"Vous voulez mon C.V.? Je vous préviens, il est court." Frédéric van Gansberghe, le CEO de Galactic nominé pour le Manager de l'Année 2021, est un ingénieur agronomie sorti de l'UC Louvain qui a passé la plus grande partie de sa vie professionnelle à s'occuper de l'entreprise qu'il a fondée au début des années 1990. Une entreprise qui est aujourd'hui un des deux leaders mondiaux de l'acide lactique. "Nous n'aurions jamais imaginé, lorsque nous étions dans notre laboratoire face à un fermenteur de 12 litres il y a 30 ans, que nous allions construire en Chine la plus grande usine d'acide lactique au monde", dit-il.

Comment décide-t-on de devenir entrepreneur? Est-ce le désir d'entreprendre qui pousse à trouver une idée, ou l'idée qui pousse à créer l'entreprise? "Dans mon cas, c'est l'idée, répond-il. Ensuite, vous êtes pris dans le mouvement. Chaque jour apporte son lot de nouveautés." L'idée, donc... Elle germe dès l'université: "J'ai fait des études d'agronomie à une époque où la biotechnologie n'était pas encore à la mode. Il y avait plutôt des réminiscences de la crise pétrolière et j'ai donc travaillé sur le biogaz. Le processus de fermentation naturelle passe par une série de molécules, dont l'acide lactique, et cette dernière me paraissait digne d'intérêt."

L'ancien élève de l'école Decroly (avec laquelle il garde d'ailleurs des contacts puisque tous les premiers jeudis du mois, il participe à un dîner gastronomique avec une dizaine de ses anciens condisciples) se passionne pour cette molécule aux propriétés multiples. Car l'acide lactique, fabriqué à partir du sucre, est utilisé dans l'alimentation comme conservateur. Mais ce n'est pas son seul usage. "J'étais tombé sur des recherches effectuées dans les années 1920 par des chercheurs qui expliquaient que l'on pouvait polymériser cette molécule pour en faire un plastique biodégradable." C'est dit, Frédéric van Gansberghe veut créer une alternative au polyéthylène et au plastique d'origine fossile.

Grâce au covid, nous avons gagné en efficacité. Je peux, en un jour, avoir 15 réunions avec des gens aux quatre coins du monde." Frédéric van Gansberghe

Du Tournaisis à Bengbu

"Je n'avais pas le premier centime. J'ai donc monté avec un ami une société pour faire des caniveaux en béton polyester. Nous avons lancé une petite usine, je m'occupais de la partie commerciale et avec les fonds que j'ai gagnés là, j'ai lancé un laboratoire de recherche, qui a été installé au départ dans un ancien café à Boitsfort." Avec notamment une aide de la Région bruxelloise, Frédéric van Gansberghe et ses associés mettent au point la technologie de fabrication de l'acide lactique. "J'ai alors cherché des investisseurs." Ce seront Finasucre (le holding de la famille Lippens) et la Compagnie du Bois Sauvage. Avec ces fonds, une première usine est installée dans les murs d'une ancienne sucrerie que la famille Lippens avait fermée à Escanaffles dans le Tournaisis.

© FRÉDÉRIC SIERAKOWSKI (ISOPIX)

Tout en ayant toujours en tête le projet de fabriquer du plastique biodégradable, c'est la production d'acide lactique pour l'industrie alimentaire qui se développe d'abord, avec la construction d'une usine en Chine (2002), aux Etats-Unis (2005) et la création (en 2007) de Futerro, la filiale spécialisée dans les bioplastiques. En 2015, le groupe Galactic étend sa gamme de produits à base d'acide lactique: à côté des conservateurs alimentaires, il se lance dans la fabrication d'arômes, de solvants naturels pour les fabricants de peinture et de nouveaux produits cosmétiques comme des dissolvants pour vernis à ongles, des poudres de gommage, etc.

Profil

- Né le 24 décembre 1958, à Uccle

- 1985 à 1987: Chercheur à l'UCLouvain après avoir décroché deux masters, l'un en ingénierie électromécanique (ECAM), l'autre en biotechnologie (UCLouvain)

- 1987: Fonde avec deux associés la société ATC, spécialisée dans les caniveaux en béton polyester. L'entreprise sera revendue en 2003.

- 1989: Entame son programme de recherche sur l'acide lactique

- 1994: Fonde Galactic, dont il est l'administrateur délégué

- 2011: Devient président du holding Bois Sauvage.

- 2019: Création en Chine, avec un partenaire local, de la plus grande usine de production d'acide lactique au monde et de la seconde plus grande usine de production de PLA (plastique biodégradable)

Après avoir arrêté son usine chinoise en 2018, le groupe en a créé deux nouvelles avec son partenaire historique, le groupe chinois BBCA Biochemical. A savoir: une usine de production d'acide lactique (d'une capacité de 200.000 tonnes, c'est la plus grande au monde) et un premier site de production de bioplastique (PLA). Située dans la ville de Bengbu, cette unité peut produire 30.000 tonnes par an et est alimentée par une unité d'acide lactique d'une capacité de 80.000 tonnes, qui fournit également une société appartenant à Galactic produisant des ingrédients alimentaires.

