AB InBev est connu pour mettre le paquet lors des acquisitions. Les actionnaires de la partie vendeuse peuvent se réjouir des millions de dollars qu'ils reçoivent pour leur participation dans la cible à acquérir... C'est à nouveau le cas avec l'acquisition de SABMiller, la plus grande acquisition dans le monde brassicole. Le n° 1 achète le n° 2. Heineken, le "nouveau n° 2", suit à longue distance. Les actionnaires de référence de SABMiller, Altria et la famille colombienne Santo Domingo, voient leurs comptes grossir considérablement
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AB InBev est connu pour mettre le paquet lors des acquisitions. Les actionnaires de la partie vendeuse peuvent se réjouir des millions de dollars qu'ils reçoivent pour leur participation dans la cible à acquérir... C'est à nouveau le cas avec l'acquisition de SABMiller, la plus grande acquisition dans le monde brassicole. Le n° 1 achète le n° 2. Heineken, le "nouveau n° 2", suit à longue distance. Les actionnaires de référence de SABMiller, Altria et la famille colombienne Santo Domingo, voient leurs comptes grossir considérablementAltria, groupe américain coté en Bourse, a acheté Miller en 1970. Il a payé 227 millions de dollars pour la brasserie américaine. Altria s'appelait encore Philip Morris. À cette période, on voyait encore une synergie entre cigarettes et bière... Philip Morris a surtout apporté son expertise en construction de marques et en marketing au monde de la bière.Dans ces premières années, le leader du marché, Anheuser-Busch, mettait relativement la pression. Miller, bien avant Anheuser-Busch, a lancé une bière light sur le marché. C'est toujours la catégorie de bière la plus vendue aux États-Unis. La Miller Lite a acquis une parfaite popularité en un clin d'oeil. La part de marché de Miller a grimpé de 4% en 1970 à 22% en 1981, et Miller est devenu n° 2 derrière Anheuser-Busch. On pensait alors que Miller allait rapidement devenir le n° 1.L'offensive se calma soudain, cependant. Miller perdit en force d'attaque et resta n° 2 aux États-Unis. Anheuser-Busch s'était enfin réveillé. Lorsque South African Breweries (SAB) acheta Miller en 2002, l'entreprise était fragile. Philip Morris obtint alors 430 millions de nouvelles actions SAB en échange de l'apport de Miller. Ces actions avaient une valeur de quelque 3 milliards de dollars. Le brasseur sud-africain a payé au total presque 5 milliards de dollars pour Miller, y inclus une dette financière nette de presque 2 milliards de dollars. Le 9 juillet 2002, le nom de South African Breweries devint SABMiller. Pour le brasseur sud-africain, il s'agissait de la transaction la plus importante de son histoire. Altria est toujours le plus grand actionnaire individuel, avec une participation de 27%.Altria peut se réjouir d'une issue particulièrement heureuse. Pour ses 430 millions d'actions SABMiller, il reçoit environ 18 milliards de livres sterling, soit plus de 27 milliards de dollars. Altria reçoit 1,6 milliards de livres sterling en cash et 215 millions de nouvelles actions AB InBev. Ce qui lui octroie une participation de quelque 11% dans le nouveau brasseur mondial.Le deuxième actionnaire de référence de SABMiller, la famille Santo Domingo de Colombie, fait lui aussi une bonne affaire avec cette reprise. En octobre 2005, les Sud-Américains prenaient une participation de 14% dans SABMiller. Ils ont obtenu 225 millions de nouvelles actions, contre une valorisation de 10,35 livres sterling par action. Par le biais de la reprise, ils reçoivent maintenant 41,85 livres sterling par action. La famille Santo Domingo reçoit elle aussi la majeure partie en nouvelles actions AB InBev, environ 107 millions.Altria fait toutefois maintenant ses adieux à son investissement initial, Miller. AB InBev vend en effet la brasserie américaine au nord-américain MolsonCoors pour 12 milliards de dollars. Cette vente est une étape logique. MolsonCoors a, depuis 2008, une joint-venture avec SABMiller pour les activités aux États-Unis. Cette joint-venture porte le nom de MillerCoors et a une part de marché de 27%. SABMiller avait une participation économique de 58% dans MillerCoors.La joint-venture a fait augmenter la rentabilité de Miller au cours des dernières années. Pendant les années antérieures, SABMiller avait déjà démontré sa capacité à rendre Miller a nouveau plus rentable. MolsonCoors paie douze fois le résultat de l'entreprise (ebitda) pour l'acquisition. Cela paraît raisonnable, car les autorités antitrust auraient probablement contraint AB InBev à vendre la division américaine (AB InBev est déjà leader du marché avec 46%). En 2013, le brasseur mondial a déjà dû vendre les activités d'importation américaines du leader de marché mexicain Grupo Modelo. Cette vente forcée s'était faite pour neuf fois l'ebitda.Dans le prix d'acquisition de MolsonCoors, on trouve aussi les activités internationales de Miller, représentant un volume de plus de 3 millions d'hectolitres. MolsonCoors reçoit également les droits de distribution des marques de SABMiller aux États-Unis (entre autres Grolsch, la tchèque Pilsner Urquell et l'italienne Peroni).