Au-delà de ses multiples frasques qui ont suivi le rachat de l'entreprise, comme par exemple une vague de licenciement de la moitié des employés ou encore la monétisation du célèbre "badge bleu" (qui signifie qu'un compte est une référence notable dans son domaine de prédilection), on peut se poser beaucoup de questions sur les intentions d'Elon Musk envers ce réseau.

Ce rachat, c'est avant tout l'acquisition du plus grand parlophone du monde. Une communauté titanesque qui partage ses opinions au travers de messages de 240 caractères maximum. Une espace d'échanges et de débats parfois chaotique ou le niveau de lecture peut s'avérer difficile. Sur Twitter, médias mainstream et militants complotistes et conspirationnistes se côtoient et opposent leur point de vue, mais sans avoir la même résonnance.

Un phénomène que l'ont a pu observer lorsque Donald Trump était encore le bienvenu sur le réseau social : l'ancien Président des Etats-Unis n'hésitait jamais à proposer une vérité alternative à certains faits d'actualité, avec comme dernier exemple en date sa défaite à l'élection présidentielle qui a conduit, suite à plusieurs tweets de sa part, aux tristes évènements du Capitol.

Vous l'aurez compris, sur Twitter, la résonnance est surtout à ceux qui ont la communauté la plus active. C'est également pour cela que des règles ont été mises en place sur la plateforme. La divergence des points de vue est une chose intéressante, mais la propagande complotiste massive n'a pas sa place sur le réseau. Ces règles ont couté à Donald Trump un bannissement définitif et un message clair : on ne peut pas dire n'importe quoi sans qu'il y ait de conséquences sur l'oiseau bleu.

Cette vision n'est pas partagée par le nouveau propriétaire de l'entreprise. Le patron de Tesla et SpaceX aime se définir comme un absolutiste de la liberté d'expression et n'a pas hésité à promettre que sa nouvelle acquisition serait un espace ou chacun pourrait exprimer son point de vue sans être censuré. En résumé, Musk considère que l'on peut dire n'importe quoi, que les journalistes (très présents sur la plateforme) ne détiennent pas la vérité absolue et que la liberté d'expression est le fondement de toute démocratie en bonne santé.

Bonne nouvelle donc pour la minorité bruyante qui va pouvoir faire son grand retour sur Twitter. Cette dernière voit ce rachat du bon oeil et n'hésite d'ailleurs pas à élever Elon Musk au rang de demi-dieu. Les utilisateurs les plus clivants vont pouvoir recommencer à inonder le fil d'actualité de théories complotistes et d'informations "alternatives" qui sont bien évidemment pour la plupart des fake news sans réel fondement.

Par ailleurs, on peut identifier comme premier signal d'alarme le retour massif de comptes djihadistes, propagandistes russes et chinois(1) voir même encore la communauté antivaccin, qui s'était réfugiée sur des plateformes comme VK (le Facebook russe) ou encore TruthSocial (le "Twitter" de Donald Trump). Deux plateformes qui ne censuraient pas leurs propos.

Un autre signal d'alarme important se trouve dans les tests que le milliardaire effectue en temps réel depuis plusieurs jours. L'obtention du badge bleu étant possible via l'abonnement à Twitter, certains trolls ne se sont pas fait prier pour usurper l'identité d'entreprises ou de personnalités. Le groupe pharmaceutique Eli, Lilly and Company, un des leaders mondiaux sur le marché de l'insuline en a fait les frais après qu'un faux compte muni d'un badge "vérifié" ait annoncé rendre cette dernière gratuite. Un tweet resté quelques heures en ligne qui coute cher à l'entreprise qui a vu son action baisser de 6%, malgré un communiqué officiel pour sauver les meubles.(2)

En conclusion, Twitter est devenu un lieu d'expression bien singulier et son nouveau propriétaire, derrière ses nobles intentions de créer un espace de libre échange sans aucune censure ne semble pas avoir de stratégie nette et précise pour faire prospérer sa vision. Sans oublier que Musk est plutôt dans une optique du "faites ce que je dis, mais pas ce que je fais" puisse qu'il censure lui-même des comptes se moquant de lui. Défenseur de la liberté d'expression vous dites ? Non. Milliardaire s'amusant avec sa nouvelle acquisition et cherchant à faire prospérer son business à coup de frasques multiples est plus approprié.

