On le sait, la Belgique comptera bientôt une nouvelle enseigne bancaire: Nickel. Rachetée en 2017 par BNP Paribas, la néo-banque a annoncé en début d'année son entrée sur le marché belge. Cette dernière est toujours bien prévue pour le premier trimestre de 2022. Mais après une première phase de préparation, le processus s'accélère. Les équipes se mettent maintenant en place sous la houlette du CEO fraîchement nommé Emmanuel Legras.
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On le sait, la Belgique comptera bientôt une nouvelle enseigne bancaire: Nickel. Rachetée en 2017 par BNP Paribas, la néo-banque a annoncé en début d'année son entrée sur le marché belge. Cette dernière est toujours bien prévue pour le premier trimestre de 2022. Mais après une première phase de préparation, le processus s'accélère. Les équipes se mettent maintenant en place sous la houlette du CEO fraîchement nommé Emmanuel Legras. Disposant d'une longue expérience dans le domaine de la microfinance, ce Français d'origine de 39 ans qui a notamment dirigé microStart, principal acteur du microcrédit sur le marché belge, a rejoint Nickel Belgique en avril dernier. Son profil particulier colle bien à celui de Nickel. L'homme connaît le marché belge ainsi que le type de clientèle visée par la filiale de BNP: celle des exclus bancaires, des moins bancarisés ainsi que ceux qui sont à la recherche d'une solution bon marché pour la gestion de certaines dépenses, par exemple celles liées à une seconde résidence. Sa mission à la tête de Nickel Belgique est claire: "Franchir la barre des 1.400 points de vente et des 300.000 clients d'ici cinq ans", plante le principal intéressé. Lancé en 2014 par l'ancien directeur de la communication de la Société Générale et ancien patron de Boursorama, Hugues Le Bret, et par Ryad Boulanouar, un ingénieur qui a travaillé sur le pass Navigo (la carte d'accès au réseau de la RATP, la Stib parisienne) et sur le portefeuille électronique Moneo (l'équivalent en France de notre ancien Proton), Nickel totalise désormais plus de 2 millions de clients en France pour un réseau de 6.100 points (buralistes, etc.). Forte de ce succès, la marque est également présente en Espagne où elle vient d'être lancée, avant son prochain déploiement en Belgique et au Portugal ainsi que dans quatre autres pays européens d'ici 2024. Outre la nomination d'Emmanuel Legras en tant que patron pour la Belgique, cette expansion européenne passe également chez nous par l'adaptation de l'offre au marché local. On en sait désormais en effet aussi un peu plus à ce niveau-là. Comme en France, celle-ci comportera un compte courant ouvert à tous, sans condition de revenus, de dépôts ou de patrimoine, et sans possibilité de découvert ni de crédit. Pour 20 euros par an, Nickel fournira une carte Mastercard, des outils pour suivre ses opérations en temps réel (web, mobile, SMS) mais surtout un numéro de compte avec un Iban... qui sera belge! Rien à voir donc avec un compte étranger à mentionner dans sa déclaration fiscale comme peuvent le proposer certaines fintechs britanniques ou allemandes. "C'est un élément important, souligne Thomas Courtois, président de Nickel. Cela fait de Nickel une vraie marque locale." Autre particularité, "l'offre sera déclinée dans les différentes langues du pays", ajoute Emmanuel Legras. Dans un premier temps en français, en néerlandais et en anglais. Et ensuite en allemand. Côté points de vente, le compte sera disponible chez nous en librairie. Depuis l'annonce de son arrivée sur le marché belge, la grande question était en effet de savoir avec quels partenaires Nickel, qui ne possède pas d'agences, allait s'associer pour assurer sa distribution. Résultat, deux réseaux de libraires indépendants, hors chaînes de type Relay ou Club, ont été choisis: l'un du côté francophone (Prodipresse) et l'autre du côté néerlandophone (Perstablo). Soit au total 2.300 libraires pouvant potentiellement devenir des agents Nickel formés et agréés par la Banque nationale. "Comme en France, il s'agit de deux réseaux de distribution à très fort maillage, à fort ancrage local, constitués de points de vente très fréquentés et gérés par des indépendants qui souhaitent diversifier leur clientèle", explique Thomas Courtois. Concrètement, il suffira, pour ouvrir un compte, d'aller dans l'une des librairies partenaires tout en se munissant d'un numéro de téléphone et d'une pièce d'identité, avant de ressortir quelques minutes plus tard avec une boîte contenant son numéro de compte et une carte de paiement. Intérêt pour le libraire? "La presse, le tabac et les jeux de loterie ne permettent plus aujourd'hui au libraire de gagner sa vie, confie Xavier Deville, président de Prodipresse. Avec Nickel, il pourra offrir un service supplémentaire qui augmente non seulement la fréquentation de son magasin mais aussi ses rentrées." Outre une somme de 3 euros perçue sur chaque nouvelle ouverture de compte, le libraire sera rémunéré à chaque opération réalisée pour le client (retrait de cash, etc.). Quant aux paiements effectués avec la carte, aucune commission ne sera facturée au libraire sur le montant de la transaction. D'autres partenaires tels que les bureaux de poste pourraient-il s'intégrer dans la stratégie de Nickel en Belgique? Hasard ou pas, BNP Paribas Fortis (qui chapeaute également Fintro et Hello bank! ) a en effet surpris pas mal d'observateurs en rachetant fin de l'année dernière la totalité de bpost banque, dotée d'un réseau de 660 bureaux de poste. Faut-il y voir un signe? "Les accords signés avec les libraires ne sont pas exclusifs mais le rachat de bpost banque est un projet qui est totalement indépendant de l'arrivée de Nickel en Belgique", se borne à indiquer Thomas Courtois. Une chose est certaine: à l'heure où le secteur bancaire subit une profonde mutation sous l'effet de la pandémie, de la digitalisation et de la persistance de taux d'intérêt peu élevés, Nickel semble avoir une belle carte à jouer. Car les tendances sont là. Bien là. Le nombre d'agences ne cesse de chuter, y compris chez BNP Paribas Fortis. Les distributeurs de billets disparaissent. Les tarifs augmentent, chez BNPP Fortis aussi. Certaines banques qui auparavant octroyaient un certain nombre de services gratuits vont même jusqu'à les faire payer aujourd'hui. Et un bon nombre d'entre elles chassent de plus en plus dans la même direction: le private banking et ses clients aisés. A contre-courant de cette segmentation accrue des différents types de clientèle (jeunes, riches, etc.), "Nickel arrive sur le marché belge avec une offre universelle à la fois digitale et physique qui touche un public extrêmement large", conclut Emmanuel Legras.