Guillaume Boutin, 45 ans, est le nouveau CEO de Proximus. Son CV stipule qu'il est titulaire d'un Master en administration des affaires de HEC Paris et d'un "Executive MBA de l'INSEAD", selon le communiqué de presse relatif à sa nomination à la tête de la société de Télécoms, le 27 novembre dernier, et jusqu'il y a peu sur le site internet de la société.

Pourtant, le Français n'est nullement titulaire de ce type de diplôme délivré par la prestigieuse école de commerce française. Le dirigeant de Proximus a seulement suivi, au sein de l'Institut, une formation plus courte destinée aux managers de Vivendi où il travaillait à l'époque, comme nous le révélions récemment.

Interrogé mardi pour la première fois depuis sa nomination en commission Mobilité et Infrastructure de la Chambre par le député N-VA Michael Freilich, Guillaume Boutin a clarifié sa formation professionnelle.

"C'est assez drôle, en fait, plutôt futile à la lumière des autres sujets que nous avons abordés ici. Ce n'était pas un "Executive MBA", mais plutôt une sorte de MBA pour les dirigeants de Vivendi, un programme de formation pour les personnes à fort potentiel. A la fin de cette formation, aucun diplôme n'a été délivré ", a-t-il répondu suite à l'interpellation du député N-VA.

Depuis l'entrée en fonction de Guillaume Boutin en juin 2017 en tant que Chief Consumer Market Officer, la société a pourtant mentionné à plusieurs reprises dans ses communiqués de presse et même dans ses rapports annuels de 2017 et 2018 que Guillaume Boutin avait suivi un "Executive MBA". Durant cette période, le Français était en passe de succéder à Dominique Leroy. Le député N-VA veut savoir s'il s'agit "d'un cas de manipulation" ou "d'une erreur innocente". Il demande à Proximus de soumettre le CV officiel de Boutin daté de 2017 aux membres du comité pour dissiper les doutes. " J'ai remarqué que pendant une heure, Boutin a prononcé un discours déterminé et sûr de lui, donnant soudain une impression de nervosité et de bégaiement quand il s'agissait de son CV ", souligne-t-il.

Manipulation ou erreur?

Selon Proximus, son CEO n'a pas menti sur son CV. La société tente de se défendre en avançant qu'il s'agirait plutôt d'une erreur d'interprétation commise par son département de communication. "La terminologie n'est, en effet, pas correcte. La personne qui a rédigé le profil de Mr. Boutin parle d'un 'Executive MBA' au lieu d'un 'MBA for executives'. Ce qui n'est évidemment pas le même niveau de formation", nous expliquait dernièrement le porte-parole de la société, nous assurant que "ce n'était pas du tout une volonté de gonfler le CV de Guillaume Boutin".

Entre-temps, le volet formation du dirigeant publié sur le site de Proximus a été modifié. Passant successivement de "Executive MBA" à "MBA program for executives (INSEAD)" pour finalement être changé en "Corporate program for executives "CSP" at INSEAD ", "pour éviter toute confusion", se justifie Proximus.

L'entreprise assure que dans le cadre de sa désignation tous les diplômes du nouveau CEO ont été contrôlés par un cabinet de chasseur de têtes. Des vérifications qui avaient déjà été effectuées par un autre cabinet lors de son recrutement comme Chief Consumer Market Officer en 2017. "Les informations soumises au comité de nomination étaient toujours exactes. Le comité de nomination a donc fondé sa décision sur une lecture correcte de son profil. Le Conseil d'Administration de Proximus est convaincu des compétences et du savoir-faire de Guillaume et est sûr qu'il est la bonne personne pour diriger Proximus", peut-on lire dans un communiqué de presse envoyé ce jour.

"Pour être honnête, il faut rectifier les choses"

Reste que Guillaume Boutin n'a pas corrigé lui-même l'erreur dans les différentes publications précitées. Pour Michael Freilich, ce n'est pas la fin de l'histoire. "Pour être honnête, il faut rectifier les choses", est d'avis le député. "Je veux savoir pourquoi il ne l'a pas fait."

