C'est l'une des solutions les plus évidentes pour limiter les interactions physiques. Pour endiguer la progression de l'épidémie, le travail à distance bénéficie d'un net regain d'intérêt au sein des entreprises. Du côté de l'agence digitale Tapptic, le home working est ainsi passé de deux à trois jours par semaine. Une situation tout à fait gérable qui permet à l'entreprise de fonctionner normalement, estime Alexandre de Saedeleer : " Pour l'instant, tout le monde est assez ouvert et comprend la situation, glisse le managing director de Tapptic. On reste encore dans une configuration où il est possible de travailler efficacement à distance grâce à tous les outils mis en place. " L'agence favorise l'utilisation des plateformes collaboratives comme Slack, Google Drive, Microsoft Teams ou Zoom, qui offrent des outils pratiques pour travailler en ligne et en équipes.

Un espace comme Slack est un véritable bureau virtuel offrant des services de messagerie, la possibilité d'échanger des documents ou de travailler sur des projets communs à distance. La plateforme, qui revendique 12 millions d'utilisateurs actifs par jour, a vu son cours de Bourse flamber de 25 % en un mois. Les investisseurs s'attendent à voir les entreprises se précipiter sur ces solutions de télétravail.

Quarantaine et suppression des déplacements

Les premières personnes concernées par le télétravail sont celles qui rentrent de zones touchées par le Covid-19, comme la Chine ou l'Italie. Dans de nombreuses grandes entreprises, la consigne est de respecter une forme de quarantaine. C'est ce qu'a décidé, par exemple, le cabinet d'avocats international Freshfields : " Les personnes qui sont revenues des sports d'hiver dans les zones concernées ont été invitées à travailler à domicile pendant deux semaines, explique Vincent Macq, managing partner de Freshfields. Depuis les mesures de confinement de l'Italie, plus personne ne se déplace au bureau de Milan sauf autorisation expresse. " Le bureau bruxellois suit les directives édictées par le cabinet au niveau global. " A Shanghai, Pékin et Hong Kong, les bureaux sont désertés depuis le Nouvel An chinois. "

Inge Diels (Deloitte Belgique): "Chaque travailleur qui souhaite télétravailler est invité à dialoguer avec son responsable.", PG
Inge Diels (Deloitte Belgique): "Chaque travailleur qui souhaite télétravailler est invité à dialoguer avec son responsable." © PG

Plus largement, le cabinet d'affaires, qui traite quantité de dossiers internationaux pour des multinationales, a choisi d'intensifier le recours au travail à distance. Les déplacements non essentiels ont été annulés jusque fin avril. Et l'usage des plateformes numériques comme Skype est préféré aux réunions classiques. " Nous ne maintenons que les réunions critiques pour le business, quand nos clients le requièrent. C'est une analyse au cas par cas ", évoque Vincent Macq. Le cabinet s'aligne largement sur les directives de ses clients, de grandes entreprises qui ne tiennent pas à prendre de risque inutile. L'avocat voit cette crise comme un test pour ses infrastructures de télétravail : " Cela met notre système sous pression. Et on voit que ça marche, assure Vincent Macq. Si cette crise peut avoir une vertu, c'est de démontrer que l'on peut avoir encore davantage recours au téléworking. "

Un salarié belge sur six télétravaille

Le télétravail est déjà entré dans les moeurs en Belgique. D'après Statbel, 17% des salariés travaillent régulièrement à domicile. Parmi ces habitués du télétravail, 40 % bossent de chez eux un jour par semaine, 30 % deux jours par semaine et 29 % trois jours par semaine. Jusqu'à présent, le système a eu tendance à se développer en raison des problèmes de mobilité rencontrés par les salariés. Les embouteillages provoquent des pertes de temps, du stress et des retards qui ont favorisé l'apparition du télétravail régulier. Pas étonnant, dès lors, que la proportion de télétravailleurs soit encore plus élevée chez les salariés employés dans des grandes villes comme Bruxelles, où un travailleur sur trois est adepte du mécanisme.

Benoît van Grieken (SD Worx): "Il ne faut pas être sur le dos de l'employé en permanence.", pg
Benoît van Grieken (SD Worx): "Il ne faut pas être sur le dos de l'employé en permanence." © pg

L'apparition du coronavirus est une situation inédite qui bouscule les habitudes. A notre connaissance, aucune entreprise n'a prévu dans son règlement de travail la possibilité de recourir au télétravail pour cause d'épidémie. C'est une clause qui pourrait, à l'avenir, y être intégrée.

En l'absence de cadre défini, les employeurs ne peuvent pas imposer unilatéralement le travail à domicile généralisé. Cela dit, les entreprises qui ont prévu et négocié une possibilité de télétravailler ont une longueur d'avance sur les autres. Elles peuvent en effet s'appuyer sur les règles déjà en vigueur en interne pour soutenir le télétravail dans ces circonstances exceptionnelles. Pour les autres, il est sans doute trop tard pour réagir : le télétravail suppose une modification du règlement de travail, en concertation avec les représentants syndicaux, ce qui prend un certain temps.

