Tout au long de cette crise sanitaire, les hôpitaux ont joué leur rôle. Plus précisément leur personnel qui, à tous les niveaux, s'est mobilisé sans faillir. Dès le 13 mars, les institutions hospitalières ont dû rapidement s'adapter et se réorganiser en mettant notamment leurs activités non urgentes en sommeil afin de consacrer l'essentiel de leurs moyens humains et matériels à la lutte contre l'épidémie. " En situation normale, nous menons quotidienne- ment une centaine d'opérations, confie Sylvianne Portugaels, directrice générale du CHR de la Citadelle à Liège. Après le début du confinement, on en recensait une quinzaine. Même constat en ce qui concerne les consultations dont le nombre a également chuté dans la même proportion. Au total, la perte de recettes estimée pour la fin de l'année devrait tourner autour de 50 millions d'euros. Une perte qu'il convient de mettre en perspective avec notre chiffre d'affaires de 390 millions d'euros... "
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Tout au long de cette crise sanitaire, les hôpitaux ont joué leur rôle. Plus précisément leur personnel qui, à tous les niveaux, s'est mobilisé sans faillir. Dès le 13 mars, les institutions hospitalières ont dû rapidement s'adapter et se réorganiser en mettant notamment leurs activités non urgentes en sommeil afin de consacrer l'essentiel de leurs moyens humains et matériels à la lutte contre l'épidémie. " En situation normale, nous menons quotidienne- ment une centaine d'opérations, confie Sylvianne Portugaels, directrice générale du CHR de la Citadelle à Liège. Après le début du confinement, on en recensait une quinzaine. Même constat en ce qui concerne les consultations dont le nombre a également chuté dans la même proportion. Au total, la perte de recettes estimée pour la fin de l'année devrait tourner autour de 50 millions d'euros. Une perte qu'il convient de mettre en perspective avec notre chiffre d'affaires de 390 millions d'euros... " Même son de cloche chez son homologue, Philippe Leroy, directeur général du CHU Saint-Pierre à Bruxelles : " Nous enregistrons actuellement une perte similaire. Et la situation risque d'être terrible pour de nombreux hôpitaux. Il suffit de se référer à l'étude Maha ( Model for Automatic Hospital Analyses) que réalise chaque année la banque Belfius pour en être convaincu. Selon la dernière étude rendue publique en octobre dernier et qui concernait l'exercice 2018, pas moins de 32% des hôpitaux étaient déficitaires (en 2017, ils étaient 44%). Le risque est donc grand que la centaine d'hôpitaux que compte notre pays se retrouvent en négatif en 2020. " D'autant qu'ils sont encore loin de retrouver leur rythme de croisière, notamment parce qu'ils restent sur le pont en cas de deuxième vague d'épidémie. " Il nous faudra encore de nombreux mois avant de revenir à la normale, confirme Sylvianne Portugaels. Actuellement, les activités de consultations au CHR tournent à 50%. Parce qu'il faut nettoyer, désinfecter, respecter les trajets, etc. Habituellement, une visite chez le dentiste dure en moyenne 30 minutes. Aujourd'hui, c'est 90 minutes car il faut tout désinfecter entre deux patients. Nous avons donc toujours un déficit en recettes avec des coûts supplémentaires. " Philippe Leroy souscrit totalement aux propos de sa consoeur, ajoutant que " le SPF Santé a imposé que 25% des lits de soins intensifs soient réservés au Covid-19. C'est une bonne chose mais cela impacte également les finances ". On l'a dit, il est probable que le déficit des institutions hospitalières s'accroisse dans les semaines et mois qui viennent. Le moment est donc plus qu'opportun de se pencher sur le financement de notre système hospitalier. Pour le comprendre, il faut parler de son fonctionnement, en se souvenant que l'hôpital est une institution qui repose en majorité sur l'humain. Les coûts se