Méconnue du grand public, la société Audiopresse a été fondée en 1985 pour donner des compensations financières aux éditeurs de la presse francophone belge lorsque la chaîne RTL-TVi fut lancée sur notre territoire. Dans ses statuts, cette structure déclare une activité de "régie publicitaire de médias", mais elle n'est en réalité qu'un holding tampon. Elle n'a en effet créé aucun emploi depuis son existence et son chiffre d'affaires n'est qu'un forfait pour couvrir les frais de fonctionnement.
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Méconnue du grand public, la société Audiopresse a été fondée en 1985 pour donner des compensations financières aux éditeurs de la presse francophone belge lorsque la chaîne RTL-TVi fut lancée sur notre territoire. Dans ses statuts, cette structure déclare une activité de "régie publicitaire de médias", mais elle n'est en réalité qu'un holding tampon. Elle n'a en effet créé aucun emploi depuis son existence et son chiffre d'affaires n'est qu'un forfait pour couvrir les frais de fonctionnement. Sous ses airs de coquille vide, Audiopresse est cependant un précieux jackpot qui permet à ses actionnaires de récolter chaque année les dividendes de sa participation dans RTL Belgique à hauteur de 34%, à savoir les éditeurs belges Rossel (Le Soir, Sudpresse, etc.), IPM (La Libre, La DH, etc.), Mediahuis ( e Standard, Het Nieuwsblad, etc.) et Holding Echos (détenue par Mediafin qui possède L'Echo et De Tijd). Durant cette dernière décennie, Audiopresse a ainsi rapporté en moyenne 6 millions d'euros par an à ces quatre actionnaires, soit un peu plus de 2 millions annuels à Rossel et environ 1,7 million à IPM. Toutefois, depuis 2017 et le plan de transformation de RTL Belgium, le bénéfice à affecter a considérablement chuté (surtout en 2019), ce qui explique sans doute la nature du dernier accord signé. Dans un communiqué envoyé la semaine dernière, RTL Group a en effet annoncé qu'il avait convenu d'acquérir les parts de ses coactionnaires belges pour ses activités de radio et de télévision en Fédération Wallonie-Bruxelles "contre un paiement en numéraire et en actions propres de RTL Group". Cet accord concerne donc les éditeurs belges d'Audiopresse pour la télévision, mais aussi un autre acteur en radio. La société RTL Belgium comprend en effet trois chaînes de télévision (RTL-TVi, Club RTL et Plug RTL), mais aussi les stations de radio Bel RTL et Radio Contact dont les actionnaires, outre le groupe RTL, sont Rossel et Lemaire Electronics, du nom du cofondateur de Radio Contact, Francis Lemaire. On l'aura deviné: en devenant l'actionnaire à 100% de RTL Belgium et des structures qui chapeautent toutes ses activités audiovisuelles sur notre territoire, RTL Group simplifie l'organigramme et, surtout, reprend la main. Sans les petits actionnaires belges dans les pieds, RTL Group - qui est le premier groupe audiovisuel européen, lui-même détenu majoritairement par le conglomérat allemand Bertelsmann - peut désormais mener la politique qu'il entend, en jouant la carte des synergies industrielles et peut-être même celle des rapprochements. Depuis quelques années déjà, le scénario d'un "M6 à la belge" circule en Fédération Wallonie-Bruxelles et pourrait dès lors se concrétiser. Le groupe français M6 est en effet détenu à 48% par RTL Group et ce dernier pourrait très bien décider de diffuser la chaîne française sur notre territoire avec toutefois quelques garanties de productions belges (JT, magazines, etc.) pour maintenir un certain pluralisme. Pour autant qu'une logique d'économies d'échelle s'impose, cela va de soi.