Cette usine de bioplastique devrait faire des petits. Car le PLA est le produit rêvé d'une économie circulaire: "Il peut être recyclé quasiment à l'infini", explique Frédéric van Gansberghe. Il suffit de récupérer sacs, gobelets, bouteilles en PLA, et on peut en refaire de l'acide lactique qui, polymérisé, va donner de nouveaux sacs, bouteilles, gobelets, etc. "C'est une technologie que nous avons brevetée. Et la première unité de recyclage est en construction à Escanaffles".

Dans le petit monde de l'acide lactique, de grands changements sont dans l'air. "Notre matière première, c'est le sucre, rappelle Frédéric van Gansberghe. Sucre de betterave essentiellement en Europe, mais sucre à base de maïs aux Etats-Unis et en Chine. Des entreprises comme Cargill, ADM ou Roquette prennent du maïs ou du blé, en extraient l'amidon et les protéines. L'amidon est transformé en sucre et les protéines sont revendues dans l'alimentation."

Changement galactique Or, la demande pour ces protéines végétales augmente car elles ne sont plus seulement destinées à l'alimentation animale mais entrent aussi de plus en plus dans celle des humains. Du coup, face à cette demande en hausse, le prix des protéines végétales augmente. Mais que faire du sucre? Il est abondant, son prix descend, et c'est cette matière première bon marché qu'utilise Galactic.

Il s'agit maintenant de faire tourner toutes ces usines. "C'est bien parti", se réjouit le CEO. Galactic, qui emploie 400 personnes et continue de recruter, réalise une centaine de millions d'euros de chiffre d'affaires et affiche une croissance de 25% par rapport à 2019, qui était certes une période particulière encore marquée par l'arrêt de l'usine chinoise du groupe en 2018. "Si, comme nous le pensons, ce marché explose, nous devrions construire d'autres usines, probablement en Europe ou aux Etats-Unis." Mais ce sont des investissements importants. "De l'ordre de 300 millions, précise Frédéric van Gansberghe. Il est donc probable que nous fassions appel à davantage de capital". Via la Bourse? Le patron de Galactic ne s'avance pas. "On verra", répond-il.

Le management au 21e siècle selon frédéric van gansberghe

Le manager d'aujourd'hui doit accepter de déléguer davantage, observe Frédéric van Gansberghe. Nous nous orientons vers un management plus permissif. La jeune génération est très demandeuse de prendre davantage de responsabilités. Et grâce aux moyens digitaux dont nous disposons, nous pouvons réaliser facilement des "coups de sonde" et avoir une bonne vision d'ensemble, sans devoir être nécessairement partout. Vous avez un rôle de chef d'orchestre en remote, à distance.

Le manager du 21e siècle est aussi à l'écoute des valeurs - sociétale et environnementale - portées par la société. "Mais cela, c'était notre objectif de départ, rappelle le patron de Galactic. Nous y sommes plongés tous les jours et cela nous est naturel. Mais il est clair que chez les jeunes, Save the planet est l'injonction qui est en haut de la pile."

Et puis, le patron d'aujourd'hui est aussi davantage maître des horloges. "Grâce au covid, nous avons gagné en efficacité et en dynamisme en ne pratiquant plus le one day trip. Et comme cela s'est imposé dans le monde entier, votre interlocuteur à Dublin ou Milan n'est pas vexé que vous n'alliez pas le voir sur place. Je peux, en un jour, avoir 15 réunions avec des gens aux quatre coins du monde."

200.000 tonnes

La capacité de production d'acide lactique de l'usine créée par Galactic en Chine avec son partenaire local BBCA Biochemical.