Car, si pendant toute cette période Proximus a délibérément communiqué de façon erronée sur la formation d'un membre de son Conseil d'administration, devenu depuis son CEO, il s'agirait d'un signe de négligence grave. Si Boutin a menti sur le CV qu'il a soumis en 2017, cela signifierait probablement la fin de sa carrière chez Proximus, avancent même certains observateurs.

Négliger des informations mentionnées sur un CV n'est pas une chose anodine dans les hautes sphères dirigeantes. En 2013, une erreur dans le CV d'Ellen Joncheere lui avait bloqué la voie pour se hisser à la tête de la SNCB. Elle prétendait être titulaire d'un Master sur son CV, alors qu'il n'en était rien. En 2012, le CEO de Yahoo avait été viré après quelques mois seulement à la tête de la société, accusé d'avoir menti sur son CV.

Update 20 décembre 2019: Le nouveau CEO de Proximus, n'a pas menti sur son CV a estimé le député qui a porté l'affaire à la Chambre. "L'ambiguïté réside chez son ancien employeur, Vivendi", a déclaré le député N-VA Michael Freilich, qui a pu consulter le document dans sa version papier. Le CV avec lequel il a été recruté en 2017 indique bien "Insead executive MBA program", mais un courrier de Vivendi précise que c'est le terme que le groupe français utilise pour ce programme, explique Freilich. "La question est résolue", conclut le député.

Update 15 janvier 2020: Le CV de Mr Boutin que nous avons aussi eu l'opportunité de consulter indique en effet précisément dans ces termes: "Insead-2008: executive MBA for High potentials from Vivendi" bien en évidence en haut de page juste après la mention de sa formation HEC.

Même si l'INSEAD ne considère pas ce type de formation non diplômante comme un MBA, et que le terme exact est celui maintenant corrigé sur le site de Proximus ("Corporate program for executives "CSP" at INSEAD"), Vivendi explique que c'est pourtant bien l'intitulé que le groupe français utilise pour ce type de formation destinée aux dirigeants à haut potentiel. Contacté par nos soins, l'entreprise déclare: "Cet intitulé est tout à fait conforme à la réalité. Très précisément, le titre est : 'Vivendi - Insead 'Building the future' Programme'". La société française confirme par ailleurs que Guillaume Boutin a effectivement fait partie en 2009 d'un programme de formation réservé aux hauts potentiels du groupe Vivendi et développé sur mesure par l'INSEAD. "Ce programme, qui est de niveau Executive MBA mais non diplômant, s'est étalé sur 18 mois. Trois promotions ont été organisées en six ans, rassemblant chaque fois 30 personnes. Le programme comprend trois semaines à Fontainebleau sur le campus d'INSEAD et deux "learning expeditions" d'une semaine chacune, l'une en Corée et au Japon, l'autre à Los Angeles et San Francisco", précise notre contact chez Vivendi.

