Robustes, les entreprises belges ? Plutôt, oui ! Au fil du temps, elles ont constitué plus de 654 milliards d'euros de réserves, selon l'analyse des bilans les plus récents, réalisée par Trends Business Information (TBI). L'analyste Pascal Flisch définit ces réserves comme la différence entre les capitaux propres et le capital libéré, une notion très large qui se retrouve évidemment dans le cash disponible mais aussi dans tous les actifs construits ou achetés par la société. Ces réserves sont particulièrement cruciales aujourd'hui, quand on s'attend à plusieurs années de ralentissement économique. " Seules les entreprises qui en disposent seront capables de résister dans la durée, voire d'investir dans une adaptation ou une remise en question de leur business model, précise Pascal Flisch. Sincèrement, ces 654 milliards, ce n'est pas mal. Beaucoup de nos entreprises parviennent à accumuler de jolis excédents et à asseoir ainsi leur solvabilité de demain. "
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Robustes, les entreprises belges ? Plutôt, oui ! Au fil du temps, elles ont constitué plus de 654 milliards d'euros de réserves, selon l'analyse des bilans les plus récents, réalisée par Trends Business Information (TBI). L'analyste Pascal Flisch définit ces réserves comme la différence entre les capitaux propres et le capital libéré, une notion très large qui se retrouve évidemment dans le cash disponible mais aussi dans tous les actifs construits ou achetés par la société. Ces réserves sont particulièrement cruciales aujourd'hui, quand on s'attend à plusieurs années de ralentissement économique. " Seules les entreprises qui en disposent seront capables de résister dans la durée, voire d'investir dans une adaptation ou une remise en question de leur business model, précise Pascal Flisch. Sincèrement, ces 654 milliards, ce n'est pas mal. Beaucoup de nos entreprises parviennent à accumuler de jolis excédents et à asseoir ainsi leur solvabilité de demain. " Beaucoup, certes, mais pas toutes. Sur les 458.000 entreprises étudiées par TBI, 27,5% affichent en effet des réserves négatives. Elles ont commencé à " manger " leur capital et leur viabilité à terme est dès lors engagée. Les entreprises wallonnes et surtout bruxelloises sont surreprésentées dans cette catégorie à haut risque. Elles sont donc a priori moins bien armées pour affronter la crise. " Un quart des entreprises avec des réserves négatives, c'est une proportion normale par rapport aux autres pays européens, précise Pascal Flisch. En outre, depuis la fin des intérêts notionnels, il n'y a plus d'incitant fiscal ou autre à augmenter ses fonds propres. Et comme, en plus, le crédit est bon marché... " Une croissance de la proportion du nombre de ces entreprises très fragiles serait toutefois néfaste pour l'ensemble du tissu économique. Cela introduit en effet une forme de " concurrence déloyale " : ayant besoin de recettes immédiates, ces entreprises acceptent de travailler en dessous de leur prix de revient. Cela tire les prix à la baisse, au risque de mettre en péril les entreprises saines. " L'une des maladies de la Belgique, c'est de souvent chercher, par diverses formules, à maintenir trop longtemps en vie ces entreprises faibles ", estime Pascal Flisch. En ce sens, dans une logique schumpétérienne de destruction créatrice, la crise du Covid-19 pourrait contribuer à assainir le tissu économique. Cette crise du Covid-19, venons-y. TBI a développé un algorithme qui mesure la résistance des entreprises belges à cette crise. Il part de la marge commerciale pure (expurgée des subsides, amortissements, reports de charges, résultats exceptionnels, etc.) et la combine au recul du secteur d'activité, tout en prenant en compte l'oxygène apporté par le chômage temporaire et les reports de charges de crédit. Ce modèle permet de suivre l'évolution des réserves, et donc de la solvabilité des entreprises. Globalement, le résultat peut paraître effrayant : une perte de 10% des réserves, soit... 65 milliards d'euros ! " Ces milliards sont perdus à jamais et c'est une estimation prudente, commente Pascal Flisch. Les entreprises ont massivement reporté des charges, ces dettes vont se retrouver dans les bilans comptables. " En outre, les retards de payement risquent d'entraîner des défaillances en cascade qui aggraveront la situation d'entreprises pourtant saines à la base. " Quand les fournisseurs sont payés en retard, c'est toute une chaîne économique qui est en danger ", confirme l'analyste. Dans ses avis de crédit, il recommande volontiers le payement d'acomptes, au moins partiels. Quand on regarde dans le détail, c'est un peu plus rassurant : la majorité des entreprises belges disposent d'une forte solvabilité (les capitaux propres représentent plus de 25% du total du bilan) et cela sera vraisemblablement toujours le cas après une année de crise. " Avec une solvabilité supérieure à 25%, on reste maître de ses choix stratégiques et de sa liberté d'investissement ", avance Pascal Flisch. Plus de 260.000 entreprises sur 458.000 devraient rester dans cette catégorie au terme de l'exercice 2020 mais, malheureusement, près de 10.000 entreprises descendraient sous ce seuil de 25% et 1.600 tomberaient même directement en solvabilité négative. Elles représentent ensemble un peu plus de 4% des entreprises considérées comme parfaitement solvables avant la crise. " En dessous des 25%, vous n'êtes plus le capitaine de votre propre bateau, poursuit l'analyste. C'est alors plutôt le banquier qui définit ce qu'il faut faire et ce qu'il ne faut pas faire. " Quelque 40.000 entreprises se situent dans le ventre mou, avec une solvabilité entre 15 et 25%. La bascule est alors plus fréquente puisque 16% des sociétés concernées passeront sous le seuil de 15% et 2,3% glisseront même en négatif. Par comparaison, seulement 4% des entreprises considérées comme parfaitement solvables avant la crise devraient passer sous les 25%. Sous les 15%, là, ça tangue dangereusement. " C'est le pivot en dessous duquel je vois chaque année les faillites s'envoler, confie Pascal Flisch. Dans ces entreprises, 85% des besoins sont financés par des tiers. Et ces tiers ont chacun leur agenda. Les dettes à long terme finissent toujours par devenir la dette du jour. " Avant la crise, il y avait 54.000 entreprises à la solvabilité très faible. Au moins 13% d'entre elles devraient basculer dans le rouge, selon les estimations de TBI. Au total, près de 11.000 entreprises supplémentaires devraient afficher une solvabilité négative au terme de cet exercice 2020. " Notre stress-test étant volontairement prudent, on peut craindre que la réalité comptable soit bien plus accablante encore lors des publications de comptes annuels 2020 ", conclut Pascal Flisch.