Dans un tel contexte, il faut éviter à tout prix que d'autres chocs ne surviennent. Par exemple, il faut éviter que les dépenses engendrées par la lutte contre l'épidémie ne provoquent un retour de la crise de l'endettement des pays de la zone euro. La Banque centrale européenne l'a bien compris (après une toute petite hésitation) en sortant l'artillerie lourde et en prévoyant, de facto, de monétiser la dette supplémentaire liée à la bataille du coronavirus. Et tant pis pour les états d'âme des banquiers centraux néerlandais et allemand qui semblent s'être un moment opposés à cette stratégie.
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Dans un tel contexte, il faut éviter à tout prix que d'autres chocs ne surviennent. Par exemple, il faut éviter que les dépenses engendrées par la lutte contre l'épidémie ne provoquent un retour de la crise de l'endettement des pays de la zone euro. La Banque centrale européenne l'a bien compris (après une toute petite hésitation) en sortant l'artillerie lourde et en prévoyant, de facto, de monétiser la dette supplémentaire liée à la bataille du coronavirus. Et tant pis pour les états d'âme des banquiers centraux néerlandais et allemand qui semblent s'être un moment opposés à cette stratégie. Les mouvements très importants et brutaux sur les marchés financiers risquent cependant de faire surgir de nouveaux problèmes. On peut, par exemple, penser à ces entreprises américaines actives dans le pétrole, très endettées et qui ont la tête largement sous l'eau depuis l'incroyable chute du prix du baril de pétrole. La dette qu'elles ont émise est évidemment sous pression, tout comme ceux qui la détiennent... Plus généralement, la question de l'accès aux liquidités est devenue cruciale aux Etats-Unis. Il faut dire que le mode de financement de l'économie y est très différent qu'en Europe. Outre-Atlantique, le financement de l'économie passe principalement par les marchés financiers. Cela peut être un avantage, certainement lors d'une crise bancaire, mais cela expose aussi la distribution des liquidités dans l'économie à la panique dans les marchés financiers. Or, les ramifications du marché monétaire sont énormes. On y retrouve évidemment les liquidités servant à l'octroi de crédits aux ménages et aux entreprises, mais aussi tous les acteurs financiers, fonds d'investissement, ETF et autres pour leur financement de court terme. Si un manque de liquidités se fait sentir, ou même si la crainte d'un tel manque survient, c'est le stress généralisé. En réaction, de nombreux acteurs tirent sur leurs lignes de crédit (par peur de ne plus trouver des liquidités dans le futur), ce qui ne fait qu'augmenter le stress sur le marché monétaire. Or, en période de fortes fluctuations sur les marchés financiers, beaucoup d'acteurs vendent des actifs et préfèrent récupérer du cash, ou y sont contraints par les sorties de capitaux auxquelles eux-mêmes font face (on pense ici aux fonds d'investissement en tous genres). Alertée par la crainte d'un manque de liquidités (qui rappelle les mauvais souvenirs de 2008), la banque centrale américaine a décidé d'agir vite et fort. Tous les robinets possibles et imaginables de liquidités sont ouverts : la fenêtre d'escompte pour l'obtention de liquidités en urgence des institutions financières, un accès simple des brokers aux repo ou encore une ligne spéciale de liquidités pour les acteurs non financiers devant obtenir rapidement du cash. Ce sont des mesures importantes. Seront-elles suffisantes, dans un marché où la plupart des acteurs vendent leurs actifs de meilleure qualité et les plus liquides pour obtenir le plus rapidement du cash ? Pour le moment, le stress est important, comme en témoignent les taux sur le marché monétaire, mais l'édifice semble tenir. Il est indispensable qu'il tienne, car la dernière chose dont on a besoin, c'est un effondrement du financement de l'économie américaine et de ses marchés financiers. Les urgences à gérer sont assez importantes comme cela. Portez-vous bien, et restez chez vous !