Se plonger dans l'histoire de Credendo, c'est se plonger dans un siècle d'histoire économique. Les virages pris par l'assureur-crédit public depuis sa création en 1921 collent en effet à l'évolution de l'économie en général et des relations commerciales internationales en particulier. Trends-Tendances vous les raconte en 10 étapes en compagnie de Dirk Terweduwe et Nabil Jijakli, CEO et deputy CEO de ce qui est désormais le quatrième groupe européen d'assurance-crédit.
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Se plonger dans l'histoire de Credendo, c'est se plonger dans un siècle d'histoire économique. Les virages pris par l'assureur-crédit public depuis sa création en 1921 collent en effet à l'évolution de l'économie en général et des relations commerciales internationales en particulier. Trends-Tendances vous les raconte en 10 étapes en compagnie de Dirk Terweduwe et Nabil Jijakli, CEO et deputy CEO de ce qui est désormais le quatrième groupe européen d'assurance-crédit. La fin du 19e siècle a vu le développement des premiers grands groupes industriels à vocation internationale. Leurs activités ont été brutalement mises à l'arrêt par la guerre 1914-1918. "Les Etats ont compris l'importance de pouvoir couvrir les entreprises exportatrices contre les risques politiques, explique Dirk Terweduwe. Le premier pays qui l'a fait est la Grande-Bretagne dès 1919, la Belgique a suivi deux ans plus tard." "Ce n'est pas un hasard de retrouver ces deux pays puisque à la fin du 19e siècle, l'Angleterre est la première puissance industrielle mondiale et la Belgique n'en est pas très loin, précise Nabil Jijakli. Il fallait reconstruire l'appareil productif après le conflit et, en apportant sa garantie aux grands exportateurs, l'Etat belge entendait y contribuer. On retrouvera d'ailleurs le même schéma après la Seconde Guerre mondiale." C'est ainsi que le ministère des Affaires économiques a, en 1921, installé la commission du Ducroire pour garantir les transactions belges à l'exportation. La commission du Ducroire devait être transitoire, une sorte d'outil de relance, dirait-on aujourd'hui. La crise de 1929 a conduit à revoir les plans et à envisager la pérennisation des mécanismes de couverture des entreprises exportatrices, car on pressent que les crises vont être récurrentes. D'une simple commission du ministère de l'Economie, le Ducroire devient alors un organe financier public autonome. "Cette étape-là donnera la philosophie de notre fonctionnement pour les 80 ans à suivre, analyse Nabil Jijakli. Nous ne sommes pas un parastatal. Notre culture commerciale, dans le sens de répondre aux besoins des entreprises, naît à cette époque-là." L'idée est sur la table dès 1935 mais elle ne sera concrétisée que quatre ans plus tard, à la veille du déclenchement de la Seconde Guerre mondiale. "Si nous pouvons parler de culture commerciale, notre métier reste toutefois alors limité à la couverture des risques politiques, on ne parle pas encore du risque commercial", ajoute Dirk Terweduwe. Il est vrai que l'époque est marquée par la radicalisation des courants politiques dominants, à droite et à gauche. Et donc par la montée de risques politiques non négligeables, les années qui suivent le confirmeront de manière tragique. "A la sortie de la Seconde Guerre mondiale, nous avons eu l'autorisation de couvrir aussi les importations, dit le CEO de Credendo. L'idée était de permettre aux usines de repartir au plus vite, en garantissant leur approvisionnement en matières premières et en préfinançant les importations." Cette extension fut opérationnelle dès 1949. L'intensification du commerce international a alors remis sur la table la question du risque commercial. "Au fil du temps, nos exportateurs ont passé de plus en plus de contrats avec des instances privées, commerciales, avec un risque de non-paiement qui n'était plus vraiment un risque politique", poursuit Dirk Terweduwe. Il faudra attendre encore sept ans pour que le Ducroire soit autorisé à couvrir les risques commerciaux et que le tout soit officiellement coulé dans une loi (1956), lui donnant la capacité d'intervenir dans la couverture de tous les risques liés au commerce extérieur. L'augmentation des missions de l'assureur-crédit public à partir de 1949 a conduit à une hausse de la dotation de l'Etat au Ducroire. "C'est aussi une constante à travers ces 100 ans d'histoire, ajoute Nabil Jijakli. Nous avons reçu des missions supplémentaires, le cas échéant avec des moyens en conséquence, car les entreprises étaient satisfaites de nos services et l'ont fait savoir. Et ces activités supplémentaires nous ont chaque fois conduits à imaginer de nouveaux produits pour répondre aux besoins des exportateurs belges." > LIRE AUSSI: Credendo (ex-Ducroire), un centenaire bon pied, bon oeil Jusqu'à la Seconde Guerre mondiale, la grande exportation était en fait surtout du commerce avec des colonies. La décolonisation a chamboulé tous les paramètres, notamment quand on parle