Pierre Pozzi Belforti n'est pas fan de ces nouvelles technologies qui connaissent nos secrets les plus intimes et menacent notre vie privée. Lorsqu'il croise lors d'un dîner le commissaire européen à l'Innovation, il ne manque pas l'occasion de l'alerter sur les dangers de ces outils invasifs, devenus courants. Ce jour-là, il démontre aux convives présents que la reconnaissance faciale utilisée pour débloquer leurs smartphones collecte plus de 30.000 points de leur visage. Ces données stockées sur des serveurs décentralisés peuvent être piratées, explique- t-il. Cette mésaventure est d'ailleurs arrivée à une de ses connaissances, une avocate américaine qui s'est ainsi fait dérober son identité digitale. Pendant des semaines, les pirates ont tranquillement siphonné son compte en banque. L'avocate a bloqué ses comptes. Mais elle est désormais incapable de démontrer que son propre visage lui appartient! Pendant le reste de la soirée, le commissaire européen, devenu pâle comme un linge, tentera fébrilement de désactiver la reconnaissance faciale sur son propre smart-phone. Cette anecdote savoureuse est l'une des nombreuses petites histoires émaillant le livre de Pierre Pozzi (Belforti), La fin des manipulateurs, écrit avec notre collègue Pierre-Henri Thomas, journaliste de notre rédaction. Dans cet ouvrage qui vient de paraître, l'entrepreneur et investisseur dresse le portrait de notre société ultra-connectée. ...

Pierre Pozzi Belforti n'est pas fan de ces nouvelles technologies qui connaissent nos secrets les plus intimes et menacent notre vie privée. Lorsqu'il croise lors d'un dîner le commissaire européen à l'Innovation, il ne manque pas l'occasion de l'alerter sur les dangers de ces outils invasifs, devenus courants. Ce jour-là, il démontre aux convives présents que la reconnaissance faciale utilisée pour débloquer leurs smartphones collecte plus de 30.000 points de leur visage. Ces données stockées sur des serveurs décentralisés peuvent être piratées, explique- t-il. Cette mésaventure est d'ailleurs arrivée à une de ses connaissances, une avocate américaine qui s'est ainsi fait dérober son identité digitale. Pendant des semaines, les pirates ont tranquillement siphonné son compte en banque. L'avocate a bloqué ses comptes. Mais elle est désormais incapable de démontrer que son propre visage lui appartient! Pendant le reste de la soirée, le commissaire européen, devenu pâle comme un linge, tentera fébrilement de désactiver la reconnaissance faciale sur son propre smart-phone. Cette anecdote savoureuse est l'une des nombreuses petites histoires émaillant le livre de Pierre Pozzi (Belforti), La fin des manipulateurs, écrit avec notre collègue Pierre-Henri Thomas, journaliste de notre rédaction. Dans cet ouvrage qui vient de paraître, l'entrepreneur et investisseur dresse le portrait de notre société ultra-connectée. Et il n'y va pas de main morte. Selon l'auteur, nous sommes tous devenus des esclaves modernes des Gafa (Google, Amazon, Facebook, Apple). Nous avons cédé nos données personnelles à ces puissantes et voraces multinationales du Web, qui en font commerce sans vergogne. Egalement professeur à la Solvay Business School et à Sciences Po Paris, Pierre Pozzi n'est pas un technophobe. Il encense les avancées technologiques qui améliorent notre existence. Mais selon lui, la contrepartie que nous payons est trop forte. "C'est indéniable, le digital nous a offert un confort de vie que nous ne pouvions même pas imaginer voici 40 ans, écrit-il. Le travail sur les données permettra d'accroître encore notre niveau de vie, notre bien-être, en affinant les diagnostics médicaux, en assurant la traçabilité de nos aliments, en gérant de manière intelligente notre production et notre consommation d'énergie, en dépistant certaines pathologies bien plus précocement qu'aujourd'hui, en résolvant une grande partie de nos problèmes de mobilité grâce à la voiture autonome... Mais en échange, nous avons vendu notre intimité, notre liberté de choix, notre jugement critique. Comme Faust, nous avons vendu notre âme. Google a remplacé Mephisto." Des