Flexibilité et productivité

Chez Deloitte, cela fait des années que le télétravail est une réalité. " La flexibilité fait partie de notre culture de travail ", explique Inge Diels, talent partner chez Deloitte Belgique. La société n'a pas mis en place de mesure linéaire pour ses employés. La situation se règle au cas par cas . " Chaque travailleur qui souhaite télétravailler est invité à dialoguer avec son responsable pour trouver un terrain d'entente, un win-win. Nous cherchons à nous adapter aux demandes des salariés, notamment des nouvelles générations, qui cherchent de la flexibilité. Mais nous devons aussi assurer la continuité de notre business ", pointe Inge Diels. Le nombre de jours télétravaillés varie en fonction des besoins du client, du service et des demandes des collaborateurs.

Si le télétravail s'adapte bien à certaines activités, comme le conseil et les services, il peut plus difficilement s'envisager dans d'autres secteurs comme l'industrie ou le commerce. Ce n'est donc pas une solution miracle pour l'ensemble de l'économie. Par ailleurs, certains em- ployeurs hésitent à l'introduire dans leur entreprise : ils craignent que le télétravail soit un environnement peu stimulant pour le salarié et qu'il nuise à sa productivité.

Le télétravailleur serait-il tenté de passer sa journée à regarder des séries chez plutôt que de travailler ? Comment faire en sorte que le job soit fait, à distance ? " Il faut appliquer le management par objectifs, explique Benoît van Grieken, partnerships advisor chez SD Worx. Ce qui est important, c'est de s'assurer que les tâches confiées sont bien réalisées. Mais il ne faut pas être sur le dos de l'employé en permanence. " Un système efficace, selon ce spécialiste du télétravail, est de proposer des outils digitaux au salarié, qui lui permettent de se rendre disponible aux sollicitations du management et des clients. " L'employeur doit mettre en place tous les moyens techniques pour permettre au travailleur d'exercer sa mission ", résume Mathieu Dewèvre, conseiller à l'UCM. Une intervention dans certains frais, comme la facture télécoms, est logiquement prévue.

Le travailleur doit pouvoir travailler en toute autonomie mais aussi de manière transparente sur ses dossiers : " Un agenda électronique partagé qui mentionne les contacts, actions et dossiers traités, permet de savoir ce que fait le salarié, au bureau comme chez lui ", renseigne Benoît van Grieken. La productivité du salarié ne dépend pas de son lieu de travail : " Le présentéisme au bureau, ça existe aussi ", rappelle-t-il. " Ce qui compte, c'est la qualité du travail délivré au client. La valeur de base, c'est la confiance ", abonde Inge Diels.

Si l'épidémie continue de se propager et que des mesures similaires au lock-down italien viennent à se généraliser, le système du télétravail va être poussé dans ses derniers retranchements.

