Les autorités reprochent souvent aux nouvelles devises 2.0, comme le bitcoin, d'être les monnaies du crime organisé. Une étude * à paraître de trois chercheurs - Talis Putnins, Jonathan Karlsen, Sean Foley, des universités de Sydney et de l'UTS Business School - confirme leurs craintes. Elle révèle que les activités illégales financées par le bitcoin sont très importantes, avec près d'une transaction sur deux. Ce qui remet en cause les précédents travaux qui estimaient que ces activités étaient minoritaires. Elles avaient été très importantes en 2013, au moment de l'apogée de Silk Road, le leader des supermarchés en ligne d...

Les autorités reprochent souvent aux nouvelles devises 2.0, comme le bitcoin, d'être les monnaies du crime organisé. Une étude * à paraître de trois chercheurs - Talis Putnins, Jonathan Karlsen, Sean Foley, des universités de Sydney et de l'UTS Business School - confirme leurs craintes. Elle révèle que les activités illégales financées par le bitcoin sont très importantes, avec près d'une transaction sur deux. Ce qui remet en cause les précédents travaux qui estimaient que ces activités étaient minoritaires. Elles avaient été très importantes en 2013, au moment de l'apogée de Silk Road, le leader des supermarchés en ligne des drogues, dont la monnaie de fonctionnement était le bitcoin. Or, selon ces nouveaux travaux, entre 43 et 49 % des transactions en bitcoins sont liées à des activités illégales (drogues, armes, faux documents, extorsions informatiques et chantage, etc.) et biens accessibles sur le " Web de l'ombre ". En montant, le quart des transactions en bitcoins est à mettre sur le compte de l'économie informelle et criminelle. Un tiers des utilisateurs auraient eu recours au bitcoin pour des activités illégales. Les programmes à haut rendement, des escroqueries qui promettent de fortes performances, pullulent sur les devises 2.0. Dernier exemple en date, la société Bitconnect, suspectée de réaliser une pyramide de Ponzi de près de 4 milliards de dollars sur le bitcoin en promettant des rendements astronomiques (40 % par mois), vient d'être attaquée début janvier par le régulateur financier texan pour fraude et doit fermer ses portes. Elle ne peut plus solliciter les investisseurs crédules. De son côté, la messagerie Telegram alimente la célèbre escroquerie dite du " Pump and Dump " ou de la " bouilloire ". Ainsi, différents comptes comme PumpKing Community, qui revendique 14.000 abonnés, choisissent une cryptodevise, de préférence de petite taille, pour la manipuler : ils l'achètent et s'efforcent de convaincre d'autres personnes d'en faire de même, notamment par le biais des réseaux sociaux. Ils créent ainsi un emballement artificiel avant de revendre la devise avec profit, alors que des particuliers bernés continuent d'acheter... Monero ou zcash, bien plus discrètes et anonymes que le bitcoin, sont de plus en plus privilégiées par la criminalité en ligne. Ces deux monnaies figuraient début janvier respectivement au 13e et 26e rang mondial des devises cryptographiques avec un poids de 6,5 et 2,1 milliards de dollars. Les premières demandes de rançon en moneros, pour débloquer des ordinateurs infectés par des virus, ont été enregistrées l'année passée alors qu'auparavant c'était exclusivement en bitcoins. Selon Rob Wainwright, le directeur général d'Europol, " nous allons assister à un basculement progressif de la criminalité en ligne du bitcoin vers d'autres devises cryptographiques, ce qui va généralement compliquer la tâche des forces de l'ordre ". Par Nessim Ait-Kacimi.