Les effets directs et indirects des droits de douane de Trump sur la Belgique

Les droits de douane supplémentaires à l’importation imposés par les États-Unis menacent de frapper la Belgique directement et indirectement, estime Olivier Joris, directeur Europe et International du département d’études de la Fédération des entreprises de Belgique (FEB). “Personne ne gagne dans une guerre commerciale”, estime de son côté Maxime Prévot
“Nous craignons que cela soit très dommageable pour la Belgique, l’Europe et l’économie mondiale”, développe l’expert de la FEB, selon qui les entreprises belges seront affectées de deux manières. “Premièrement, il y a l’impact sur nos relations commerciales bilatérales avec les États-Unis. Les Américains sont notre quatrième partenaire commercial après l’Allemagne, la France et les Pays-Bas. L’annonce d’un prélèvement supplémentaire de 20% est donc évidemment une très mauvaise nouvelle.” Mais Olivier Joris souligne également un effet indirect.
“La Belgique exporte de nombreux composants semi-finis vers des pays comme la France, l’Allemagne ou les Pays-Bas, qui exportent ensuite des produits finis vers les États-Unis. Nous pourrions donc être doublement touchés.” Les droits de douane affecteront différents types d’exportations belges, allant des produits chimiques aux machines, en passant par les voitures et les denrées alimentaires. Pour la FEB, il est encore trop tôt pour chiffrer l’impact, mais l’effet néfaste “est inévitable”, prévient-elle. “Nous pensons qu’il s’agit d’un scénario de perte pour tout le monde. Les produits européens et belges deviendront moins compétitifs, mais cela pourrait également entraîner une inflation aux États-Unis”, analyse l’expert du service d’études.
La Fédération est d’avis que l’Europe doit réagir, mais de manière proportionnée. “Nous devons éviter d’impacter certains secteurs de manière exagérée. L’exercice ne sera pas facile. Nous devons éviter de perturber les chaînes d’approvisionnement. Le dialogue est notre priorité. Nous espérons que l’escalade sera de courte durée et qu’un accord gagnant-gagnant pourra être trouvé.” Il est important que l’Union européenne reste unie, souligne encore Olivier Joris. Les droits de douane américains sont également un argument supplémentaire pour renforcer les relations avec d’autres pays, appuie-t-il. “Nous avons besoin de nouveaux accords commerciaux, par exemple avec l’Inde et l’Australie. Les accords qui sont sur la table doivent être approuvés le plus rapidement possible.”
“Personne ne gagne dans une guerre commerciale”, affirme Maxime Prévot
Le vice-Premier et ministre des Affaires étrangères Maxime Prévot (Les Engagés) a jugé jeudi “regrettable” la décision des États-Unis d’imposer dès les prochains jours des droits de douane supplémentaires sur tous les produits importés de l’étranger, dont 20% pour les importations depuis l’Union européenne et 25% pour les voitures et leurs composants. “Personne ne gagne dans une guerre commerciale”, a-t-il insisté.
La décision de Donald Trump devrait affecter toute la société belge, via une baisse de la croissance économique, craint le ministre. États-Unis et UE sont pourtant “des partenaires commerciaux stratégiques depuis des décennies”, et n’ont rien à gagner à nuire à leur coopération, a-t-il ajouté. “Il est regrettable que les États-Unis, après avoir fragilisé le multilatéralisme, décident à présent de s’attaquer unilatéralement à l’ordre commercial mondial en appliquant des tarifs douaniers à tous et singulièrement à ses partenaires ; tarifs qui vont restreindre la consommation intérieure, ralentir la dynamique économique globale, accroître l’inflation et au final impacter le prix du caddie des citoyens”.
“À force de jouer avec des allumettes, les États-Unis finiront par se brûler”, a assuré le ministre des Affaires étrangères. “L’effet retour pour leur propre dynamique économique semble être négligé par Washington.” La Belgique va continuer de “plaider pour le dialogue”, mais va aussi soutenir la Commission européenne dans sa mise en place de contre-mesures : la réaction doit être “rapide”, “assertive, proportionnelle et unie”, dans un but de protection de notre économie, a encore estimé Maxime Prévot.
