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Que vous soyez apprenti investisseur ou tout simplement curieux, il n'est jamais inutile de se poser quelques questions de base. Le bitcoin est une monnaie virtuelle qui repose sur un code informatique. Basé sur la technologie ultra-sécurisée de la blockchain, le bitcoin est créé - ou " miné " - par des ordinateurs disséminés dans le monde entier, de manière décentralisée. Contrairement à une monnaie classique, le bitcoin n'est donc pas soutenu par un Etat ou une autorité centrale. C'est d'ailleurs l'essence même de cette devise numérique créée en 2008, au lendemain de la crise financière, comme une sorte de réponse aux excès des banques. Sa conception est attribuée à un certain Satoshi Nakamoto, dont l'identité reste à ce jour inconnue, et qui explique son idée dans les premières lignes de son livre blanc : " Une monnaie électronique en version pair-à-pair ( peer-to-peer) permettrait de réaliser des paiements directement d'une partie à une autre sans passer par une institution financière ". Selon ses partisans, le bitcoin est amené à remplacer le système monétaire traditionnel. Sur Internet, bien sûr. De nombreuses plateformes en ligne servent de lieu d'échange où acheteurs et vendeurs de bitcoin se retrouvent. L'une des plus connues est l'américaine Coinbase, qui compte plus de 13 millions d'utilisateurs. Bien établie sur le marché, l'entreprise emploie 225 personnes à San Francisco et a déjà levé 217 millions de dollars auprès d'investisseurs prestigieux comme Andreesen Horowitz (Airbnb, Box, Lyft, etc.). Une multitude d'autres acteurs propose le même genre de services : AnycoinDirect (Pays-Bas), Bitstamp (Luxembourg), Poloniex (Etats-Unis), Binance (Chine), etc. Toutes ces plateformes font actuellement face à une demande particulièrement forte, à laquelle elles ne parviennent pas toujours à répondre. Il n'est pas rare qu'elles soient inaccessibles pendant plusieurs heures et qu'elles suspendent temporairement les nouvelles inscriptions. Autre souci : elles ne sont pas toutes fiables. En décembre dernier, la sud-coréenne Youbit déposait le bilan suite à deux cyber-attaques au cours desquelles elle s'est fait subtiliser près de la moitié de ses actifs. Le risque de perdre la totalité des sommes déposées existe bel et bien. " Je conseille aux investisseurs débutants d'utiliser les plateformes les plus mainstream ", commente Raphaël Abou, managing director d'Allyum, un bureau spécialisé en corporate finance. A peu près tous. La voie la plus rapide est la carte de crédit. Visa et MasterCard sont très largement acceptées sur les plateformes de vente. Il est également possible de payer tout simplement via Bancontact ou un compte PayPal. Le moyen le plus utilisé est le virement SEPA, qui permet d'alimenter en euros une sorte de compte en ligne. Depuis ce dernier, vous pouvez acheter des bitcoins de manière quasiment instantanée. Ils dépendent du moyen de paiement utilisé. En gros, plus vous voulez procéder rapidement à votre achat, plus les frais de transaction sont élevés. Par carte de crédit ou par Bancontact, qui permettent un achat immédiat, les frais sont relativement importants. Par exemple, pour un achat supérieur à 200 dollars, par carte de crédit, sur Coinbase, comptez entre 3 et 4 % du montant de la transaction. Pour un virement SEPA, qui peut prendre jusqu'à trois jours, les frais sont de 0,15 euro par opération. Les frais servent à rémunérer la plateforme, les " mineurs " (qui créent le bitcoin et valident les transactions grâce aux capacités informatiques de leurs ordinateurs) et éventuellement votre émetteur de carte. Détail important : comme une banque ou un bureau de change, chaque plateforme pratique un taux de change qui lui est propre. En fonction de la plateforme utilisée, vous pouvez donc acheter plus ou moins de bitcoins pour un même montant en euros. A côté du bitcoin se sont développées de nombreuses autres monnaies virtuelles, comme l'ether, le litecoin, le ripple, le IOTA, le dash, le monero, etc., pour rester dans le top 20 des monnaies les plus utilisées. Mais il existe quantité d'autres altcoins (monnaies virtuelles alternatives) méconnues, aux noms parfois exotiques : dragonchain, smartcash, bitcoin dark, einsteinium, etc. Près de 1.500 crypto-monnaies sont en circulation, selon le site spécialisé Coinmarketcap, qui les répertorie. Certaines plateformes, appellées exchanges (places d'échange), permettent d'acheter et de vendre un nombre impressionnant de ces monnaies virtuelles alternatives créées dans le sillage du bitcoin. C'est le cas de Binance, Kraken ou encore Bitfinex. Pour acheter ces altcoins, il n'est pas possible de payer en monnaie traditionnelle (euros, dollars ou autres). Il faut donc d'abord disposer de monnaies virtuelles largement acceptées comme le bitcoin ou l'ether, qu'il conviendra ensuite d'échanger contre ces devises plus " exotiques ". Oui. Comme indiqué plus