Guillaume Boutin, 45 ans, est le nouveau CEO de Proximus. Son CV stipule qu'il est titulaire d'un Master en administration des affaires de HEC Paris et d'un "Executive MBA de l'INSEAD", selon le communiqué de presse relatif à sa nomination à la tête de la société de Télécoms, le 27 novembre dernier, et jusqu'il y a peu sur le site internet de la société. Pourtant, le Français n'est nullement titulaire de ce type de diplôme délivré par la prestigieuse école de commerce française. Le dirigeant de Proximus a seulement suivi, au sein de l'Institut, une formation plus courte destinée aux managers de Vivendi où il travaillait à l'époque, comme nous le révélions récemment. Interrogé mardi pour la première fois depuis sa nomination en commission Mobilité et Infrastructure de la Chambre par le député N-VA Michael Freilich, Guillaume Boutin a clarifié sa formation professionnelle."C'est assez drôle, en fait, plutôt futile à la lumière des autres sujets que nous avons abordés ici. Ce n'était pas un "Executive MBA", mais plutôt une sorte de MBA pour les dirigeants de Vivendi, un programme de formation pour les personnes à fort potentiel. A la fin de cette formation, aucun diplôme n'a été délivré ", a-t-il répondu suite à l'interpellation du député N-VA.Depuis l'entrée en fonction de Guillaume Boutin en juin 2017 en tant que Chief Consumer Market Officer, la société a pourtant mentionné à plusieurs reprises dans ses communiqués de presse et même dans ses rapports annuels de 2017 et 2018 que Guillaume Boutin avait suivi un "Executive MBA". Durant cette période, le Français était en passe de succéder à Dominique Leroy. Le député N-VA veut savoir s'il s'agit "d'un cas de manipulation" ou "d'une erreur innocente". Il demande à Proximus de soumettre le CV officiel de Boutin daté de 2017 aux membres du comité pour dissiper les doutes. " J'ai remarqué que pendant une heure, Boutin a prononcé un discours déterminé et sûr de lui, donnant soudain une impression de nervosité et de bégaiement quand il s'agissait de son CV ", souligne-t-il.Selon Proximus, son CEO n'a pas menti sur son CV. La société tente de se défendre en avançant qu'il s'agirait plutôt d'une erreur d'interprétation commise par son département de communication. "La terminologie n'est, en effet, pas correcte. La personne qui a rédigé le profil de Mr. Boutin parle d'un 'Executive MBA' au lieu d'un 'MBA for executives'. Ce qui n'est évidemment pas le même niveau de formation", nous expliquait dernièrement le porte-parole de la société, nous assurant que "ce n'était pas du tout une volonté de gonfler le CV de Guillaume Boutin". Entre-temps, le volet formation du dirigeant publié sur le site de Proximus a été modifié. Passant successivement de "Executive MBA" à "MBA program for executives (INSEAD)" pour finalement être changé en "Corporate program for executives "CSP" at INSEAD ", "pour éviter toute confusion", se justifie Proximus. L'entreprise assure que dans le cadre de sa désignation tous les diplômes du nouveau CEO ont été contrôlés par un cabinet de chasseur de têtes. Des vérifications qui avaient déjà été effectuées par un autre cabinet lors de son recrutement comme Chief Consumer Market Officer en 2017. "Les informations soumises au comité de nomination étaient toujours exactes. Le comité de nomination a donc fondé sa décision sur une lecture correcte de son profil. Le Conseil d'Administration de Proximus est convaincu des compétences et du savoir-faire de Guillaume et est sûr qu'il est la bonne personne pour diriger Proximus", peut-on lire dans un communiqué de presse envoyé ce jour. Reste que Guillaume Boutin n'a pas corrigé lui-même l'erreur dans les différentes publications précitées. Pour Michael Freilich, ce n'est pas la fin de l'histoire. "Pour être honnête, il faut rectifier les choses", est d'avis le député. "Je veux savoir pourquoi il ne l'a pas fait." Car, si pendant toute cette période Proximus a délibérément communiqué de façon erronée sur la formation d'un membre de son Conseil d'administration, devenu depuis son CEO, il s'agirait d'un signe de négligence grave. Si Boutin a menti sur le CV qu'il a soumis en 2017, cela signifierait probablement la fin de sa carrière chez Proximus, avancent même certains observateurs.Négliger des informations mentionnées sur un CV n'est pas une chose anodine dans les hautes sphères dirigeantes. En 2013, une erreur dans le CV d'Ellen Joncheere lui avait bloqué la voie pour se hisser à la tête de la SNCB. Elle prétendait être titulaire d'un Master sur son CV, alors qu'il n'en était rien. En 2012, le CEO de Yahoo avait été viré après quelques mois seulement à la tête de la société, accusé d'avoir menti sur son CV.