Max Jadot se veut résolument positif en ces temps chahutés. Le banquier estime que l'économie belge aura digéré la crise plus vite qu'on ne le pense. "Je connais le monde belge des affaires depuis plus de 30 ans, assure-t-il. Même si cela sera difficile, nous y arriverons. Selon nos prévisions, l'économie belge retrouvera son niveau d'avant-crise vers le milieu 2022."
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Max Jadot se veut résolument positif en ces temps chahutés. Le banquier estime que l'économie belge aura digéré la crise plus vite qu'on ne le pense. "Je connais le monde belge des affaires depuis plus de 30 ans, assure-t-il. Même si cela sera difficile, nous y arriverons. Selon nos prévisions, l'économie belge retrouvera son niveau d'avant-crise vers le milieu 2022." D'accord, pas d'accord ? Max Jadot sait en tous cas de quoi il parle lorsqu'il évoque le monde de l'entreprise et des affaires en Belgique. L'homme n'est pas seulement un descendant des familles Bekaert, il est également le patron de la plus grande banque du pays. BNP Paribas Fortis revendique en effet une part de marché de plus de 25% dans le crédit aux entreprises, tandis que deux entreprises sur trois en Belgique sont clientes de la banque au logo vert. De plus, avant d'être nommé CEO, Max Jadot a longtemps dirigé le département corporate banking et corporate finance de l'ex-Fortis. Il a donc toujours entretenu des contacts avec des chefs d'entreprise et des entrepreneurs. Voir le premier banquier du pays à ce point positif par les temps qui courent, pour ne pas dire optimiste - même s'il s'en défend -, est du reste assez singulier. Comme le sont d'ailleurs les résultats au premier semestre de BNP Paribas Fortis dévoilés voici quelques jours. Malgré la crise du Covid et la persistance des taux bas, la banque a en effet réussi à dégager un bénéfice net de 804 millions d'euros et n'a provisionné que 134 millions d'euros pour faire face à d'éventuels crédits défaillants sur le marché belge. C'est nettement moins que les autres grandes banques (KBC, Belfius et ING Belgique) qui craignent que les conséquences de la pandémie ne perdurent encore longtemps. A commencer par KBC (et CBC) qui a mis un milliard d'euros de côté pour faire face aux impayés des ménages et des entreprises, dont la moitié rien que pour éponger d'éventuelles pertes en Belgique. "Je ne ferai pas de commentaire sur les autres banques mais il se peut que certaines verront le retour à la normale quelque part en 2023 ou même en 2024, avance prudemment Max Jadot. Je suis d'accord avec Johan Thijs (le CEO de KBC, Ndlr) sur le fait que la visibilité est limitée. Les instruments classiques de mesure du risque des banques ne fonctionnent pas. En raison des reports de paiement, vous ne pouvez pas voir qui est en difficulté et qui ne l'est pas. Le thermomètre du médecin pour mesurer la température est cassé. En revanche, les banques ont à la fois la capacité et la volonté de soutenir les entreprises dans cette période difficile. Nous avons les outils pour guider les bonnes entreprises à travers cette crise."Cette vision plus optimiste de la sortie de crise, Max Jadot la doit aussi à son propre thermomètre, c'est-à-dire "le nombre de camions sur les autoroutes, dit-il. C'est un héritage de mon passé en tant qu'administrateur de Bekaert. Plus il y a de camions, plus il y a de pneus, plus il y a de fils d'acier pour renforcer les pneus. De cette façon, vous saviez si Bekaert allait bien. Et c'est ainsi que je mesure encore aujourd'hui l'état de notre économie. Dernièrement, lorsque je suis rentré de vacances, j'ai compté beaucoup de camions sur nos autoroutes. Alors qu'il n'y en avait évidemment pratiquement plus au début du mois de mai." Il ajoute que "ce n'est pas la première crise que nous traversons. Je suis ici depuis plus de 30 ans, j'ai toujours remarqué que la résilience du tissu belge des PME familiales était énorme. Chacune de ces crises a été surmontée par nos entreprises. Ce ne sera pas différent cette fois. J'ai encore de nombreux contacts avec des entrepreneurs et je les vois se battre pour leur entreprise et leurs employés. Cela renforce ma conviction que l'économie belge s'en sortira." Convaincu de la résilience de nos entreprises, le CEO reconnaît toutefois que la pandémie est source de beaucoup d'incertitude, tant dans le chef des particuliers que dans celui des entrepreneurs. "Je ne peux pas le nier, personne n'a jamais connu une telle crise auparavant. Des incertitudes importantes subsistent. Nous ne savons pas comment la pandémie va se développer. Personne ne sait ce qui nous attend. Je crains que nous ne puissions reprendre pleinement notre vie normale tant qu'il n'y aura pas de vaccin. Aller au café avec des amis, partir en voyage, dîner avec des collègues... toutes ces choses ne sont plus aussi évidentes qu'avant. Cela pèse sur le moral et la motivation des gens. Les jeunes, y compris mes enfants, en ont tout doucement assez de toute cette histoire de bulles."Par ailleurs, poursuit-il, "un certain nombre de secteurs souffrent gravement. Mais nous devons nous fier au fait que ce n'est pas aussi grave que lors du confinement en avril. L'économie s'est considérablement redressée après le lockdown. Maintenant, nous sommes dans une phase de stabilisation. La reprise devrait suivre une courbe économique semblable à une racine carrée (reprise avec une longue période de rattrapage à un niveau inférieur au niveau de croissance pré-crise, Ndlr). La question est de savoir à quelle vitesse la troisième ligne de la racine carrée augmentera. En ce sens, il est important que les plans de relance soient clairs. Les entreprises doivent savoir dans quel cadre elles travailleront dans les années à venir." En attendant, les plus forts et les plus agiles rebondissent et surfent même sur la crise. En effet, "je vois de nombreuses PME qui profitent de la situation pour réfléchir et s'adapter. Un grand nombre d'investissements sont retardés mais ceux dans la numérisation et l'informatique sont souvent accélérés. De nombreuses PME familiales font le pas vers ce nouveau monde dans lequel la technologie joue un rôle de premier plan. Ils sortiront plus forts. Par ailleurs, nos entreprises sont généralement gérées de manière efficace et rentable et elles ne sont pas surchargées de dettes. Et puis, les banques jouent également leur rôle. BNP Paribas Fortis a accordé plus de 100.000 reports de paiement pour des crédits existants, tant pour des particuliers que pour des entreprises. Et quatre milliards d'euros de prêts supplémentaires aux entreprises au cours du premier semestre." Reste qu' "une bonne planification de la trésorerie est vitale dans la première phase d'une crise. Les entreprises doivent s'assurer qu'elles disposent toujours de liquidités suffisantes. Les banques peuvent proposer des solutions pour cela, par exemple sous forme de crédits mais aussi via le factoring. Une bonne gestion de la trésorerie internationale et des débiteurs est importante pour les entreprises qui exportent. Ici aussi, les banques peuvent contribuer à la gestion de la trésorerie et au financement du commerce", conclut-il en guise de conseil.