Plus d’un milliard de droits de douane pour le secteur technologique belge
Selon la fédération sectorielle Agoria, “plus d’un milliard de droits de douane” vont s’imposer aux exportations belges vers le pays de l’Oncle Sam. Le CEO d’Agoria Bart Steukers plaide, face à cette décision de Donald Trump, à la prise de “contre-mesures tout en continuant à rechercher une solution négociée”. À court terme, le patron du secteur technologique appelle à la conclusion de “nouveaux accords commerciaux notamment avec les pays du Mercosur, l’Inde, l’Australie et le Mexique, afin de trouver le plus rapidement possible de nouveaux marchés pour nos entreprises”.
Il souhaite l’adoption d’accords qui sont déjà prêts à être ratifiés pour “faire une différence rapide”. L’an dernier, les entreprises technologiques belges ont exporté pour 5,5 milliards d’euros de marchandises vers les États-Unis, ce qui en fait le plus important partenaire commercial du secteur après l’Union européenne et le Royaume-Uni, selon Agoria. Les nouveaux droits de douane marqueront certainement un pas à ces exportations. La fédération craint par ailleurs les effets indirects des mesures états-uniennes alors que “d’autres partenaires commerciaux importants tels que l’Allemagne, la France et le Royaume-Uni verront également leurs exportations vers les États-Unis affectées”. Les droits de douane impacteront donc aussi les fournisseurs belges des entreprises dans ces pays, pointe Agoria.
Le Voka demande des “contre-mesures proportionnées et ciblées” face aux droits de douane
Les tarifs douaniers de Trump sont qualifiés de “coup de massue” l’organisation patronale flamande Voka . “En tant que petite économie orientée vers l’exportation, les mesures nous toucheront de plein fouet”, redoute le Voka. Selon l’organisation patronale, les droits d’importation pourraient coûter à l’économie belge jusqu’à 12 milliards d’euros par an. Pour Hans Maertens, l’administrateur délégué du Voka, les nouvelles taxes à l’importation sont pires que ce que l’on craignait. “Nos entreprises vivent des exportations. Cette mesure va donc toucher de nombreuses entreprises en plein milieu de la chaîne. Nous demandons à nos gouvernements et à l’Union européenne de ne pas déclencher une guerre commerciale mondiale et de prendre des contre-mesures proportionnées et ciblées.”
Les droits de douane sur les produits flamands multipliés par huit, selon Diependaele
Les droits de douane sur les produits flamands devraient être multipliés par huit pour passer à 2,9 milliards d’euros par an, à la suite des nouvelles taxes douanières annoncées dans la nuit par le président américain Donald Trump, indique jeudi le ministre-président flamand Matthias Diependaele (N-VA) sur base d’un calcul préliminaire.
Les exportations flamandes à destination des États-Unis se sont élevées, en 2024, à quelque 26,7 milliards d’euros, sur lesquels ont été appliqués des droits de douane à hauteur de 376 millions d’euros. “On ne sait pas encore dans quelle mesure ces droits d’importation supplémentaires seront répercutés par les entreprises américaines sur les exportateurs flamands, ni quels en seront les effets secondaires”, souligne toutefois le ministre-président flamand.
Pour Matthias Diependaele, la décision américaine est “une mesure incompréhensible qui ne fait que des perdants: l’économie flamande, qui vit des exportations, mais surtout l’utilisateur final qui paiera des prix sensiblement plus élevés. Cela va entraîner de l’inflation, une réduction du pouvoir d’achat et, en fin de compte, le renoncement des entreprises à investir dans un climat aussi incertain”.
Pour autant, Matthias Diependaele ne veut pas se laisser entraîner, lui et la Flandre, dans un marasme économique. “L’économie flamande s’est souvent montrée agile et résistante par le passé. Avec nos entrepreneurs flamands, nous chercherons comment continuer à protéger notre prospérité par la diversification et l’élimination des barrières commerciales à l’intérieur et à l’extérieur de l’Union européenne”, conclut-il.