Avec le coronavirus, le secteur de l'événementiel ressemble aujourd'hui à un iceberg perdu dans une mer de désolation. Glaciale, l'atmosphère qui l'enrobe est en effet plombée par un confinement généralisé qui empêche tous les organisateurs chevronnés de planifier à court terme la moindre manifestation culturelle ou professionnelle.
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Avec le coronavirus, le secteur de l'événementiel ressemble aujourd'hui à un iceberg perdu dans une mer de désolation. Glaciale, l'atmosphère qui l'enrobe est en effet plombée par un confinement généralisé qui empêche tous les organisateurs chevronnés de planifier à court terme la moindre manifestation culturelle ou professionnelle. La comparaison avec l'iceberg n'est pas innocente. Aux yeux du grand public, le monde de l'événement se résume généralement à des concerts, des spectacles et des compétitions sportives qui drainent une foule de fans et de badauds curieux. Voilà pour la pointe festive de l'iceberg. Mais sous le niveau de la mer, il y a toute la partie immergée du bloc de glace événementiel, moins connue du grand public et davantage ancrée dans les réalités du secteur B-to-B ( business to business). Salons professionnels, foires commerciales, incentives, conférences, présentations de produits, activations de marques, fêtes du personnel, etc. : la vie de l'entreprise est truffée de divers événements qui rythment son quotidien et qui donnent finalement le pouls de l'économie belge. Classé dans le top 15 des activités commerciales du pays avec un chiffre d'affaires annuel de 2,4 milliards d'euros, le secteur événementiel concerne environ 80.000 travailleurs actifs dans plus de 3.000 PME belges, sans compter les milliers de fournisseurs qui participent indirectement à l'organisation de quelque 77.000 événements par an en Belgique. Malheureusement, avec la crise du Covid-19, le monde s'est soudainement figé, plongeant ainsi le secteur dans le plus grand désarroi. Sacrée " Entreprise de l'année " en 2018, la société belge Easyfairs organise près de 200 salons par an dans 14 pays, réunissant ainsi 22.500 exposants sur ses événements fréquentés par plus d'un million de visiteurs. Chez nous, l'entreprise dont les revenus flirtent avec les 170 millions d'euros encadre, par exemple, les salons Bois & Habitat à Namur Expo, Art Brussels à Tour & Taxis ou encore Health & Care, dédié aux professionnels des soins de santé, au Flanders Expo de Gand. " En Belgique, nous organisons 30 salons par an et nous avions six événements programmés durant les mois de mars et d'avril, explique Olivier Lechien, porte-parole d'Easyfairs. Nous avons dû en annuler un et reporter les cinq autres à des dates ultérieures. Cela fait justement partie de notre stratégie aujourd'hui : postposer autant que possible ces salons pour ne pas devoir les annuler car, dans ce cas, cela représenterait une perte sèche. Le problème, c'est que nous ne savons pas encore ce qu'il en sera pour les mois de mai et juin. Si nous devons aussi suspendre nos événements durant ces deux mois, cela voudra dire qu'un tiers de notre activité en Belgique aura été touchée par le coronavirus. " Disposant de trois antennes à Londres, Paris et Bruxelles, le groupe belge Profirst est également l'un des grands noms du secteur avec une centaine d'employés actifs dans ces trois capitales. La société est davantage spécialisée dans les grands événements de marques (défilés de mode, lancement de produits, etc.) et subit, elle aussi, la mise à l'arrêt forcée de ses activités. " En Belgique, nous avons dû mettre la moitié de notre personnel en chômage technique pour cas de force majeure, ce qui représente une vingtaine de personnes, témoigne Bruno Pani, fondateur et CEO de Profirst. Personne ne sait encore quand l'activité reprendra, mais il est certain que le redémarrage sera progressif. Contrairement à l'horeca qui retrouvera ses clients du jour au lendemain, nous devrons certainement passer par une période de réadaptation et je m'attends donc à un arrêt de travail d'au moins six à sept mois. Au final, nous devrions subir une baisse de revenus de minimum 50% sur l'année 2020. " Perdre un peu plus de la moitié de son chiffre d'affaires à cause du coronavirus, c'est précisément ce à quoi s'attend l'ensemble du secteur événementiel en Belgique. Le centre d'expertise Public Impact de la haute école KdG à Anvers vient en effet de mener une enquête auprès de 1.120 sociétés organisatrices d'événements à la demande de différentes associations professionnelles qui animent le secteur comme l'ACC (Association of Communication Companies), BECA (Belgian Event Catering Association), BESA (Belgian Event Supplier Association), Febelux (la fédération professionnelle pour le secteur de la " communication live "), ainsi que plusieurs organisateurs de grands festivals de musique. Inquiétants, les résultats publiés