La bière, le pain, la peinture, le diesel, ... les prix de ces denrées et d'autres matériaux connaissent une forte hausse ces derniers temps. En cause : la relance rapide de l'économie post-Covid et l'approvisionnement perturbé en matières premières.
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La bière, le pain, la peinture, le diesel, ... les prix de ces denrées et d'autres matériaux connaissent une forte hausse ces derniers temps. En cause : la relance rapide de l'économie post-Covid et l'approvisionnement perturbé en matières premières. Les prix des denrées alimentaires ont explosé en l'espace d'un an. Au mois de septembre, ils ont atteint leur plus haut niveau depuis dix ans, rapporte l'organisation alimentaire des Nations unies. Aujourd'hui, le prix du sucre est 53,5 % plus élevé que l'année dernière, et les céréales sont devenues 41 % plus chères, détaille De Morgen. Le week-end dernier, Het Laatste Nieuws informait que le pain était devenu 10 à 20 cents plus chers en l'espace d'un mois. En cause : la répercussion des prix des matières premières. "Les producteurs proposent des hausses de prix inouïes", confie une source d'un groupe de distribution au journal L'Echo. "De nombreuses entreprises avancent une hausse de 5 à 10%, mais certaines veulent nous facturer 25% en plus."Des entreprises comme PepsiCo (Lay's et Pepsi) et Lotus Bakeries ont déjà annoncé, ces dernières semaines, leur intention d'augmenter leurs prix, rapporte le quotidien économique belge. L'entreprise de légumes surgelés Ardo, le producteur de frites surgelées Agristo et le groupe alimentaire GBFoods (Devos & Lemmens, Royco, Liebig) déclarent qu'ils vont imposer une hausse d'au moins 5%. "Cela varie selon les produits, mais le minimum est de 5% et cela ira plutôt jusqu'à 10%", précise la CEO d'Ardo, Gabrielle Kalkwijk à L'Echo. De son côté, AB InBev a déjà dégainé la grosse artillerie: le prix de gros d'un bac de bouteilles de bière de 25 cl bondit de 48%. L'ampleur de la répercussion sur les prix de détail reste incertaine dans la mesure où le groupe brassicole refuse de dévoiler le prix de gros d'un bac. Les supermarchés le vendent - en y intégrant leur marge bénéficiaire - quelque 12,50 euros. D'autres entreprises de boissons, comme Alken-Maes et Spadel (Spa et Bru), n'excluent pas de remonter leurs prix à court terme, poursuit le journal.Pour la plupart des économistes, l'inflation que l'on vit cet automne n'est pas une surprise. Koen De Leus, économiste chez BNP Paribas Fortis explique au Morgen : "Au second semestre de l'année dernière, nous étions dans une phase déflationniste : l'indice d'inflation a baissé en raison de la forte baisse des prix de l'énergie. Il fallait s'attendre à ce qu'ils augmentent à nouveau, de sorte que vous avez de toute façon une inflation par rapport à la même période de l'année dernière."Cependant, les augmentations de prix actuelles sont beaucoup plus rapides et plus importantes que prévu. Cela est dû en grande partie à la crise sanitaire. Le virus a rapidement entraîné la fermeture de nombreuses usines, d'abord en Asie, puis dans d'autres régions du monde. Les porte-conteneurs sont restés bloqués dans les ports. En raison de la baisse de la demande de matériaux, de nombreuses entreprises ont réduit leurs stocks. Dans le secteur agricole, les mauvaises récoltes et le fait que certaines superpuissances gardent les matières premières pour elles-mêmes ont aggravé les pénuries, commente le journal flamand De Morgen. Maintenant que la reprise s'est installée, la production mondiale n'arrive pas à suivre l'augmentation rapide de la demande. "Quand toute la chaîne mouline dans la soupe, on ne peut pas la remettre tout de suite en vitesse de croisière", explique Véronique Goossens, économiste en chef chez Belfius. "En plus de cela, le Brexit et le blocage du canal de Suez ont ralenti les choses. Ce sont tous des petits éléments qui font que tout ne fonctionne pas encore normalement."Les coûts de transport ont aussi fortement augmenté. Le prix du transport d'un conteneur outre-mer a ainsi grimpé de 2 000 à plus de 10 000 euros. "Quand vous savez que 10 à 20 % du prix d'un produit sont consacrés aux coûts de transport, il est évident que les consommateurs vont également ressentir ces coûts de transport plus élevés", déclare l'économiste des transports Roel Gevaers (UAntwerpen) au Morgen. La hausse des coûts des matières premières et du transport se fera sentir davantage dans certains secteurs que dans d'autres. "Ce sont surtout les chaînes qui proposaient des produits étrangers super bon marché, comme Action, qui verront leurs prix augmenter", explique Gevaers. Les chaînes de magasins de jouets qui doivent importer des jouets en plastique verront également une forte hausse des prix.En Belgique et au Luxembourg, l'indexation des salaires sur les prix des produits ménagers permet dans une certaine mesure de ressentir moins fort cette augmentation tarifaire. Toutefois, elle ne s'applique qu'aux employés avec un contrat fixe, et non aux indépendants ou aux freelances. Et certains produits ne font pas partie de l'indice. Combien de temps les prix vont-ils continuer leur envolée ? Certains économistes estiment que les hausses de prix pourraient se poursuivre jusqu'à la fin de 2022. D'autres se montrent légèrement plus optimistes, avec une stabilisation dès le début de 2022. "Nous savons qu'une rupture de stock due à une augmentation soudaine de la demande peut normalement être comblée en six mois à six mois", explique Koen De Leus de BNP Paribas. "Nous sommes dans cette situation depuis six mois maintenant, donc d'ici la fin de l'année, j'espère voir une amélioration. Il est même possible qu'il y ait un surplus de stock d'ici là, ce qui permettra aux prix de baisser à nouveau." Néanmoins, certains facteurs externes, tels que de nouvelles épidémies de coronavirus ou un hiver rigoureux, pourraient encore faire grimper encore les prix.Bonne nouvelle toutefois dans ce tableau pessimiste pour nos finances : certains produits n'ont pas connu d'augmentation. C'est le cas des hôtels, des logiciels, des téléviseurs, des fruits frais et des appareils de traitement des données, comme les smartwatches, qui ont baissé 8 à 10 % en une année.