de risques politiques. Et comme, parallèlement, le commerce international poursuivait sa croissance, le volume des risques à couvrir augmentait sensiblement. "Nous étions confrontés à des transactions élevées que nous ne pouvions pas supporter seuls, rappelle Dirk Terweduwe. La solution a été d'ajouter un compte direct de l'Etat belge à côté de notre propre compte." Cela fut concrétisé par une loi de 1964, qui est toujours en vigueur aujourd'hui et concerne environ 5% des engagements de Credendo. Pour l'exportateur, cela ne change rien, il souscrit toujours une police Credendo. La différence, c'est qu'en cas de sinistre, une partie de l'indemnisation sera assumée directement par l'Etat, garant de l'opération. Conséquence pratique: le contrat doit alors être approuvé non seulement par le conseil d'administration mais aussi par le ministre des Finances. "C'est un instrument complémentaire pour gérer nos propres risques, par exemple en cas d'une exposition très importante dans un pays ou pour un projet au montant particulièrement élevé, précise Nabil Jijakli. C'est aussi un outil de politique économique qui permet à l'Etat de donner des capacités pour privilégier certains pays ou certains secteurs industriels." Quand une société investit, les autorités lui déroulent le tapis rouge. Mais, parfois, les relations se compliquent au fil des ans, des gouvernements sont renversés, etc. "Une loi de 1970 nous habilite à couvrir l'investissement à l'étranger d'une entreprise belge contre une expropriation, une interdiction de transférer des dividendes ou ce genre de choses, dit Dirk Terweduwe. On est bien ici dans les risques politiques, nous ne couvrons pas le risque commercial d'un investissement." "Cette police existe toujours et nous l'actualisons régulièrement, poursuit Nabil Jijakli. Nous avons par exemple ajouté le concept de couverture contre l'embargo et contre le business interruption. Dans ce cas, nous pouvons couvrir les frais de fonctionnement, pas les bénéfices qui sont perdus." La décennie 1980 a été marquée par une série de crise de l'endettement public, au Mexique, en Argentine, dans certains pays asiatiques... "Nous avons été amenés à fermer notre couverture sur de nombreux pays, se souvient le CEO, qui avait rejoint l'entreprise en 1987. On en venait presque à se poser la question existentielle: que pouvons-nous encore faire quand tant de pays ne peuvent plus payer? Cela a été le début des annulations de dettes que l'on a connues jusqu'en 2005." Cette période a ouvert la voie à une consolidation du secteur européen de l'assurance-crédit à court terme (30, 60, 90 jours). "Jusque-là, en gros, chaque pays avait son assureur-crédit court terme, poursuit Dirk Terweduwe. A partir des années 1990, des acteurs ont été privatisés et une période de fusions-acquisitions a commencé." Le Ducroire allait-il devenir un oiseau pour le chat? Soucieux d'éviter cet écueil, le gouvernement a ouvert une "fenêtre de marché" en autorisant l'assureur-crédit à couvrir des transactions sans lien direct avec la Belgique. Grâce à cela, Credendo a pu développer des activités dans des pays en forte croissance (Singapour, Corée, etc.) mais qui avaient peu de relations commerciales avec la Belgique. D'où de nouvelles recettes pour Credendo qui a ainsi renforcé son assise. "Cela a aussi soutenu les ambitions des banques belges qui souhaitaient étendre leurs activités de financement des exportations vers ces pays où peu d'entreprise belges étaient présentes", précise Dirk Terweduwe. Le vaste mouvement de consolidation et de privatisation dans le secteur de l'assurance-crédit a conduit, en 1997, la Commission européenne à réserver aux seules sociétés privées l'assurance court terme des transactions au sein des pays de l'OCDE. Dans un premier temps, cela n'émeut guère Credendo, surtout actif à la grande exportation. Mais en 2004, toute l'Europe centrale intègre l'Union européenne. Cette fois, on parle de la République tchèque, de la Pologne ou de la Hongrie, de marchés importants pour Credendo. "Nous n'avions alors plus d'autre choix que, soit nous retirer du marché, soit créer une société privée et y transférer toutes nos activités de court terme", concède Dirk Terweduwe. La seconde option l'a emporté dans un souci de défense de l'ancrage belge, alors que les deux acteurs privés du marché avaient été rachetés - Cobac par Euler Hermes (Allemagne), Namur par Atradius (Espagne). "La libéralisation des années 1980-1990 a fait passer des grandes entreprises comme Petrofina, la Royale belge ou CBR sous pavillon étranger, analyse Nabil Jijakli. Les autorités ont jugé important de conserver un acteur belge, avec un centre de décision en Belgique, pour soutenir le travail de nos PME à l'exportation." Et c'est ainsi qu'est née en 2004 la société Ducroire s.a (Credimundi ensuite, Credendo STN aujourd'hui), dédiée à la couverture à court terme des transactions commerciales. "Du jour au lendemain, nous nous retrouvions en pleine compétition