"A ce stade, bien que certains candidats rassemblent plus de soutiens que d'autres, il n'y a pas encore de consensus complet autour d'un nom", a indiqué jeudi le ministère français des Finances.

Il y a deux semaines, lors de la réunion du G7 Finances à Chantilly (Oise), au nord de Paris, le ministre français des Finances Bruno Le Maire avait été chargé par ses collègues européens de mener les discussions pour désigner avant la fin juillet le successeur de Mme Lagarde, qui prendra à l'automne la présidence de la Banque centrale européenne (BCE).

Cinq candidats sont en lice: deux des pays du Sud, la ministre des Finances espagnole Nadia Calvino et son homologue portugais Mario Centeno, également président de l'Eurogroupe, deux autres pour ceux du Nord, le Néerlandais Jeroen Dijsselbloem et le gouverneur de la banque de Finlande Olli Rehn, ainsi qu'une candidate des pays de l'Est, la Bulgare Kristalina Georgieva, actuelle numéro 2 de la Banque mondiale.

Le candidat retenu par l'UE a jusqu'au 6 septembre pour se déclarer auprès de l'institution qui choisira son nouveau directeur général d'ici le 4 octobre.

M. Le Maire a multiplié les conversations ces derniers jours avec "tous ses homologues européens", en particulier le ministre allemand des Finances Olaf Scholz, afin de trouver un accord.

Il organise d'ailleurs une conférence téléphonique avec eux dans l'après-midi pour les informer "des résultats des larges consultations qu'il a menées. L'objectif est de se mettre d'accord sur le processus qui permettra de parvenir à un consensus autour d'un unique candidat européen", a souligné Bercy.

"Cette situation révèle les clivages entre le nord et le sud et les difficultés pour les Européens de se mettre d'accord et de choisir un candidat solide", a regretté une source proche du dossier, consultée par l'AFP.

Les deux candidats du Nord sont considérés comme "austéritaires" par ceux du Sud, qui s'opposent pour l'instant à M. Rehn et surtout à M. Dijsselbloem "qui a pourtant le soutien de l'Allemagne", selon des sources proches du dossier.

Le Néerlandais, ancien président de l'Eurogroupe paierait ses propos controversés d'il y a deux ans, lorsqu'il avait reproché au pays du Sud de dilapider leur argent en "schnaps" et en "femmes".

Les candidats méditerranéens ne trouvent pas grâce non plus aux yeux des pays du nord, ni M. Centeno, ni Mme Calvino "qui exerce sa fonction de ministre des Finances espagnole depuis trop peu de temps", ont souligné les sources.

- Georgieva en tête

Face à cette opposition Nord-Sud, la candidature de Mme Georgieva est "celle qui recueille pour l'instant le plus de soutien", mais elle est sur le point d'avoir 66 ans et de dépasser ainsi la limite d'âge fixée par le Fonds monétaire international (FMI).

"Il faudrait donc que les autres pays membres du Fonds fassent une exception pour elle et ce n'est pas gagné", ont prévenu les sources.

Pour débloquer la situation, les ministres pourraient être appelés à voter, ont-elles ajouté. Il s'agit de l'une des options mises sur la table par M. Le Maire lors de la conférence téléphonique prévue avec ses homologues européens.

Une procédure rare au sein de l'UE qui "aurait le désavantage de montrer au reste du monde les contradiction des Européens, incapables de s'unir et de désigner un candidat de haut niveau", a alerté l'une des sources.

D'autres pays suivent de près le processus mené par les Européens, notamment les pays émergents qui réclament depuis des années une meilleure représentation au sein des institutions internationales.

Depuis sa création en 1944, le FMI a toujours été dirigé par un Européen tandis qu'un Américain a toujours été nommé à la tête de la Banque mondiale.

Selon les sources, les émergents pourraient lancer dans la course le patron de la Banque des règlements internationaux (BRI), le Mexicain Agustín Carstens, ancien président du Comité monétaire et financier du FMI, voire son successeur, Lesetja Kganyago, gouverneur de la Banque centrale sud-africaine.