Nicolas Dieudonné, Expert en nouveaux médias - Consultantet Professeur en Communication digitale - Haute-école Condorcet

Au-delà de ses multiples frasques qui ont suivi le rachat de l'entreprise, comme par exemple une vague de licenciement de la moitié des employés ou encore la monétisation du célèbre "badge bleu" (qui signifie qu'un compte est une référence notable dans son domaine de prédilection), on peut se poser beaucoup de questions sur les intentions d'Elon Musk envers ce réseau. Ce rachat, c'est avant tout l'acquisition du plus grand parlophone du monde. Une communauté titanesque qui partage ses opinions au travers de messages de 240 caractères maximum. Une espace d'échanges et de débats parfois chaotique ou le niveau de lecture peut s'avérer difficile. Sur Twitter, médias mainstream et militants complotistes et conspirationnistes se côtoient et opposent leur point de vue, mais sans avoir la même résonnance. Un phénomène que l'ont a pu observer lorsque Donald Trump était encore le bienvenu sur le réseau social : l'ancien Président des Etats-Unis n'hésitait jamais à proposer une vérité alternative à certains faits d'actualité, avec comme dernier exemple en date sa défaite à l'élection présidentielle qui a conduit, suite à plusieurs tweets de sa part, aux tristes évènements du Capitol. Vous l'aurez compris, sur Twitter, la résonnance est surtout à ceux qui ont la communauté la plus active. C'est également pour cela que des règles ont été mises en place sur la plateforme. La divergence des points de vue est une chose intéressante, mais la propagande complotiste massive n'a pas sa place sur le réseau. Ces règles ont couté à Donald Trump un bannissement définitif et un message clair : on ne peut pas dire n'importe quoi sans qu'il y ait de conséquences sur l'oiseau bleu.Cette vision n'est pas partagée par le nouveau propriétaire de l'entreprise. Le patron de Tesla et SpaceX aime se définir comme un absolutiste de la liberté d'expression et n'a pas hésité à promettre que sa nouvelle acquisition serait un espace ou chacun pourrait exprimer son point de vue sans être censuré. En résumé, Musk considère que l'on peut dire n'importe quoi, que les journalistes (très présents sur la plateforme) ne détiennent pas la vérité absolue et que la liberté d'expression est le fondement de toute démocratie en bonne santé. Bonne nouvelle donc pour la minorité bruyante qui va pouvoir faire son grand retour sur Twitter. Cette dernière voit ce rachat du bon oeil et n'hésite d'ailleurs pas à élever Elon Musk au rang de demi-dieu. Les utilisateurs les plus clivants vont pouvoir recommencer à inonder le fil d'actualité de théories complotistes et d'informations "alternatives" qui sont bien évidemment pour la plupart des fake news sans réel fondement.Par ailleurs, on peut identifier comme premier signal d'alarme le retour massif de comptes djihadistes, propagandistes russes et chinois(1) voir même encore la communauté antivaccin, qui s'était réfugiée sur des plateformes comme VK (le Facebook russe) ou encore TruthSocial (le "Twitter" de Donald Trump). Deux plateformes qui ne censuraient pas leurs propos.Un autre signal d'alarme important se trouve dans les tests que le milliardaire effectue en temps réel depuis plusieurs jours. L'obtention du badge bleu étant possible via l'abonnement à Twitter, certains trolls ne se sont pas fait prier pour usurper l'identité d'entreprises ou de personnalités. Le groupe pharmaceutique Eli, Lilly and Company, un des leaders mondiaux sur le marché de l'insuline en a fait les frais après qu'un faux compte muni d'un badge "vérifié" ait annoncé rendre cette dernière gratuite. Un tweet resté quelques heures en ligne qui coute cher à l'entreprise qui a vu son action baisser de 6%, malgré un communiqué officiel pour sauver les meubles.(2)En conclusion, Twitter est devenu un lieu d'expression bien singulier et son nouveau propriétaire, derrière ses nobles intentions de créer un espace de libre échange sans aucune censure ne semble pas avoir de stratégie nette et précise pour faire prospérer sa vision. Sans oublier que Musk est plutôt dans une optique du "faites ce que je dis, mais pas ce que je fais" puisse qu'il censure lui-même des comptes se moquant de lui. Défenseur de la liberté d'expression vous dites ? Non. Milliardaire s'amusant avec sa nouvelle acquisition et cherchant à faire prospérer son business à coup de frasques multiples est plus approprié. Nicolas Dieudonné, Expert en nouveaux médias - Consultantet Professeur en Communication digitale - Haute-école Condorcet