Comme l'explique un article des Echos, Benjamin Franklin est désormais préféré à George Washington. Du moins les billets sur lesquels apparaissent leurs portraits respectifs. En effet, depuis trois ans, le nombre de billets de 100 dollars a supplanté celui du billet d'1 dollar, pour devenir la coupure la plus répandue dans le monde, comme le montrent les chiffres publiés par la Fed, et relayé dans un blog du Fonds monétaire international (FMI).

On apprend ainsi que le nombre de billets à l'effigie de l'inventeur, écrivain et homme politique a plus que doublé depuis la crise financière de 2008 pour atteindre le total de 14 milliards de coupures en circulation, contre 12 milliards pour le plus petit billet américain.

Comment expliquer cette explosion ?

Les Américains seraient-ils soudain pris d'un coup de nostalgie pour le billet de 100 dollars, alors que le paiement électronique (et, dans une moindre mesure, les cryptomonnaies) est actuellement une pratique des plus répandues, s'interroge le média français. "Pas exactement", explique Melinda Weir, auteure de l'article sur le blog du FMI. La Réserve fédérale de Chicago explique que 80% de ces coupures de 100 dollars circulent en fait en dehors des États-Unis. Selon la Fed d'Atlanta, l'Américain n'a, en moyenne, que 60 dollars en poche.

Pour quelles raisons dès lors ? Dans des temps troublés, la monnaie américaine est très généralement considérée comme une valeur refuge. Alors, après la crise financière mondiale de 2008, la demande extérieure a fortement augmenté, comme l'explique Ruth Judson, économiste à la Fed.

Mais il y a aussi une raison plus sombre, à aller chercher du côté de l'économie souterraine : "L'économie clandestine, informelle et criminelle contribue certainement à l'attrait des coupures de grande valeur nominale", explique Nadim Kyriakos-Saad, membre du département anti-blanchiment du FMI. De plus, la volonté de garder un certain anonymat et d'éviter les paiements électroniques (plus facilement traçables) expliquent aussi, en partie, cette évolution.

Une autre explication, continue Kenneth Rogoff, professeur d'économie d'Harvard, se retrouve au niveau international dans des activités illicites, comme la fraude fiscale, notamment, qui use souvent des grosses coupures. "Chaque jour, des appartements et des maisons dans les grandes villes du monde entier sont payés avec des valises remplies de billets, et ce n'est pas parce que les acheteurs ont peur des faillites bancaires", dit-il, toujours relayé par Les Echos.

Ces sombres raisons ont d'ailleurs suscité un appel d'arrêt complet de la production des grosses coupures. En 2016 déjà, la Banque centrale indienne a arrêté sa production de 500 et 1000 roupies, alors que, même s'il reste peu utilisé, la BCE a quant à elle stoppé la production des billets de 500 euros.