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Il y aura beaucoup d'émotion à l'aéroport de Zaventem, le lundi 15 juin, lorsque le vol de Brussels Airlines décollera vers Rome à 7h30. Suivi, à 8h35, par celui vers Madrid. Ces deux villes sont les premières destinations planifiées par la compagnie après 10 longues semaines sans vols réguliers, les premières d'un programme européen qui ne représentera que 30% de celui d'avant la crise. Brussels Airlines estime que ces départs ne sont pas remis en cause par la faillite de son fournisseur d'assistance au sol, à Zaventem, Swissport, il va mettre en oeuvre un plan alternatif.A Bruxelles, d'autres compagnies reprendront des vols, comme TUI Fly, avec un avion pour Dubrovnik (Croatie) le 20 juin. Ryanair rouvrira également quelques lignes fin du mois, pour redémarrer plus fort en juillet.Le 15 juin est le premier jour où les habitants du pays seront autorisés à voyager vers les autres pays de l'Union européenne, mais aussi vers le Royaume-Uni, la Suisse, la Norvège, l'Islande et le Liechtenstein. Raison pour laquelle les compagnies sortent leurs appareils, souvent immobilisés depuis mars. Et les réservations repartent. Le premier voyagiste du pays a rouvert 18 agences TUI Shops depuis le 8 juin, et fera de même la semaine prochaine avec les 87 agences restantes. "Des clients qui ont reçu des vouchers en raison d'un vol ou d'un séjour annulé veulent savoir ce qu'ils pourraient réserver cet été ou plus tard", assure Piet Demeyere, responsable de la communication de TUI.L'Italie, l'Espagne et la Grèce très demandésLes compagnies aériennes démarrent en douceur et écoutent la demande. Il y a des signes encourageants. Le vol vers Rome assuré par Brussels Airlines est rempli. Si bien que la compagnie pourrait ajouter une fréquence. Elle a sondé ses passagers. "Nous recevons des signaux positifs. Pour le loisir, l'Italie, l'Espagne et la Grèce sont les destinations les plus demandées. Nous allons réactiver 24 avions", explique Dieter Vranckx, CEO de Brussels Airlines. La compagnie passera à 27 avions en septembre et octobre, sur un total de 48 avions avant la crise. En juin, à peine 10% du programme de vols sera proposé. "Nous espérons arriver à 50% d'ici la fin de l'année, en restant prudents, car tout dépend de la demande et des restrictions de voyage, en particulier pour l'Afrique", continue Dieter Vranckx.Une série de destinations business seront aussi ouvertes, comme Lyon, Genève, Toulouse, Prague, Manchester, Hambourg, Vienne et Oslo, permettant un aller-retour sur la journée. Les vols vers l'Afrique reprendront normalement en juillet, de même que la ligne vers New York.Pour les compagnies, calculer la taille de la future demande est un exercice complexe. D'abord, les voyageurs doivent avoir envie de voler. Certains pourraient préférer l'automobile et des pays proches. Mais le recul de la pandémie peut aussi aiguiser les appétits. Les compagnies et les aéroports multiplient les mesures rassurantes, qui vont du port du masque obligatoire à la désinfection fréquente. Le voyageur doit aussi avoir les moyens de partir. Or, le chômage temporaire important a réduit les budgets.Enfin les pays doivent aussi être ouverts aux touristes, sans quarantaine ni restriction, ce qui n'est pas encore totalement le cas. L'accès se confirme pour la plupart des pays de l'Union, en particulier ceux de la zone Schengen, en ordre dispersé ( lire l'encadré "Pays ouverts ou bientôt ouverts" ). Les principaux pays touristiques européens devraient en tous cas être accessibles aux résidents belges. Mais hors de l'Union, rien n'est encore fixé. Visiter les Etats-Unis cet été paraît très improbable. TUI a ainsi renoncé à ses vols estivaux vers Miami.La sécurité de l'agence de voyagePar ailleurs, les prestations hôtelières seront affectées par des mesures sanitaires. "Le mieux est de recourir à une agence de voyage, estime Lorenzo Stefani, porte-parole de Touring. Elle pourra mieux vous renseigner sur les hôtels, les services qui seront ouverts comme la piscine, cela peut éviter des déceptions." Si cette date pivot du 15 juin marque la réouverture de l'aéroport de Charleroi, qui va accueillir des vols Ryanair, Wizzair, Air Belgium, TUI Fly, il est à noter que celui de Zaventem, Brussels Airport, n'a jamais fermé. Mais il était quasi désert. Hormis le cargo qui tourne à plein régime, les vastes bâtiments dédiés aux passagers ne voyaient guère passer que quelques voyageurs autorisés à passer les frontières, par exemple des diplomates, dans des vols en provenance, par exemple, de Francfort, Helsinki ou Athènes."Pendant le confinement, neuf compagnies étaient encore actives en mai, elles seront 20 à la mi-juin, et une quarantaine en juillet, avance Arnaud Feist, CEO de Brussels Airport. Le nombre de destinations augmentera rapidement en fonction de l'ouverture des frontières. On passera de 10 destinations en mai à 60 à la mi-juin, et à plus de 100 en juillet". Cela représentera 1.900 vols au départ. "Nous pourrons