussi de libérer et d'aménager plus facilement des espaces sécurisés pour des visites par les proches, contribuant ainsi au bien-être des seniors."Le consultant résume: "Les pouvoirs publics subsidient de cette manière préventivement des lits d'hôtel , soutenant par la même occasion ce secteur en difficulté, afin d'éviter en aval une saturation des lits en soins intensifs. En postulant ici qu'un lit d'hôpital coûte plus cher à l'Etat qu'une chambre d'hôtel qu'il faut de toute façon soutenir économiquement pour éviter la faillite."D'autres exemples de cette "proactivité créatrice" dont fait l'éloge Frédéric Rouvez s'observent déjà du côté des restaurateurs, pour qui le couperet de la fermeture d'un mois est tombé vendredi. Ainsi, le chef du renommé étoilé L'Air du Temps, Sang Hoon Degeimbre, a annoncé ce week-end avoir transformé son restaurant en boutique éphémère afin d'écouler son stock de provisions. " Que faire pour ne pas perdre ces énergies que chacun a mis à chaque étape ? Nous avons décidé d'ouvrir une boutique à L'air du temps à Liernu pour ces 4 prochaines semaines, au minimum", peut-on lire sur sa page FB.