répartissent ainsi à 75% en frais de personnel et à 25% en machines et coûts fixes. Un personnel qui est composé des soignants, infirmières, médecins mais également de nombre d'autres métiers tels que techniciens, employés administratifs ou encore personnel d'entretien. Et comme aime à le rappeler la directrice générale du CHR de la Citadelle, " tous se sont surpassés durant cette crise ". La preuve avec un simple chiffre : 30.000. C'est le nombre d'heures supplémentaires prestées par le personnel du CHU Saint-Pierre entre le 13 mars et le 13 avril, soit autant que pour les trois années précédentes. Pour le CHU Saint-Pierre, les coûts supplémentaires liés à la crise sanitaire s'élèvent actuellement à quelque 6 millions d'euros. Un montant similaire pour l'hôpital liégeois. Et ce n'est pas terminé : Sylvianne Portugaels et Philippe Leroy estiment que les hôpitaux belges auront besoin de 5 à 7 milliards d'euros pour boucler cet exercice. Sinon la situation risque d'être catastrophique à court et à long terme. Un hôpital ne peut pas (et ne veut pas) licencier du personnel. Et donc, s'ils doivent s'endetter faute d'aides de l'Etat, ce sera pour payer des salaires et financer l'opérationnel, et non réaliser les indispensables investissements destinés à maintenir un système de santé de qualité... Il faut savoir que les principales rentrées des hôpitaux proviennent des honoraires, d'une allocation de l'Etat appelée budget des moyens financiers (BMF) qui concerne l'infrastructure et le matériel ainsi que les coûts de fonctionnement, et des produits pharmaceutiques et assimilés. D'autres sources sont minimes, comme les suppléments de chambre. Pour parer à cette crise, le gouvernement a déjà débloqué pour les 103 hôpitaux belges (79 hôpitaux généraux classiques, 7 universitaires et 17 à caractère universitaire) un milliard d'euros. " Ce n'est pas une subvention, précise Sylvianne Portugaels. En d'autres termes, ce milliard pourrait très bien devoir être remboursé par les hôpitaux. Car le mode de financement du système hospitalier est un mécanisme complexe. " Par ailleurs, ajoute Philippe Leroy, " il y a aussi de l'argent à l'Inami (Institut national d'assurance maladie-invalidité) qui peut être mobilisé. Il y a urgence à aider les hôpitaux afin de sauvegarder et garantir la qualité de notre système de santé. " Une qualité qui passe par le personnel soignant, qui doit être considéré à sa juste valeur. " Il est clair qu'il faut revaloriser le personnel et pas seulement soignant, soulignent de concert les directeurs. Les équipes ont reporté leurs congés et multiplié les heures supplémentaires, et ce à tous les échelons. Leurs efforts doivent être reconnus et récompensés. Mais plus largement, avant de songer à cette revalorisation nécessaire et légitime, il faut d'abord veiller à ce que notre système de santé ne se retrouve à terme dans de grandes difficultés. C'est pourquoi nous souhaitons adresser un appel à l'ensemble du monde politique afin que les hôpitaux obtiennent une garantie de l'Etat pour un financement 2020 similaire à celui que nous avions en 2019, et ce afin de compenser la perte de nos recettes. " " Notre démarche, insistent-ils, est motivée par notre souhait de toujours pouvoir assurer une médecine et des soins de qualité au profit des patients. " Avec cette crise sanitaire, nos hôpitaux ont en effet été confrontés à une situation exceptionnelle qui mérite des mesures exceptionnelles. Et il serait bon et juste que les politiques prennent conscience de l'ampleur de la crise financière qu'ils risquent de connaître si aucune garantie ne leur est apportée prochainement. Comme le souligne Philippe Leroy, l'argent investi dans le système de santé bénéficie au final au citoyen et ne sert pas à payer des dividendes. L'hôpital est au bord du précipice, évitons qu'il y tombe. Au détriment de toutes et tous.