Régulièrement, on entend l'un ou l'autre expert assurer que les priorités des jeunes d'aujourd'hui ont changé, qu'ils n'aspirent pas à une carrière linéaire ou que le travail n'est qu'un moyen dans leur vie et pas une fin. Il nous est apparu important d'objectiver ces propos. Chaque année, Deloitte réalise une Millenial Survey. En 2019- 2020, le consultant a interrogé 18.400 jeunes, qu'ils soient milléniaux (nés entre 1983 et 1994) ou membres de la génération Z (nés après 1994) dans 43 pays. Quelque 319 Belges ont donné leur avis. Pour apprécier la réaction de nos jeunes à la pandémie et à ses effets, le consultant a interrogé 500 personnes supplémentaires au plus fort de notre premier confinement. Les résultats sont surprenants et révèlent que notre jeunesse, plutôt pessimiste, n'est pas monolithique.
...

Régulièrement, on entend l'un ou l'autre expert assurer que les priorités des jeunes d'aujourd'hui ont changé, qu'ils n'aspirent pas à une carrière linéaire ou que le travail n'est qu'un moyen dans leur vie et pas une fin. Il nous est apparu important d'objectiver ces propos. Chaque année, Deloitte réalise une Millenial Survey. En 2019- 2020, le consultant a interrogé 18.400 jeunes, qu'ils soient milléniaux (nés entre 1983 et 1994) ou membres de la génération Z (nés après 1994) dans 43 pays. Quelque 319 Belges ont donné leur avis. Pour apprécier la réaction de nos jeunes à la pandémie et à ses effets, le consultant a interrogé 500 personnes supplémentaires au plus fort de notre premier confinement. Les résultats sont surprenants et révèlent que notre jeunesse, plutôt pessimiste, n'est pas monolithique. Avant la pandémie, le ressenti du jeune Belge ne diffère guère de celui de ses voisins européens. Le Millz Mood Index de Deloitte donne un instantané annuel de l'état d'optimisme des deux dernières générations. Les scores (de 0 à 100, du plus négatif au paradis sur Terre) sont basés sur les réponses à des questions touchant la situation économique, politique et sociale, leurs finances personnelles, l'environnement et l'impact des entreprises sur la société. Avant la pandémie, les jeunes Belges avaient un score de 25, le même que l'an dernier. Mieux que les Allemands (23), comme les Néerlandais mais un poil moins optimistes que les Français (28). Pendant la crise du Covid-19, cet optimisme s'est littéralement effondré: le score plonge à 14 pour les milléniaux, à 17 pour la génération Z. Chez nos voisins, cet index est resté identique ou a même augmenté. En d'autres termes, nos jeunes sont plus pessimistes et ne voient guère de positif dans tout ce qui se passe. "C'est un résultat incroyable, explique Yves Van Durme, human capital partner chez Deloitte Belgique. Est-ce notre nature belge? Globalement, notre pays a le moins de raisons de se plaindre mais nous sommes les plus pessimistes. 67% de nos milléniaux et quasi la moitié de notre génération Z n'ont pas dû faire face à un changement de statut au travail ou à une perte de salaire. C'est bien mieux que ce qui se passe au niveau mondial. Peu sont donc impactés. Pourtant, leur confiance s'érode quasi à tous les niveaux: les institutions, les médias, les gouvernements, etc. Cela m'inquiète car tout porte à croire que notre situation va encore empirer. Leur avis est toutefois meilleur vis-à-vis de leur employeur dont ils ont apprécié la rapidité d'adaptation, le soutien reçu ou la communication pendant la pandémie." Tant nos milléniaux que notre génération Z demeurent consistants sur un certain nombre de valeurs. Notamment l'environnement qui reste leur priorité n°1. Avant la pandémie, la moitié d'entre eux pensaient que le point de non-retour avait été atteint et que jamais nous ne pourrions réparer les dégâts. Pendant la pandémie, ils ne sont plus que quatre sur dix à le penser. Ce regain d'optimisme provient sûrement des améliorations observées sur l'environnement en raison de la baisse de l'activité humaine. Nos jeunes, d'un seul bloc, trouvent par ailleurs que nos PME méritent d'être aidées par les gouvernements. Mais ils sont nettement moins chauds pour aider les grandes. "C'est un autre aspect remarquable de l'étude, poursuit Yves Van Durme. Elle est marquée par le souhait de privilégier dans le futur les produits et les services des petites entreprises, et locales. Il y a une volonté nette de soutenir les petits. Des entreprises à taille humaine. Ce n'est sans doute pas une coïncidence quand on voit l'importance que les milléniaux accordent à l'humain dans l'entreprise." Sans doute aussi ont-ils moins de sympathie pour les grandes entreprises parce qu'elles ne sont pas forcément belges... Comme le souligne Yves Van Durme, la santé mentale et le bien-être au travail sont également au coeur des préoccupations de nos jeunes. D'ailleurs, c'est sur ce point qu'ils sont le moins satisfaits de la réponse de leur employeur pendant la crise, soit 56% des milléniaux et 64% de la génération Z qui manifestent leur mécontentement. "Ils expriment ce souci de santé mentale avec force, confirme Yves Van Durme. C'est une évolution qui dure et dont on ne parlait même pas avec les anciennes générations. Parallèlement, ils ne pensent pas être plus heureux que leurs parents. C'est surprenant dans la mesure où les milléniaux ont tout reçu sans avoir dû faire quoi que ce soit. Une génération dorlotée. C'est une évolution à suivre. C'est aussi un réflexe lié à la pandémie qui provoque un retour aux priorités plus basiques. Je ne suis pas en sécurité, je me protège et quand ça va mieux, j'en demande plus. Quand j'ai tout, alors, je peux penser à m'accomplir comme être humain." L'étude casse aussi le mythe d'une jeunesse monolithique. Si les thèmes comme l'environnement ou le bien-être traversent les deux générations, les milléniaux et les Z n'ont pas vécu les changements au travail de la même manière et en particulier le télétravail (voir infographie). La génération Z n'en est pas fan du tout, ne veut pas télétravailler plus souvent, n'envisage pas de remplacer les voyages par des vidéoconférences ou de déménager hors d'une grande ville si le travail à distance se développe. "Ils ne sont aussi que 26% à avoir eu l'impression de donner plus le meilleur d'eux-mêmes en travaillant à distance, conclut Yves Van Durme. C'est étonnant car cela vient de gens qui ont été biberonnés au digital et donc, cela devrait leur plaire... C'est interpellant qu'ils aient besoin d'un lieu de travail pour s'exprimer. Sont-ils trop branchés tech que faire les choses à l'ancienne leur apparaît comme essentiel? Pour les Z, l'emploi est donc une forme d'expression. C'est intéressant. Mais surtout, cela remet les choses en perspective pour les futures politiques RH. Chez nous, la dynamique employeurs-syndicats implique la définition de quelque chose qui est le même pour tous. Mais comment voulez-vous que ça marche si, déjà, les jeunes ne sont pas en phase? C'est un appel à de la vraie créativité. J'entends beaucoup de DRH qui hésitent entre deux ou trois jours de télétravail. Mais ce n'est pas cela, le débat! Sinon c'est faire plaisir aux uns tout en manquant de respect aux autres. On ne tient pas compte des spécificités. Clairement, les entreprises font face à deux défis à mener de front: contribuer à la responsabilité environnementale et sociétale et changer la dynamique du travail en intégrant tout le monde. Il va falloir tester de nouvelles recettes de préférence en impliquant les plus jeunes pour renforcer la résilience mentale et booster l'optimisme."