ainsi remplir notre rôle pour la connectivité au service de la Belgique et de sa population", continue le CEO. La plupart des vols se situeront dans l'espace Schengen et vers le Grande- Bretagne. Mais il y en aura tout de même de plus lointains, malgré l'accès limité des destinations, "Il y aura Montréal, Abu Dhabi, Pékin, et, début juillet, Washington."L'aéroport restera modérément fréquenté. "Nous aurons sans doute environ 10% du trafic habituel pour juillet, soit 250.000 personnes au lieu de 2,5 millions", estime Arnaud Feist, qui anticipe, cette année, "une perte de 200 millions d'euros" pour la société Brussels Airport.Thalys et les TGV aussiLe ferroviaire, lui aussi, se réveille. Thalys a ainsi annoncé qu'il allait augmenter ses fréquences, réduite en temps de confinement à un train par jour (aller-retour) entre Bruxelles à Paris. Il est passé à cinq trains quotidiens à partir du 9 juin, plus un IZY les vendredi, samedi et dimanche. Et montera à sept trains à partir du 12 juillet. Mais Thalys ne mettra pas ses Bruxelles-Bordeaux et Bruxelles-Marseille en service. A l'inverse, la SNCF opérera bien des TGV vers Marseille et Montpellier au départ de Bruxelles-Midi. Il est à noter que Eurostar s'en tiendra, lui, à un train par jour entre Bruxelles et Londres puisque la Grande-Bretagne reste encore peu accessible, et prévoit une quarantaine pour les voyageurs.Flixbus redémarreDans le secteur de l'autocar, c'est encore l'expectative. "Nous avons rouvert des lignes intérieures en Allemagne et en Italie", explique Rosa Donat, porte-parole du groupe Flixbus, numéro un du car en Europe. Le service va redémarrer en Belgique le 18 juin. La société annonce l'ouverture de lignes vers la France, les Pays-Bas et l'Allemagne, sur 30 destinations. Avec masques obligatoires. Ce sera un début, l'évolution de la reprise des lignes dépendra de la demande.Contrairement aux autocars, les compagnies aériennes doivent planifier plus longtemps à l'avance et prennent donc quelques risques. Dans leurs systèmes de réservations, elles ont donc souvent mis en place des destinations pour lesquelles il n'y a pas encore de certitude absolue qu'elles pourront accueillir le touriste belge, avec l'espoir que les choses seront réglées d'ici la date du départ.C'est le cas de Ryanair et de Brussels Airlines, qui proposent des destinations en Grèce, où il y a une haute probabilité d'ouverture en juillet, mais pas de certitude. TUI Fly fait la même chose pour leA Rome pour 33,98 euros aller-retourDes circonstances qui peuvent stresser le voyageur. Les compagnies s'efforcent donc de rester flexibles. En cas d'annulation du vol, elles peuvent proposer un report. On le sait, elles devraient normalement aussi offrir la possibilité d'un remboursement, ce qui est une obligation européenne. Mais depuis la crise, toutes ne le font pas. Ou pas tout de suite. Brussels Airlines permet, par exemple, de reporter le vol jusqu'à la fin 2021. Ryanair a supprimé les frais de changement des vols réservés pour juillet et août. Ils pourront être reporté jusqu'à la fin décembre 2020. Le Financial Times s'est amusé à comparer ce genre de tickets avec les options achetées par les traders. Si les tarifs des vols sont très bas, le candidat voyageur peut y voir une sorte de pari.Ainsi, easyJet proposait, au moment où nous avons consulté le site, un Bruxelles-Nice à 35,99 euros le 4 août, en spécifiant qu'il était possible de changer d'avis. La compagnie britannique a même lancé la vente d'un million de tickets à 29,99 euros pour les réservations jusqu'au 5 juin. Avec Ryanair, au moment où nous clôturions cet article, il y avait moyen de rejoindre Rome le 15 juillet pour 16,99 euros et en revenir le 22 juillet pour le même prix, soit 33,98 euros au total (sans bagage de soute). Ces tarifs pourraient attirer les jeunes, qui craignent moins le coronavirus et ont envie de voyager. "Pour les compagnies, ce sont des prêts sans intérêt ; pour les voyageurs, une option pour aller visiter l'Algarve", résumait de manière imagée le Financial Times . Attention, toutes les compagnies n'ont cependant pas raboté leur prix, du moins pas de manière aussi tonitruante.C'est que l'un des soucis du redémarrage, pour les compagnies, est de déterminer la demande réelle pour chaque vol, en tenant compte des réservations existantes. Brussels Airlines a 650.000 réservations pour cet été, mais qui va vraiment voyager ?"Nous contactons les passagers pour savoir s'ils veulent encore voler", explique Wencke Lemmes, porte-parole de la compagnie. Comme beaucoup de vols ont été supprimés, il faut en effet vérifier ce que les clients souhaitent encore vraiment. Pour une destination toujours desservie mais dont des fréquences ont été supprimées, comme Rome, il faut regrouper les passagers sur celle qui reste. Ce travail est quasiment terminé.Et pour les destinations annulées, sonder le voyageur pour savoir s'est prêt à voler plus tard ou ailleurs. Tout cela si possible via le site, pour limiter la saturation du call center.