entreprises comme Google et Facebook basent leur business model sur la publicité. Au fil des ans, celle-ci est devenue de plus en plus ciblée, grâce aux quantités astronomiques de données que ces entreprises parviennent à amasser sur nos comportements en ligne, sur nos déplacements, sur nos centres d'intérêts... Les géants du Net collectent nos empreintes digitales, notre visage, notre voix. Ils connaissent en détail notre activité physique (nombre de pas par jour), ils mesurent notre rythme cardiaque, notre respiration. Demain, peut-être, ils sauront tout de nos habitudes alimentaires. Pour Pierre Pozzi, cette collecte massive de données à des fins commerciales a assez duré: "Les géants du Net ont dépassé les limites de l'éthique et de la morale, nous glisse l'entrepreneur. C'est très inquiétant, parce que toutes ces données peuvent être piratées. Elles peuvent un jour se retrouver entre les mains d'un pouvoir politique ou économique malveillant". Selon l'auteur de La fin des manipulateurs, nous sommes, en tant que consommateurs, en partie responsables de cette situation: "Oui, nous nous sommes laissés séduire par la facilité de ces applications digitales que nous utilisons quotidiennement, écrit-il. Et oui, nous avons dès lors contribué à créer un système de surveillance dont auraient rêvé les vieux services de renseignement de la Guerre froide. Ce n'est certes pas le Big Brother d'Orwell, mais une multitude de little brothers, des petits frères qui ne nous lâchent pas d'une semelle". Sommes-nous pour autant condamnés à vivre dans un monde orwellien? Non, Pierre Pozzi est convaincu que nous avons les capacités de nous sortir de ce guêpier. En misant tout d'abord sur... la technologie. Mais une technologie moins invasive. L'auteur ne doit pas aller chercher très loin. Il a lui-même investi dans une start-up, Aerendir, qui développe le système NeuroPrint. Pierre Pozzi et son associé new-yorkais, qui préfère rester discret, ont investi plusieurs millions d'euros - le montant n'est pas public mais tourne autour de 10 millions - dans ce projet. Développée par le neurologue belge Martin Zizi, NeuroPrint est une technologie d'identification basée sur notre empreinte neurologique. Cette empreinte, qui se traduit par les influx nerveux donnant l'ordre à nos muscles de bouger, est unique à chaque individu. Elle pourrait servir à nous identifier grâce à des capteurs intégrés dans notre smartphone, ou dans tout autre appareil connecté. La promesse, c'est un système d'authentification qui fonctionne sans collecter nos données personnelles. "La technologie est prête, assure Pierre Pozzi. Nous avons déjà déposé 15 brevets. La commercialisation vient de commencer." Un premier contrat vient d'être conclu avec le fabricant de microprocesseurs SiFive, une spin-off de Qualcomm et Intel. A elle seule, cette technologie - qui doit encore faire ses preuves -, pourra difficilement renverser la tendance actuelle, qui pousse vers la collecte toujours plus intensive de données personnelles. Mais Pierre Pozzi est convaincu que c'est un pas dans la bonne direction. Pour continuer dans cette voie plus protectrice de la vie privée, l'entrepreneur compte aussi sur l'Europe. Non seulement via un cadre réglementaire renforcé, comme le RGPD (Règlement général pour la protection des données). Mais aussi via un regain de forme de son tissu industriel. "L'Europe a complètement raté la première vague du numérique, la vague B to C, qui concerne les consommateurs et coïncide avec l'avènement des médias sociaux, observe Pierre Pozzi. Mais je suis convaincu qu'elle participera à la deuxième vague, qui est une vague B to B, qui concerne les entreprises, les infrastructures et les applications industrielles liées à l'Internet des objets. Des sociétés européennes comme Thales, Dassault, Nokia ou Ericsson pourraient y participer." Ces grandes entreprises pourraient peser dans la création d'un cloud européen et d'une relocalisation de nos données en Europe. Ce qui offrirait, selon Pierre Pozzi, de meilleures garanties en matière de protection de notre vie privée.