haut, les plateformes d'échange actuelles ne sont pas à l'abri des cyberattaques. Les euros et les bitcoins que vous y déposez peuvent être dérobés par des pirates. Vous pourrez vous retourner contre la plateforme, mais si celle-ci disparaît de la circulation, vous risquez de vous retrouver bien démuni. " Une bonne pratique est de ne rien laisser sur ces plateformes ", indique Jean Wallemacq, partner chez Benthurst & Co, société de conseil pour le secteur financier, et codirecteur de la Belgian Bitcoin Association. L'idéal serait donc de n'utiliser ces plateformes d'échange que pour réaliser des transactions, et de sécuriser vos devises numériques sur une " clé physique ". La société française Ledger, qui vient de lever 61 millions d'euros, notamment auprès du fonds d'investissement dirigé par l'ancienne ministre du Numérique Fleur Pellerin, propose ce type de produit, tout comme son concurrent tchèque Trezor. A part regarder avec angoisse leur cours fluctuer, force est de constater qu'on ne peut actuellement pas en faire grand-chose. Comme mentionné plus haut, vous pouvez vous en servir pour acheter d'autres monnaies virtuelles. En Belgique, vous pouvez commander une pizza sur Takeaway.com (ex-Pizza.be) ou payer votre facture de GSM chez Mobile Vikings. Quelques cafés accepteraient aussi la devise numérique. Mais c'est à peu près tout. Il faut savoir que le terme même de " monnaie " est contesté pour qualifier le bitcoin. Vu sa volatilité, il est évident que ce n'est pas le moyen le plus adéquat pour s'offrir une pizza, qui peut coûter 15 euros un jour et 20 euros le lendemain. Les frais de transaction et la durée de celle-ci (le réseau bitcoin ne permet de réaliser qu'une opération toutes les sept secondes, ce qui implique parfois plusieurs minutes d'attente) ajoutent à la difficulté. " En Belgique, le bitcoin ne peut pas actuellement être considéré comme un substitut efficace aux moyens de paiement traditionnels ", pointe Jean Wallemacq (Belgian Bitcoin Association). Par contre, il pourrait constituer une alternative dans des pays où la monnaie est fortement dévaluée, comme au Venezuela, où le président songe même à créer sa propre crypto-devise. Il peut également avantageusement remplacer des paiements transnationaux effectués par des organismes comme Western Union, qui pratiquent des frais de transaction élevés. Le bitcoin peut aussi s'avérer intéressant pour acheter des services en ligne, par exemple informatiques, à l'étranger. L'ether a de son côté été fort sollicité pour l'achat d'actifs virtuels amusants et parfaitement inutiles : les crypto-kitties, sortes de chatons virtuels. Enfin, il ne faut pas négliger l'utilisation des crypto-monnaies pour l'achat de produits interdits (drogues, armes, faux documents, etc.). Selon une étude de l'Université de Sydney citée par Les Echos, près d'une transaction sur deux finance des activités illégales. D'après Europol, le bitcoin est cependant de moins en moins utilisé par les groupes criminels, qui lui préfèrent d'autres monnaies virtuelles plus discrètes et moins traçables, comme le monero ou le zcash. Pour pouvoir être mentionnée sur une facture, une monnaie doit être reconnue comme légale par les autorités monétaires et financières du pays, explique Nicolas Denis, manager digital & innovation chez BDO. Ni la banque nationale ni la FSMA (le gendarme financier) ne semblent enclins à conférer cette valeur au bitcoin, ce qui enterre pour le moment la possibilité de facturer en bitcoin. Au niveau pratique, rien n'empêcherait pourtant de remplacer un IBAN par une adresse bitcoin. " On pourrait comparer ça à un paiement sur un compte PayPal ", souligne Nicolas Denis. De la même façon que vous pouvez acheter des bitcoins avec des euros, il est possible de revendre vos bitcoins contre des euros, pour ensuite les faire virer sur votre compte bancaire. Ces opérations se réalisent sur les plateformes mentionnées ci-dessus et font elles aussi l'objet de frais de transaction. Attention cependant au phénomène de panique qui s'empare parfois des investisseurs lors de chutes brutales des cours. C'est ce qui s'est passé fin 2017, lorsque le cours s'est effondré, passant en quelques jours de 16.000 euros à 12.000 euros pour un bitcoin. Confrontées à un afflux sans précédent de demandes simultanées, les plateformes ont connu de sérieux ralentissements. Cela les a amenées à postposer de plusieurs jours le transfert des euros sur le compte en banque de leurs utilisateurs. En cas de crash encore plus massif, voire de bitcoin run, arriveront-elles à suivre ? Rien n'est moins sûr. Oui. " Avec des fluctuations de l'ordre de 30 % sur une journée, il est possible de faire du profit à court terme. Mais je ne mettrais pas mon épargne dedans ", souligne Raphaël Abou (Allyum). Le conseil le plus largement entendu est rappelé par Jean Wallemacq (Belgian Bitcoin Association) : " N'investissez pas plus que ce que vous pouvez vous permettre de perdre ".