internationale, reprend Dirk Terweduwe. Nous découvrions aussi les exportations intra-européennes, que nous n'avions jamais couvertes pour le court terme avant 2004." Le modèle devait toutefois être viable face aux gros joueurs internationaux. C'est pourquoi Credendo a très vite élargi son assise en créant des filiales à Londres (2006), Paris, Wiesbaden, Milan ; et en rachetant des sociétés à Vienne, Prague et Moscou. Il est aujourd'hui le quatrième groupe européen d'assurance- crédit, avec une présence dans 15 pays. Il emploie 550 personnes dont 320 en Belgique. "Pour survivre dans l'assurance-crédit, il faut une taille minimale, avec une base de clients assez large et un portefeuille équilibré, résume le CEO de Credendo. Nous devions mener cette expansion internationale. Si nous nous étions limités aux exportateurs belges, nous ne serions plus là." Précision importante: cette expansion a été financée sur fonds propres, grâce aux bénéfices des activités du groupe, sans contribution de l'Etat belge. "Les PME n'aiment pas payer des primes d'assurance (le baromètre des exportateurs, réalisé par Roularta, confirme chaque année qu'un exportateur sur quatre n'est pas assuré contre le non-paiement par son client, Ndlr). Nous avons donc travaillé sur le financement afin d'ouvrir quelques portes", résume Dirk Terweduwe. Deux produits ont ainsi été lancés en 2005 et 2006. Le "forfaitage" permet à l'exportateur belge d'être payé dès la livraison: Credendo rachète 85% de la créance et récupérera le montant auprès de l'acheteur étranger dans les deux à cinq ans. Ce forfaitage a été complété en 2016 par le crédit acheteur, conclu directement avec le client étranger. Ces produits portent sur des transactions de 600.000 euros en moyenne (le maximum est de 8 millions), ils sont donc bien destinés aux "petits" exportateurs. L'autre produit garantit 50% du crédit bancaire à l'exportation. Credendo assume alors la moitié du risque pour le crédit octroyé par une banque à un exportateur belge. "Il ne faut pas sous-estimer l'apport de l'assurance-crédit à la liquidité des entreprises, insiste le CEO de Credendo. Le fait de ne devoir payer un bien que dans trois ou six mois, c'est peut-être la forme la plus importante de financement des entreprises."> LIRE AUSSI: Baromètre Credendo-Roularta: plus d'un exportateur sur trois a subi une annulation de commande C'était sans doute un cas unique au monde: une entreprise avec deux dénominations officielles, Ducroire et Delcredere. Quand vous y ajoutez une filiale de droit privé et des filiales étrangères, chaque fois avec des noms différents, cela devient très confus. Aujourd'hui, toutes les filiales sont devenues Credendo et le groupe est reconnu comme tel dans toute l'Europe. . "Si nous voulons être actifs dans le monde des fintechs, nous ne pouvons pas nous contenter d'un département informatique classique, estime le CEO de Credendo. Nous avons créé notre propre outil d'innovation, Area 42, qui s'inspire de l'environnement typique des start-up." Le premier produit initié dans ce cadre est un renforcement de la sécurité des contrats de caution, grâce à la technologie de la blockchain. Une réussite technique mais, convient Dirk Terweduwe, "le marché ne demandait pas ce genre de produit". Les équipes d'Area 42 planchent désormais sur la manière d'amener l'assurance-crédit sur les plateformes émergentes B to B. "De plus en plus de transactions passent par ces plateformes où les délais de paiement n'existent pas, où il faut toujours payer à l'avance, constate Dirk Terweduwe. Il n'y a pas d'assurance-crédit sur ces plateformes et nous pensons qu'il y a là un important marché potentiel. Mais cela demande beaucoup d'innovation, de créativité pour développer le produit adéquat. Ces plateformes, c'est un autre monde. Mais le job reste le même: donner des délais à un acheteur, c'est le métier de l'assureur-crédit." "Nous espérons rester encore de longues années pour les entreprises belges qui produisent des biens et des équipements en vue de les exporter, déclare le CEO de Credendo. En Belgique, ça se limite sans doute à quelques centaines d'entreprises. Mais pour ces entreprises, nous sommes vraiment très importants." L'avenir, ce sera peut-être l'arrivée de l'assurance-crédit sur les plateformes (lire le point précédent) mais aussi la transition énergétique qui, selon Dirk Terweduwe, offre de "belles perspectives" à notre pays grâce à des sociétés comme John Cokerill, Deme, Jan De Nul et d'autres. "Les projets dans l'hydrogène vert, l'éolien offshore ou le stockage de l'énergie se comptent vite en centaines de millions, si pas en milliards, dit-il. S'il n'y a pas un assureur pour couvrir les risques, de tels marchés n'aboutiront jamais." "Quand une banque finance un tel projet, elle veille généralement à ce qu'un assureur-crédit soit aussi présent, conclut Nabil Jijakli. En raison des risques, en raison du montant mais aussi en raison de la durée parfois très longue de ces projets."