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C'est l'une des solutions les plus évidentes pour limiter les interactions physiques. Pour endiguer la progression de l'épidémie, le travail à distance bénéficie d'un net regain d'intérêt au sein des entreprises. Du côté de l'agence digitale Tapptic, le home working est ainsi passé de deux à trois jours par semaine. Une situation tout à fait gérable qui permet à l'entreprise de fonctionner normalement, estime Alexandre de Saedeleer : " Pour l'instant, tout le monde est assez ouvert et comprend la situation, glisse le managing director de Tapptic. On reste encore dans une configuration où il est possible de travailler efficacement à distance grâce à tous les outils mis en place. " L'agence favorise l'utilisation des plateformes collaboratives comme Slack, Google Drive, Microsoft Teams ou Zoom, qui offrent des outils pratiques pour travailler en ligne et en équipes. Un espace comme Slack est un véritable bureau virtuel offrant des services de messagerie, la possibilité d'échanger des documents ou de travailler sur des projets communs à distance. La plateforme, qui revendique 12 millions d'utilisateurs actifs par jour, a vu son cours de Bourse flamber de 25 % en un mois. Les investisseurs s'attendent à voir les entreprises se précipiter sur ces solutions de télétravail. Les premières personnes concernées par le télétravail sont celles qui rentrent de zones touchées par le Covid-19, comme la Chine ou l'Italie. Dans de nombreuses grandes entreprises, la consigne est de respecter une forme de quarantaine. C'est ce qu'a décidé, par exemple, le cabinet d'avocats international Freshfields : " Les personnes qui sont revenues des sports d'hiver dans les zones concernées ont été invitées à travailler à domicile pendant deux semaines, explique Vincent Macq, managing partner de Freshfields. Depuis les mesures de confinement de l'Italie, plus personne ne se déplace au bureau de Milan sauf autorisation expresse. " Le bureau bruxellois suit les directives édictées par le cabinet au niveau global. " A Shanghai, Pékin et Hong Kong, les bureaux sont désertés depuis le Nouvel An chinois. " Plus largement, le cabinet d'affaires, qui traite quantité de dossiers internationaux pour des multinationales, a choisi d'intensifier le recours au travail à distance. Les déplacements non essentiels ont été annulés jusque fin avril. Et l'usage des plateformes numériques comme Skype est préféré aux réunions classiques. " Nous ne maintenons que les réunions critiques pour le business, quand nos clients le requièrent. C'est une analyse au cas par cas ", évoque Vincent Macq. Le cabinet s'aligne largement sur les directives de ses clients, de grandes entreprises qui ne tiennent pas à prendre de risque inutile. L'avocat voit cette crise comme un test pour ses infrastructures de télétravail : " Cela met notre système sous pression. Et on voit que ça marche, assure Vincent Macq. Si cette crise peut avoir une vertu, c'est de démontrer que l'on peut avoir encore davantage recours au téléworking. " Le télétravail est déjà entré dans les moeurs en Belgique. D'après Statbel, 17% des salariés travaillent régulièrement à domicile. Parmi ces habitués du télétravail, 40 % bossent de chez eux un jour par semaine, 30 % deux jours par semaine et 29 % trois jours par semaine. Jusqu'à présent, le système a eu tendance à se développer en raison des problèmes de mobilité rencontrés par les salariés. Les embouteillages provoquent des pertes de temps, du stress et des retards qui ont favorisé l'apparition du télétravail régulier. Pas étonnant, dès lors, que la proportion de télétravailleurs soit encore plus élevée chez les salariés employés dans des grandes villes comme Bruxelles, où un travailleur sur trois est adepte du mécanisme. L'apparition du coronavirus est une situation inédite qui bouscule les habitudes. A notre connaissance, aucune entreprise n'a prévu dans son règlement de travail la possibilité de recourir au télétravail pour cause d'épidémie. C'est une clause qui pourrait, à l'avenir, y être intégrée. En l'absence de cadre défini, les employeurs ne peuvent pas imposer unilatéralement le travail à domicile généralisé. Cela dit, les entreprises qui ont prévu et négocié une possibilité de télétravailler ont une longueur d'avance sur les autres. Elles peuvent en effet s'appuyer sur les règles déjà en vigueur en interne pour soutenir le télétravail dans ces circonstances exceptionnelles. Pour les autres, il est sans doute trop tard pour réagir : le télétravail suppose une modification du règlement de travail, en concertation avec les représentants syndicaux, ce qui prend un certain temps. Chez Deloitte, cela fait des années que le télétravail est une réalité. " La flexibilité fait partie de notre culture de travail ", explique Inge Diels, talent partner chez Deloitte Belgique. La société n'a pas mis en place de mesure linéaire pour ses employés. La situation se règle au cas par cas . " Chaque travailleur qui souhaite télétravailler est invité à dialoguer avec son responsable pour trouver un terrain d'entente, un win-win. Nous cherchons à nous adapter aux demandes des salariés, notamment des nouvelles générations, qui cherchent de la flexibilité. Mais nous devons aussi assurer la continuité de notre business ", pointe Inge Diels. Le nombre de jours télétravaillés varie en fonction des besoins du client, du service et des demandes des collaborateurs. Si le télétravail s'adapte bien à certaines activités, comme le conseil et les services, il peut plus difficilement s'envisager dans d'autres secteurs comme l'industrie ou le commerce. Ce n'est donc pas une solution miracle pour l'ensemble de l'économie. Par ailleurs, certains em- ployeurs hésitent à l'introduire dans leur entreprise : ils craignent que le télétravail soit un environnement peu stimulant pour le salarié et qu'il nuise à sa productivité. Le télétravailleur serait-il tenté de passer sa journée à regarder des séries chez plutôt que de travailler ? Comment faire en sorte que le job soit fait, à distance ? " Il faut appliquer le management par objectifs, explique Benoît van Grieken, partnerships advisor chez SD Worx. Ce qui est important, c'est de s'assurer que les tâches confiées sont bien réalisées. Mais il ne faut pas être sur le dos de l'employé en permanence. " Un système efficace, selon ce spécialiste du télétravail, est de proposer des outils digitaux au salarié, qui lui permettent de se rendre disponible aux sollicitations du management et des clients. " L'employeur doit mettre en place tous les moyens techniques pour permettre au travailleur d'exercer sa mission ", résume Mathieu Dewèvre, conseiller à l'UCM. Une intervention dans certains frais, comme la facture télécoms, est logiquement prévue. Le travailleur doit pouvoir travailler en toute autonomie mais aussi de manière transparente sur ses dossiers : " Un agenda électronique partagé qui mentionne les contacts, actions et dossiers traités, permet de savoir ce que fait le salarié, au bureau comme chez lui ", renseigne Benoît van Grieken. La productivité du salarié ne dépend pas de son lieu de travail : " Le présentéisme au bureau, ça existe aussi ", rappelle-t-il. " Ce qui compte, c'est la qualité du travail délivré au client. La valeur de base, c'est la confiance ", abonde Inge Diels. Si l'épidémie continue de se propager et que des mesures similaires au lock-down italien viennent à se généraliser, le système du télétravail va être poussé dans ses derniers retranchements.