Du 14 au 16 juillet 2021, la Wallonie connaît les pires inondations de son histoire: 209 communes (sur 262!) sont frappées par des pluies torrentielles. La province de Liège et la vallée de la Vesdre sont tout particulièrement touchées: 39 personnes décèdent, 100.000 personnes sont sinistrées, 15.000 foyers se retrouvent sans gaz, 66.500 sans électricité et 47.000 sous eau. Des milliers d'indépendants et d'entreprises sont touchés, voire totalement hors d'état de fonctionner, et près de 48.000 bâtiments (dont 45.000 logements) et plus de 11.000 voitures sont endommagés. Enfin, 559 ponts et 160 infrastructures sportives sont détruits ou abîmés.
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Du 14 au 16 juillet 2021, la Wallonie connaît les pires inondations de son histoire: 209 communes (sur 262!) sont frappées par des pluies torrentielles. La province de Liège et la vallée de la Vesdre sont tout particulièrement touchées: 39 personnes décèdent, 100.000 personnes sont sinistrées, 15.000 foyers se retrouvent sans gaz, 66.500 sans électricité et 47.000 sous eau. Des milliers d'indépendants et d'entreprises sont touchés, voire totalement hors d'état de fonctionner, et près de 48.000 bâtiments (dont 45.000 logements) et plus de 11.000 voitures sont endommagés. Enfin, 559 ponts et 160 infrastructures sportives sont détruits ou abîmés. Le drame est d'une d'une ampleur sans précédent. Selon Assuralia, la fédération du secteur des assurances, il a généré plus de 75.000 sinistres, dont plus de 66.000 en Wallonie, pour 7.400 en Flandre et 1.300 à Bruxelles. Quant au coût total de la catastrophe, toujours selon les chiffres d'Assuralia, il se monte... à 2,5 milliards d'euros! Si la perception sur le terrain est qu'il reste encore beaucoup à faire, les assureurs n'ont cependant pas chômé. Au contraire. Un an après, 90% des victimes sont (presque) totalement indemnisées, ce qui veut dire que les assureurs ont déjà versé 1,7 milliard d'euros aux sinistrés. A ce stade, 75% des dossiers ont fait l'objet d'une indemnisation complète. Environ 15% des victimes ont été remboursées presque intégralement (au moins 80% des frais) et n'ont plus qu'à soumettre les dernières factures pour obtenir le remboursement des 20% restants. Dans 10% des cas seulement, un accord n'a pas encore été trouvé. "Que certains dossiers soient encore en cours de traitement s'explique par plusieurs raisons", situe Audrey Amiot, responsable des opérations et de la transformation chez Axa Belgium où environ 15.000 dossiers ont été ouverts suite aux inondations. "Un dégât des eaux prend plus de temps qu'une tempête, dit-elle, notamment parce qu'il faut attendre le séchage du bâtiment pour pouvoir faire une évaluation correcte des dégâts, voire s'il y a des fissures, si la stabilité est toujours assurée, etc. S'ajoutent à cela certaines contre-expertises qui peuvent retarder les travaux, de même que le manque de main-d'oeuvre et en ce qui concerne les matériaux de construction. Sans oublier d'autres paramètres et facteurs d'incertitude, comme la publication des nouvelles cartes de zones à risques de la Région wallonne afin de réduire la vulnérabilité en ne reconstruisant pas dans certaines zones si les risques restent importants, qui peuvent aussi ralentir le processus". Cela étant, souligne Audrey Amiot, "les assureurs n'ont aucun intérêt à laisser les dossiers traîner plus longtemps que nécessaire. Surtout dans un contexte de forte inflation et de pénuries de matériaux qui ne fait qu'amplifier le coût de l'indemnisation jour après jour." Plus largement, le secteur tire plusieurs leçons. Dans leur ensemble, les chiffres sont la confirmation que "la fréquence et la sévérité des événements climatiques augmentent", note Audrey Amiot, précisant que "le coût des événements climatiques extrêmes s'accroît désormais plus vite que le PNB mondial". Dans ce contexte, ajoute la spécialiste d'Axa Belgium, "il faut mettre encore plus l'accent sur la prévention, notamment en utilisant les nouveaux outils technologiques (alertes météo ciblées, datas, etc.), afin aussi de "pouvoir offrir une première assistance efficace". Car en interne aussi, "nous avons appris beaucoup de choses, en termes de mobilisation des ressources ou de rapidité dans les indemnisations, par exemple", confie Audrey Amiot. Surtout, les sinistres engendrés par les inondations de l'été 2021 ont aussi montré l'importance du rôle joué par les experts. Mais il faut un meilleur encadrement de la profession. "Le problème est que tout un chacun peut s'improviser contre-expert, explique la responsable d'Axa Belgique. Il n'existe aucun encadrement de la profession. Les experts des compagnies d'assurance et les cabinets d'expertise externes respectent les règles du jeu et jouent leur rôle. Mais nombre d'individus se mettent à leur compte et démarchent les sinistrés avec un discours facile et tentant. Ils essayent de convaincre les victimes en leur disant qu'ils se font avoir par leur assureur et tentent d'obtenir une indemnisation plus élevée. Moyennant quoi, ils prennent une commission. De tels abus ne sont pas acceptables. Cela entraîne un retard important dans le traitement des dossiers. Un code de conduite est absolument nécessaire pour protéger le métier et les assurés." Plus urgent encore est la mise en place d'un nouveau cadre juridique pour les catastrophes naturelles. "Les dommages causés par les inondations de juillet 2021 ou encore les tempêtes successives de février 2022 témoignent de l'émergence de risques désormais considérés comme systémiques, plaide Hilde Vernaillen, CEO du groupe P&V et présidente d'Assuralia. Pour maintenir des primes abordables et assurer une indemnisation complète lors de la survenance de tels événements climatiques, il est impératif de prévoir des solutions durables à travers la mise en place d'un partenariat public-privé plus adéquat. En l'absence de partenariat, l'indemnisation complète de catastrophes naturelles futures de grande envergure risque d'être compromise." En effet, le cadre légal actuel en Belgique prévoit une intervention du secteur des assurances plafonnée à environ 360 millions d'euros par catastrophe naturelle. Pour des montants plus élevés, c'est le Fonds des calamités qui intervient. En Wallonie, cependant, ce dernier n'était plus alimenté et était vide.Raison pour laquelle l'accord conclu entre Assuralia et le gouvernement wallon prévoit un effort financier supplémentaire de la part des assureurs qui doublent leur intervention légale. Pour le surplus, soit un bon milliard d'euros, la Région wallonne a donc emprunté l'argent aux assureurs via un prêt sans intérêt qui sera remboursé sur huit ans. Bref, ce sont les assureurs qui avancent les fonds au profit des sinistrés et qui jusqu'à présent paient tout. C'est heureux mais intenable à long terme."En Belgique, le risque d'inondation est obligatoirement couvert par une assurance incendie. C'est une bonne chose pour la population. Mais le risque doit rester gérable pour les assureurs. La solution trouvée à court terme pour couvrir la catastrophe des inondations n'est pas pérenne. C'est pourquoi un partenariat public-privé est nécessaire", abonde Audrey Amiot.