"Vous voulez mon C.V.? Je vous préviens, il est court." Frédéric van Gansberghe, le CEO de Galactic nominé pour le Manager de l'Année 2021, est un ingénieur agronomie sorti de l'UC Louvain qui a passé la plus grande partie de sa vie professionnelle à s'occuper de l'entreprise qu'il a fondée au début des années 1990. Une entreprise qui est aujourd'hui un des deux leaders mondiaux de l'acide lactique. "Nous n'aurions jamais imaginé, lorsque nous étions dans notre laboratoire face à un fermenteur de 12 litres il y a 30 ans, que nous allions construire en Chine la plus grande usine d'acide lactique au monde", dit-il. Comment décide-t-on de devenir entrepreneur? Est-ce le désir d'entreprendre qui pousse à trouver une idée, ou l'idée qui pousse à créer l'entreprise? "Dans mon cas, c'est l'idée, répond-il. Ensuite, vous êtes pris dans le mouvement. Chaque jour apporte son lot de nouveautés." L'idée, donc... Elle germe dès l'université: "J'ai fait des études d'agronomie à une époque où la biotechnologie n'était pas encore à la mode. Il y avait plutôt des réminiscences de la crise pétrolière et j'ai donc travaillé sur le biogaz. Le processus de fermentation naturelle passe par une série de molécules, dont l'acide lactique, et cette dernière me paraissait digne d'intérêt." L'ancien élève de l'école Decroly (avec laquelle il garde d'ailleurs des contacts puisque tous les premiers jeudis du mois, il participe à un dîner gastronomique avec une dizaine de ses anciens condisciples) se passionne pour cette molécule aux propriétés multiples. Car l'acide lactique, fabriqué à partir du sucre, est utilisé dans l'alimentation comme conservateur. Mais ce n'est pas son seul usage. "J'étais tombé sur des recherches effectuées dans les années 1920 par des chercheurs qui expliquaient que l'on pouvait polymériser cette molécule pour en faire un plastique biodégradable." C'est dit, Frédéric van Gansberghe veut créer une alternative au polyéthylène et au plastique d'origine fossile. "Je n'avais pas le premier centime. J'ai donc monté avec un ami une société pour faire des caniveaux en béton polyester. Nous avons lancé une petite usine, je m'occupais de la partie commerciale et avec les fonds que j'ai gagnés là, j'ai lancé un laboratoire de recherche, qui a été installé au départ dans un ancien café à Boitsfort." Avec notamment une aide de la Région bruxelloise, Frédéric van Gansberghe et ses associés mettent au point la technologie de fabrication de l'acide lactique. "J'ai alors cherché des investisseurs." Ce seront Finasucre (le holding de la famille Lippens) et la Compagnie du Bois Sauvage. Avec ces fonds, une première usine est installée dans les murs d'une ancienne sucrerie que la famille Lippens avait fermée à Escanaffles dans le Tournaisis. Tout en ayant toujours en tête le projet de fabriquer du plastique biodégradable, c'est la production d'acide lactique pour l'industrie alimentaire qui se développe d'abord, avec la construction d'une usine en Chine (2002), aux Etats-Unis (2005) et la création (en 2007) de Futerro, la filiale spécialisée dans les bioplastiques. En 2015, le groupe Galactic étend sa gamme de produits à base d'acide lactique: à côté des conservateurs alimentaires, il se lance dans la fabrication d'arômes, de solvants naturels pour les fabricants de peinture et de nouveaux produits cosmétiques comme des dissolvants pour vernis à ongles, des poudres de gommage, etc.Après avoir arrêté son usine chinoise en 2018, le groupe en a créé deux nouvelles avec son partenaire historique, le groupe chinois BBCA Biochemical. A savoir: une usine de production d'acide lactique (d'une capacité de 200.000 tonnes, c'est la plus grande au monde) et un premier site de production de bioplastique (PLA). Située dans la ville de Bengbu, cette unité peut produire 30.000 tonnes par an et est alimentée par une unité d'acide lactique d'une capacité de 80.000 tonnes, qui fournit également une société appartenant à Galactic produisant des ingrédients alimentaires. Cette usine de bioplastique devrait faire des petits. Car le PLA est le produit rêvé d'une économie circulaire: "Il peut être recyclé quasiment à l'infini", explique Frédéric van Gansberghe. Il suffit de récupérer sacs, gobelets, bouteilles en PLA, et on peut en refaire de l'acide lactique qui, polymérisé, va donner de nouveaux sacs, bouteilles, gobelets, etc. "C'est une technologie que nous avons brevetée. Et la première unité de recyclage est en construction à Escanaffles". Dans le petit monde de l'acide lactique, de grands changements sont dans l'air. "Notre matière première, c'est le sucre, rappelle Frédéric van Gansberghe. Sucre de betterave essentiellement en Europe, mais sucre à base de maïs aux Etats-Unis et en Chine. Des entreprises comme Cargill, ADM ou Roquette prennent du maïs ou du blé, en extraient l'amidon et les protéines. L'amidon est transformé en sucre et les protéines sont revendues dans l'alimentation."Changement galactique Or, la demande pour ces protéines végétales augmente car elles ne sont plus seulement destinées à l'alimentation animale mais entrent aussi de plus en plus dans celle des humains. Du coup, face à cette demande en hausse, le prix des protéines végétales augmente. Mais que faire du sucre? Il est abondant, son prix descend, et c'est cette matière première bon marché qu'utilise Galactic. Il s'agit maintenant de faire tourner toutes ces usines. "C'est bien parti", se réjouit le CEO. Galactic, qui emploie 400 personnes et continue de recruter, réalise une centaine de millions d'euros de chiffre d'affaires et affiche une croissance de 25% par rapport à 2019, qui était certes une période particulière encore marquée par l'arrêt de l'usine chinoise du groupe en 2018. "Si, comme nous le pensons, ce marché explose, nous devrions construire d'autres usines, probablement en Europe ou aux Etats-Unis." Mais ce sont des investissements importants. "De l'ordre de 300 millions, précise Frédéric van Gansberghe. Il est donc probable que nous fassions appel à davantage de capital". Via la Bourse? Le patron de Galactic ne s'avance pas. "On verra", répond-il.