BNP possède, avec BNL en Italie, une filiale qui est en première ligne de front. BNL subira certainement le contrecoup de la très sévère récession qui va frapper la péninsule de même que, très vraisemblablement, une hausse des accidents de crédits. Et si les Européens ne parviennent pas à se mettre d'accord, la dette de l'Etat italien, dont BNL possède 25 milliards d'euros, deviendra elle aussi à risque. Comme le signale Eric Dor, directeur des études économiques à l'IESEG, " pour assurer le roulement de la dette ancienne qui arrive à maturité cette année, et pour payer le nouveau déficit dû à la crise, l'Italie doit emprunter 500 milliards. Le programme d'achats d'actifs de 750 milliards annoncé par la Banque centrale européenne sera clairement...

BNP possède, avec BNL en Italie, une filiale qui est en première ligne de front. BNL subira certainement le contrecoup de la très sévère récession qui va frapper la péninsule de même que, très vraisemblablement, une hausse des accidents de crédits. Et si les Européens ne parviennent pas à se mettre d'accord, la dette de l'Etat italien, dont BNL possède 25 milliards d'euros, deviendra elle aussi à risque. Comme le signale Eric Dor, directeur des études économiques à l'IESEG, " pour assurer le roulement de la dette ancienne qui arrive à maturité cette année, et pour payer le nouveau déficit dû à la crise, l'Italie doit emprunter 500 milliards. Le programme d'achats d'actifs de 750 milliards annoncé par la Banque centrale européenne sera clairement insuffisant ". Il est donc prudent d'avoir des réserves. En outre, BNP Paribas Fortis est la première banque belge. Elle joue un rôle crucial dans le soutien à l'économie du pays. Et pour cela, elle se doit d'avoir les fonds propres les plus solides possibles. Entre, d'un côté, payer un dividende aux actionnaires et, de l'autre, contribuer à soutenir l'économie du pays d'une de ses grandes filiales, le choix est normalement vite fait. Le raisonnement dépasse d'ailleursde loin BNP. Le secteur bancaire européen assume, en tant que principal pourvoyeur de financement à l'économie, un rôle d'une importance majeure. Les banques fournissent les infrastructures de paiement et sont un rouage essentiel de la création monétaire et de l'économie en récoltant les dépôts pour les allouer au mieux aux entreprises, aux Etats, aux ménages. Evitons donc de créer une crise bancairequi viendrait s'ajouter à une crise économique déjà d'une ampleur inégalée. Réserver les dividendes pour consolider les bilans des banques est une évidence. Et ce raisonnement ne s'applique pas qu'aux banques, mais à tous les secteurs d'activité plongés dans l'incertitude. De nombreuses sociétés non financières ont donc sagement décidé d'au moins reporter le paiement d'un dividende avant d'y voir plus clair. Les banques américaines, qui ont défendu leurs plans d'actions devant la Réserve fédérale en ce début de semaine, ne sont pas de cet avis. Le patron de Goldman Sachs, David Solomon, celui de Morgan Stanley, James Gorman, et le chef de Citigroup, Mike Corbat, ont fait valoir que s'ils arrêtaient (momentanément) les rachats d'actions, ils avaient les moyens de continuer à verser des dividendes et que les réduire serait " déstabilisant pour les investisseurs ". Les institutions financièresaméricaines voient aussi, sans le dire explicitement, une opportunité de creuser encore davantage le fossé avec leurs concurrentes européennes en apparaissant plus fortes qu'elles si elles peuvent continuer à rémunérer leurs actionnaires. Cela ne devrait pas dispenserles autorités financières des Etats-Unis de réfléchir à la cohérence de leur système, elles aussi. Au cours des deux dernières années, les principales sociétés américaines, celles du S&P 500, ont racheté l'équivalent de 1.000 milliards de dollars de leurs propres titres pour doper leur bénéfice par action, généralement en s'endettant. Le fait que des sociétés comme les compagnies aériennes, après avoir ainsi fragilisé leur bilan, demandent aujourd'hui l'aide des contribuables est ainsi véritablement choquant. Le moindre que l'on puisse faire aujourd'hui pour soutenir l'économie est de s'abstenir de rémunérer un capital qui, pour une bonne part, est à l'arrêt et dont on aura un impérieux besoin quand il faudra redémarrer la machine. Autant le confinement est une mesure temporaire et nécessaire pour garantir notre sécurité sanitaire, autant la mise en quarantaine des dividendes, au moins ceux des banques, est une décision nécessaire pour rétablir l'économie.