Tout d'abord, la Commission emprunte sur les marchés financiers en émettant de la dette " commune ", qui sera remboursée par les Etats membres entre 2028 et 2058. Ceci veut dire qu'il s'agit bien d'argent frais, qui serait majoritairement dépensé durant la période 2021-2024. Cela tranche avec de précédentes initiatives, qui n'étaient que de la réallocation de moyens existants, ce qui, macroéconomiquement, a un intérêt limité.
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Tout d'abord, la Commission emprunte sur les marchés financiers en émettant de la dette " commune ", qui sera remboursée par les Etats membres entre 2028 et 2058. Ceci veut dire qu'il s'agit bien d'argent frais, qui serait majoritairement dépensé durant la période 2021-2024. Cela tranche avec de précédentes initiatives, qui n'étaient que de la réallocation de moyens existants, ce qui, macroéconomiquement, a un intérêt limité. Ensuite, le plan de relance crée de facto une solidarité entre les pays européens, puisque les bénéficiaires des fonds (dont les deux tiers sont des transferts et non des prêts de la Commission) n'en seront pas dans les mêmes proportions les bailleurs de fonds. Autrement dit, certains pays recevront des moyens qu'ils ne devront pas rembourser, pas même le jour où la Commission devra elle-même rembourser ses emprunts réalisés sur les marchés financiers. Certes, on sait que les budgets européens sont fondés sur des contributeurs nets et des bénéficiaires nets, mais pour la première fois, cette solidarité serait appliquée à des fonds empruntés. En bref, on est ici en présence d'un plan d'envergure, faisant passer la solidarité européenne à la vitesse supérieure. Le plan a pour ambition d'aider davantage les pays étant le plus affectés par la crise du coronavirus. Mais, et c'est très important, on parle ici principalement de dégâts économiques (évalués sur le revenu national et le taux de chômage) et non pas de la pandémie elle-même. En effet, la Commission part du principe que la crise " risque d'appauvrir le plus les Etats membres les moins résilients et étant toujours sur une trajectoire de rattrapage ". Il s'agit donc surtout des pays du sud de l'Europe, mais aussi des pays de l'Est. Dans le working paper de la Commission expliquant les détails de la proposition de la Commission, l'ensemble des Etats membres est divisé en trois groupes, d'abord sur la base du niveau de PIB par tête, et ensuite sur la base du taux d'endettement. On retrouve naturellement dans le premier groupe l'ensemble des pays du Nord (dont la Belgique, mais aussi la France, l'Allemagne et les Pays-Bas), qui recevraient un quart du plan d'aide. Celle-ci serait principalement dirigée vers les deux autres groupes, et pour moitié vers un groupe constitué de Chypre, de la Grèce, de l'Espagne, de l'Italie et du Portugal. Selon la Commission, l'intérêt d'un tel plan de relance pour les pays du premier groupe, serait qu'ils " bénéficieraient aussi de la réallocation des ressources d'investissements dans le sens que leur PIB sera dopé par leurs exportations résultant de l'augmentation de la demande dans les pays à faible revenu ". Ce plan de relance européen prend évidemment beaucoup de recul par rapport à la perception que nous avons de la crise en Belgique. Différentes sources donnent différents montants, à défaut d'une communication officielle claire de la Commission. Mais si l'on se base sur les données qui circulent, l'Europe ne sera pas très généreuse envers notre pays. Par ailleurs, les montants engagés par la Commission entraîneront un engagement financier de la Belgique qui dépassera probablement l'allocation reçue. A terme donc, notre pays serait contributeur net du plan de relance européen. A l'inverse, l'Italie serait bénéficiaire nette, ce qui paraît logique compte tenu de l'ampleur de la crise dans ce pays. La Grèce, pourtant épargnée par la pandémie, serait également bénéficiaire nette, tout comme la plupart des pays de l'Est. Je dois avouer que ces chiffres me laissent dubitatifs. Je comprends bien entendu les effets retour dont un pays comme la Belgique peut bénéficier grâce à ses exportations, mais le poids accordé au niveau du revenu dans l'allocation des ressources n'est-il pas disproportionné par rapport à l'impact de la crise du coronavirus dans les différents pays ? Dans son état actuel, cette proposition de la Commission semble davantage une extrapolation des fonds structurels alloués à la convergence qu'une réelle aide spécifique à la réalité du coronavirus. Le plan risque en tout cas d'en décevoir plus d'un en Belgique. La solidarité européenne est, je l'imagine, à ce prix...