Trouver des fonds pour entreprendre quand on est une femme ou issu de l’immigration reste difficile

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Pour les femmes ou les personnes issues de l’immigration, trouver des capitaux nécessaires pour lancer leur entreprise, n’est pas une tâche aisée. « La diversité parmi les entrepreneurs n’est pas suffisante, nous avons également besoin d’investisseurs diversifiés ».

 » Malgré les programmes de mentorat, les incubateurs et les accélérateurs, les chiffres ne changent pas beaucoup », explique Yonca Braeckman, qui dénonce un problème majeur dans le monde de l’investissement. Les entreprises, dont les fondateurs sont issus de l’immigration, ne reçoivent pratiquement rien.

Yonca Braeckman sait de quoi elle parle. Elle est l’inspiratrice et la fondatrice d’Impact Shakers, une organisation qui encadre les jeunes entreprises créées par des fondateurs issus de la diversité. « L’année dernière, aux Pays-Bas, moins de 1 % de l’ensemble du capital-risque est allé à des entreprises dont les fondateurs étaient exclusivement des femmes. Cette part a même diminué, malgré tous les efforts déployés. En Belgique, les chiffres ne seraient pas meilleurs, sauf qu’il n’y en a même pas. »

Céline Bouton sait aussi combien il est difficile pour certains groupes de trouver des capitaux. Elle a cofondé la plateforme d’investissement Lita Belgium et est directrice d’exploitation de Solifin, une association de membres qui aide les entrepreneurs à trouver des financements. « Pour les femmes qui entreprennent seules, par exemple, il est extrêmement difficile de trouver des fonds. Bien souvent les portes des capitaux restent fermées ;  elles ne sont tout simplement pas considérées comme capables de gérer une entreprise.

Préjugés inconscients

Ce n’est pas de problème d’offre, selon Yonca Braeckman : « Il y a plus qu’assez d’entreprises qui ont le potentiel de se développer. Impact Shakers a organisé un événement à Bruxelles, qui comprenait un concours de présentation pour les jeunes entreprises issues de milieux divers. 432 candidatures ont été reçues en provenance de toute l’Europe. L’année dernière, elle et ses collègues d’Impact Shakers ont reçu plus de 2 000 propositions.

Et ce n’est pas non plus un problème de résultats. La recherche montre que les entreprises, dont les équipes sont diversifiées, ont tendance à obtenir de meilleurs résultats. Alors, où le bât blesse-t-il ? Pour Yonca Braeckman, « le plus gros problème est le manque de diversité parmi les investisseurs », affirme Yonca Braeckman.

Elle cite à nouveau l’exemple des femmes. Dans les fonds de capital-risque, seuls 15 % des associés sont des femmes. « Les gestionnaires qui gèrent les fonds sont encore très peu diversifiées », souligne-t-elle. « Les préjugés sont souvent inconscients. Ou bien ils ne reconnaissent pas les problèmes que l’entreprise veut résoudre, parce que ce ne sont pas des problèmes dans leur propre milieu ».

Arriver à expliquer cette uniformité des investisseurs est quelque chose de complexe. « Je pense que cela commence par un problème d’égalité des chances dès l’enseignement primaire », estime Jamy Goewie, partner chez Shaping Impact Group et gestionnaire du fonds SI3, qui s’est engagé en faveur de l’équité sociale. « Les enfants des quartiers défavorisés sont plus susceptibles d’être moins bien conseillés à l’école, ce qui se répercute sur tous leurs choix d’études ultérieurs. En particulier dans les études concernant la finance, nous voyons comparativement peu de femmes, encore moins de personnes de couleur et encore moins de femmes de couleur ».

Plus de sensibilisation

Comment inverser cette tendance? Yonca Braeckman fait référence à une initiative de la Commission européenne. Cette dernière a, pour la première fois, imposé des quotas au Fonds européen d’investissement concernant les investissements axés sur l’égalité entre les hommes et les femmes. Cela signifie que plus de fonds devraient aller aux femmes entrepreneurs. Mme Braeckman est favorable à un tel système de quotas, même parmi les gestionnaires de fonds, « si cela peut aider ».

Pour Jamy Goewie, ce qu’il faut avant tout, c’est être davantage conscience que les organisations ont tout à gagner à intégrer des personnes différentes : « Mais nous devons continuer à envisager la diversité de manière très large, ne pas s’arrêter au ‘on ne voit que des hommes et peu de femmes ou de personnes issues de l’immigration’. Je pense qu’il est dangereux de se polariser sur des caractéristiques extérieures. La diversité se trouve dans les personnes. Ce qui compte, c’est ce qui motive une personne et sa connaissance d’un sujet particulier. Un homme blanc peut aussi avoir un handicap ou avoir grandi dans la pauvreté, mais vous ne pouvez pas le voir si vous ne regardez que la photo de l’équipe d’investissement. « 

Valeur ajoutée

Les chiffres montrent que les entreprises dont les fondateurs sont diversifiés obtiennent de meilleurs résultats. Il en va de même pour les équipes d’investissement. La revue universitaire Harvard Business Review a publié une étude sur le « dividende de la diversité ». Les investisseurs en capital-risque qui comptent 10 % de femmes en plus au sein de leur conseil d’administration obtiennent un rendement annuel moyen supérieur de 1,5 % et réalisent des investissements plus rentables de près de 10 %.

En outre, les équipes d’investissement composées de plusieurs personnes sont plus attrayantes pour les entrepreneurs. Une enquête récente sur le secteur des technologies en Europe, par exemple, a révélé que les entrepreneurs souhaitent avant tout que les investisseurs comprennent et soutiennent leur mission et leur vision, plus qu’ils ne recherchent des capitaux et l’accès à un réseau.

« Des investisseurs plus diversifiés apportent chacun leur propre expérience et leur propre expertise », explique Céline Bouton. « Ils comprennent les défis ou ont dû eux-mêmes surmonter tous ces obstacles. » Elle aussi préconise une vision encore plus large de la diversité : « Il y a aussi trop de personnes, par exemple, ayant une formation purement financière dans les équipes d’investissement. Pourquoi ne pas avoir plus de personnes ayant une formation en marketing ou même d’autres profils ? »

Jamy Goewie dirige une équipe d’investissement composée d’autant d’hommes que de femmes. Elle explique pourquoi elle pense que c’est important, en donnant un exemple parlant. « Je généralise, bien sûr, mais il y a souvent une grande différence dans la manière dont les hommes et les femmes entrepreneurs présentent leurs perspectives de croissance. Les hommes ont plus tendance à être du type « surpromettre et sous-délivrer » alors que les femmes ont tendance à être prudentes dans leurs pronostics, pour mieux réussir ensuite. Une équipe composée uniquement d’investisseurs masculins pensera que ces femmes ne sont pas ambitieuses, alors que les femmes comprennent mieux la modestie ».

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