la semaine dernière par Public Impact prévoient une chute des revenus des sociétés organisatrices d'événements de 54% en 2020 par rapport à l'année précédente. L'étude évalue à 1,3 milliard d'euros le manque à gagner pour l'ensemble du secteur en Belgique (le chiffre d'affaires global chuterait de 2,4 milliards à 1,1 milliard en un an) sans compter l'impact indirect pour tous les fournisseurs qui ont l'habitude de travailler avec ces entreprises spécialisées dans l'événementiel. Davantage spectaculaire, cet effet " boule de neige " calculé par le centre d'expertise représenterait en effet un manque à gagner de 3,6 milliards pour ces autres sociétés et ces indépendants qui oeuvrent en coulisse. Au total, ce sont donc près de 5 milliards d'euros de revenus qui partiraient ainsi en fumée à cause du coronavirus pour l'année 2020. Avec de tels chiffres, il n'est guère étonnant que le secteur événementiel tire aujourd'hui la sonnette d'alarme. " Nous demandons aux autorités fédérales et régionales de prendre en considération l'impact exceptionnel qu'a le coronavirus sur notre profession et d'adopter dès lors les mesures de soutien qui s'imposent, réclame Bruno Schaubroeck, porte-parole de la corona task force au sein du secteur. En premier lieu, nous demandons la possibilité d'étendre et de prolonger le chômage technique de neuf mois pour tous nos collaborateurs, étant donné que nous serons touchés plus longtemps par les mesures prises dans le contexte de cette crise. Nous nous attendons en effet à ce que notre secteur redémarre avec un certain retard et que nos collaborateurs restent chez eux pendant une période plus longue que le secteur horeca par exemple. " Outre cette revendication, les représentants des associations professionnelles concernées (ACC, BECA, BESA et Febelux) demandent également d'autres mesures de soutien concrètes, comme le fait de pouvoir bénéficier d'une prime de nuisance à l'instar du secteur horeca, mais aussi d'une protection étendue par rapport aux banques via notamment " un prêt simple sans intérêt avec garantie d'Etat " pour toutes leurs entreprises concernées. Pour donner davantage d'oxygène financier aux organisateurs d'événements, la corona task force conduite par Bruno Schaubroeck suggère également au gouvernement fédéral d'instaurer un système de carry back pour le secteur événementiel, à savoir la possibilité de reporter une perte fiscale sur les trois années qui ont précédé l'exercice. " Cette mesure permettrait de relancer l'économie de notre secteur, tout comme l'idée d'une déductibilité fiscale à 100% pour tous les événements organisés par des entreprises durant les exercices 2020 et 2021, note Vinciane Morel, business director de l'agence VO Event et administratrice de l'ACC. Aujourd'hui, chacun est confiné chez soi et on se rend compte de l'importance de créer du lien. Après la crise du Covid-19, les sociétés devront passer un message positif et remercier aussi leur personnel. Pour créer ce lien, rien ne vaut des événements live qui se veulent fédérateurs. Or, si les entreprises peuvent déduire ces événements à 100%, cela facilitera leur organisation et cela permettra aussi à notre secteur de mieux se relancer. " Dans la même philosophie, la corona task force du secteur événementiel invite enfin les pouvoirs publics à lancer dès maintenant, de fac?on proactive, des appels d'offres pour l'organisation de leurs futurs événements afin de soutenir et d'activer le marché. " Les autorités du pays sont aussi des clients de notre secteur, rappelle le porte-parole Bruno Schaubroeck. Elles peuvent montrer l'exemple en pensant déjà à l'après-Covid-19 et aux événements qu'elles voudront mettre en place. Nous leur disons donc : lancez-vos pitchs maintenant pour que nous puissions déjà y travailler ! " Amorcer la pompe, retrouver de l'activité : voilà ce qui motive aujourd'hui plus d'un organisateur d'événements paralysée par le coronavirus. Bien sûr, l'incertitude demeure sur la fin effective de la période de confinement et c'est ce qui frustre principalement la profession, mais le secteur veut rester malgré tout optimiste en ces temps surréalistes. " Nous vivons un moment à la fois horrible et fantastique, conclut Bruno Pani, CEO de l'agence Profirst. Horrible parce que cette crise génère du stress, de l'angoisse et beaucoup de questionnements sur aujourd'hui et demain, mais fantastique aussi parce que cela nous offre une opportunité incroyable de prendre du recul et de nous remettre en cause. Pour tout le monde, il y aura un avant et un après-Covid-19, et donc pour notre métier aussi. Nous devrons certainement repenser notre mode de fonctionnement avec humilité et concentrer notre énergie positive pour le redémarrage de nos activités. C'est plutôt réjouissant car je remarque aujourd'hui qu'il y a davantage de solidarité entre les annonceurs et les agences dans ce contexte de crise. "