"Un lapin pourchassé court plus vite." La réaction immédiate du business unit manager Jan Van Holsbeke laisse à penser qu'on lui a déjà souvent demandé si Bio-Planet ne se serait pas peu à peu rendu superflu. Quand l'enseigne de Colruyt Group est née il y a 20 ans, le bio était encore rare dans les rayons des grandes surfaces. Aujourd'hui, chaque supermarché classique ou presque propose un assortiment étendu de produits bios et durables, alors que la concurrence des petites boutiques en ligne et des producteurs qui vendent directement sur Internet ne cesse de s'intensifier.
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"Un lapin pourchassé court plus vite." La réaction immédiate du business unit manager Jan Van Holsbeke laisse à penser qu'on lui a déjà souvent demandé si Bio-Planet ne se serait pas peu à peu rendu superflu. Quand l'enseigne de Colruyt Group est née il y a 20 ans, le bio était encore rare dans les rayons des grandes surfaces. Aujourd'hui, chaque supermarché classique ou presque propose un assortiment étendu de produits bios et durables, alors que la concurrence des petites boutiques en ligne et des producteurs qui vendent directement sur Internet ne cesse de s'intensifier. "C'est un équilibre à trouver, poursuit Jan Van Holsbeke. Un supermarché est par définition un magasin accessible, mais Bio-Planet doit aussi rester un pionnier et continuer à surprendre avec de nouveaux produits, comme des variétés de fruits et légumes issus de cultures durables. Cette combinaison d'accessibilité et d'avant-garde est notre raison d'être. Je suis réaliste. Les gens vont toujours manger des pizzas ou des chips. Mais l'expansion des rayons bios dans les supermarchés classiques signifie que les consommateurs sont beaucoup plus nombreux à vouloir acheter responsable. Et Bio-Planet peut leur proposer 6.000 références." "Cette expansion de l'assortiment de produits bios dans les supermarchés classiques favorise l'accessibilité de cette filière, ajoute la responsable du marketing Ruth Evenepoel. Nous attirons beaucoup plus de ménages avec de jeunes enfants. Nous avons délibérément mis l'accent sur les courses de base. Flâner dans les rayons pour découvrir de nouveaux produits en fait partie. Nous voulons garder une longueur d'avance sur le reste de la meute." Bio-Planet n'a pas l'intention de négliger ce rôle de pionnier au cours des années à venir. Pour fêter ses 20 ans d'existence, la chaîne organisera en octobre prochain un événement consacré à l'avenir des produits bios et écologiques. Elle y lancera un appel aux start-up désireuses de proposer de nouveaux produits (lire l'encadré ci-dessous). "Nous avons toujours été les antennes du Colruyt Group. Chez nous, on peut expérimenter davantage, embraie Jan Van Holsbeke. Nous avons récemment lancé une filière belge de blé panifiable bio. C'est nouveau chez nous. Pour la mettre en place, nous avons collaboré étroitement avec plusieurs agriculteurs. Généralement, un nouveau fournisseur bio ne peut pas proposer les volumes importants ou la sécurité d'approvisionnement qu'exigent nos plus grandes chaînes soeurs. Nous aussi devons être rentables, mais nous n'allons pas éjecter de nouveaux produits des rayons après deux mois." Bio-Planet bénéficie d'un grand crédit au sein du groupe. Chez Colruyt Group, l'enseigne est logée dans la même division que la chaîne de supermarchés de proximité OKay. Fondée en 1998 - trois ans plus tôt que Bio-Planet -, celle-ci exploite 150 magasins. Et c'est OKay qui apporte le gros du 1,3 milliard de chiffres d'affaires de la division. Bio-Planet peut lui opposer 31 magasins et son propre webshop. En mars 2020, elle a clôturé l'exercice avec une perte de 5 millions d'euros pour un chiffre d'affaires de 156 millions. Ce montant est certes en nette hausse, mais on peut s'étonner que Bio-Planet soit toujours dans le rouge après 20 ans d'activités. "Bio-Planet enregistre un résultat opérationnel positif et les marges au niveau des magasins sont très saines, rétorque Jan Van Holsbeke. Nous gagnons notre croûte et nous sommes bien sortis de la crise sanitaire. Les consommateurs achètent de manière encore plus responsable depuis un an et demi et nous l'avons senti. Auparavant, nos clients achetaient pour 40 à 50 euros. Aujourd'hui, le ticket de caisse moyen atteint déjà 70 euros. Nos magasins proposent également un vaste assortiment de viandes et de produits laitiers vendus au comptoir. La part du frais a beaucoup augmenté. C'est une base saine pour une croissance durable et rentable." "Nous n'avons certainement pas l'ambition de devenir un réseau comparable à OKay, a fortiori Colruyt, sourit Jan Van Holsbeke. Avec une cinquantaine de magasins, Bio-Planet couvrirait largement le marché belge. En Flandre, la couverture est déjà suffisante. Nous allons également ouvrir des magasins au grand-duché de Luxembourg, mais nous nous concentrons surtout sur la Wallonie. Elle recèle encore beaucoup de potentiel, puisque nous n'y avons ouvert notre premier supermarché qu'en 2014. Et les produits bios ou locaux y suscitent un plus grand intérêt, sans doute en raison d'un lien plus fort avec l'agriculture. Les autorisations constituent souvent un obstacle, mais nous ne voulons pas aller trop vite en besogne. Nous voulons combiner croissance durable et sécurité d'emploi. Nous comptons déjà plus de 500 collaborateurs." La future croissance doit provenir de l'e-commerce. En 2017, la formule d'enlèvement Collect&Go a été étendue aux commandes chez Bio-Planet. Aujourd'hui, les clients de l'enseigne bio peuvent déjà se rendre à 140 points d'enlèvement, y compris chez OKay et Colruyt. "Nous considérons le webshop comme un de nos principaux magasins. Nous avons investi beaucoup de temps et de travail pour y fournir des informations détaillées sur nos produits. Nos clients y attachent énormément d'importance", explique Ruth Evenepoel. Mais jusqu'où Bio-Planet peut-il se développer sans se mettre en porte-à-faux avec son ADN durable? Il semble assez délicat de faire rimer production bio et écologique et chaîne de supermarchés. Sans compter que la hausse des coûts et des charges salariales oblige la plupart des enseignes de grande distribution à vendre de plus en plus. "Nous devons veiller à garder le bon équilibre en termes d'échelle, reconnaît Jan Van Holsbeke. Un scandale a récemment éclaté avec des fraises bios en Espagne. Il concernait les conditions de travail, mais ailleurs aussi, la tentation peut être grande de relâcher la bride. C'est pourquoi nous essayons généralement d'acheter aussi local que possible. C'est plus durable et cela permet des collaborations plus étroites. Mais il est difficile d'accroître ou même de maintenir les superficies cultivées consacrées au bio en Belgique, parce qu'il y a de moins en moins d'agriculteurs. Nous espérons convaincre de nombreux producteurs classiques au cours des années à venir."