L'Inflation Reduction Act (IRA), le paquet de subsides (369 milliards de dollars! ) à l'industrie américaine mis en place par l'administration Biden en août dernier continue de faire des vagues et de susciter un mécontentement grandissant en Europe.
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L'Inflation Reduction Act (IRA), le paquet de subsides (369 milliards de dollars! ) à l'industrie américaine mis en place par l'administration Biden en août dernier continue de faire des vagues et de susciter un mécontentement grandissant en Europe. Voici quelques jours, lors d'une réunion du groupe Renew au Parlement européen, le Premier ministre Alexander De Croo a fustigé le fait que les Etats-Unis cherchaient à saper l'industrie européenne avec l'IRA puisque celui-ci incite les entreprises continentales à se localiser aux Etats-Unis plutôt qu'en Europe afin de bénéficier de ces importants subsides. Selon le Financial Times, Alexander De Croo aurait affirmé: "Les Etats-Unis, notre partenaire, appellent nos industries. Et ils leur disent: pourquoi investissez-vous en Europe? vous devriez venir aux Etats-Unis. Ils appellent les entreprises allemandes et belges (du secteur sidérurgique et chimique en particulier, Ndlr) de manière très agressive: 'n'investissez pas en Europe, nous avons quelque chose de mieux'". Et le Premier ministre d'ajouter: "Je pense que les Américains sont très conscients de l'impact que cela peut avoir sur l'industrie européenne". Alexander De Croo n'est pas le seul à se poser des questions. "Attirer les investisseurs étrangers, c'est de bonne guerre, réagit Olivier Joris, qui dirige le centre de compétence Europe-International de la Fédération des entreprises de Belgique (FEB). Nous le faisons aussi, et d'ailleurs les Etats-Unis sont le premier investisseur étranger chez nous". Mais la manière dont Washington démarche désormais des entreprises européennes pose problème. "Nous sommes inquiets car à ce programme américain de subsides qui pèse des centaines de milliards s'ajoutent d'autres éléments entamant aussi la compétitivité de notre industrie, poursuit Olivier Joris: le coût de l'énergie, le cadre réglementaire européen plus contraignant... Cela commence à faire beaucoup. Nous avons le sentiment d'avoir reçu un coup de poignard dans le dos car un dialogue s'était instauré avec l'administration Biden, plus spécialement au sein du TTC, le forum transatlantique sur les technologies." Certes, il semble qu'il y ait eu, face à la réaction européenne, quelques petites ouvertures américaines, mais cela semble encore très modeste.La réponse à cette stratégie américaine doit venir du niveau européen, estime Olivier Joris, car si elle était laissée aux Etats membres, une concurrence entre pays européens encore plus dommageable risquerait d'émerger. Frédéric Druck, le directeur d'Essenscia Wallonie, la fédération de la chimie et des sciences de la vie, estime toutefois qu'un des points positifs de ce débat est de souligner l'importance de la stratégie industrielle dont l'Europe devrait disposer. Certes, dit-il, l'IRA va créer un effet d'aubaine pour certaines entreprises, mais "c'est le climat d'investissement qui, finalement, fait la différence", résume-t-il. Et parmi les ingrédients qui créent un bon climat, il y a le développement d'un écosystème, le maintien de certains incitants spécifiques (par exemple les réductions de charges pour les chercheurs ou les aides à la propriété intellectuelle), la mise en place d'aides d'Etat bien pensées et d'une régulation qui n'handicape pas la compétitivité (attention, par exemple, aux effets indésirables de la taxe carbone aux frontières). Important aussi: l'implication des autorités dans le financement des entreprises. Un bon exemple de climat porteur? Celui qui aide juste au développement de l'industrie pharmaceutique en Région wallonne...