Droits de douane de Trump: les réactions oscillent entre négociation et riposte

Ursula von Der Leyen © Belga

Donald Trump a lancé mercredi une charge commerciale massive sous la forme de droits de douane très lourds en particulier contre l’Asie et l’Union européenne, s’attirant des menaces de riposte à ces mesures qui risquent d’asphyxier l’économie mondiale, mais aussi américaine.

Donald Trump a lancé une offensive commerciale en annonçant des droits de douane très lourds en particulier contre l’Asie et l’Union européenne, au risque d’asphyxier l’économie mondiale, mais aussi américaine. Le président américain a vanté une “déclaration d’indépendance économique”.

“Notre pays a été pillé, saccagé, violé et dévasté par des nations proches et lointaines, des alliés comme des ennemis”, a asséné Donald Trump, avant d’exhiber une liste des partenaires commerciaux concernés.

L’offensive protectionniste de la Maison Blanche, sans équivalent depuis les années 1930, passe par un droit de douane plancher supplémentaire de 10% sur toutes les importations et par des majorations pour les pays jugés particulièrement hostiles en matière commerciale.

L’addition est astronomique pour la Chine, dont les produits feront l’objet d’une nouvelle taxe à l’importation de 34% s’ajoutant aux 20% de droits de douane additionnels déjà mis en place par l’administration Trump. Les marchandises de l’UE prendront 20% de taxes. Les taux ont été fixés à 24% pour le Japon, 26% pour l’Inde ou 46% pour le Vietnam. La taxe généralisée de 10% entrera en vigueur le 5 avril à 04H01 GMT et les droits de douane majorés le 9 avril.

Ces surtaxes sont censées répondre aussi aux barrières dites “non tarifaires” à l’entrée de produits américains, par exemple des normes sanitaires ou environnementales, en répondant au principe d’une réciprocité “gentille”, selon l’expression de Donald Trump.

Certaines catégories pas concernées

La Maison Blanche a fait savoir mercredi soir que certaines catégories n’étaient pas concernées: lingots d’or, produits pharmaceutiques, semiconducteurs, cuivre, bois de construction, produits énergétiques ou encore minéraux introuvables sur le sol américain. Pas trace en revanche de la Russie ni de la Corée du Nord au motif, selon un responsable américain, qu’elles ne sont plus des partenaires commerciaux significatifs.

Ni le Mexique ni le Canada n’apparaissent non plus sur la nouvelle liste. Signataires d’un accord de libre échange avec les Etats-Unis, ils relèvent d’un autre régime. Mais ils vont encaisser comme le reste du monde les 25% de taxes additionnelles sur les voitures fabriquées à l’étranger qui est entrée en vigueur jeudi matin.

Voici les chiffres de la Maison Blanche en un graphique qui permet de visualiser clairement l’écart entre les tarifs imposés par ces pays aux produits américains et ceux appliqués par les États-Unis en retour.

Une déclaration de guerre économique

La charge commerciale massive sous la forme de droits de douane très lourds en particulier contre l’Asie et l’Union européenne risquent d’asphyxier l’économie mondiale, mais aussi américaine. Les marchés financiers ont dégringolé alors qu’alliés traditionnels comme les concurrents des Etats-Unis avertissaient préparer leur contre-attaque à ce que le président américain a présenté comme une “déclaration d’indépendance économique”. Pour Maurice Obstfeld, économiste du Peterson Institute for International Economics (PIIE), il s’agit d’une “déclaration de guerre à l’économie mondiale”.

La réaction des pays concernés ne s’est pas fait attendre. Entre menaces de riposte et appels au dialogue voici les réactions aux droits de douane de Trump. Mais gare aux pays tentés par une surenchère: “Détendez-vous, encaissez le coup, et attendez de voir comment la situation évolue. Car si vous ripostez, il y aura une escalade”, a déjà averti le ministre des Finances Scott Bessent.

L’UE a offert une main tendue, mais prête à négocier

La présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, a tendu la main aux Américains jeudi pour trouver une solution négociée permettant d’éviter les droits de douane annoncés par Donald Trump, tout en se disant prête à riposter. Les nouvelles taxes annoncées par le président américain sont “un coup dur” pour l’économie mondiale, a-t-elle souligné, en regrettant “profondément” cette décision.

Cependant, “il n’est pas trop tard pour répondre aux préoccupations par les négociations”, a déclaré Mme von der Leyen, soulignant que le commissaire européen au Commerce, Maros Sefcovic, était “en contact permanent” avec ses homologues américains. “Nous nous efforcerons de réduire les obstacles et non de les élever”, a-t-elle martelé depuis Samarcande, en Ouzbékistan, où elle participe à un sommet Union européenne-Asie centrale.

Prêts à réagir

“Depuis le début, nous avons toujours été prêts à négocier avec les États-Unis afin de supprimer les derniers obstacles au commerce transatlantique. En même temps, nous sommes prêts à réagir”, a-t-elle averti. “Nous sommes déjà en train de finaliser un premier paquet de contre-mesures en réponse aux droits de douane pour l’acier. Et nous nous préparons maintenant à d’autres contre-mesures pour protéger nos intérêts et nos entreprises si les négociations échouent”, a-t-elle ajouté.

Fait rare, la présidente de la Commission a prononcé son allocution trois fois successivement, en trois langues : anglais, français, puis allemand.

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Le spécialiste du commerce au Parlement européen évoque lui un “jour de l’inflation”. Les droits de douane américains de 20% sur les produits importés depuis l’Union européenne sont “injustifiés, illégaux et disproportionnés”, selon Bernd Lange, président de la commission du commerce au Parlement européen. Le social-démocrate allemand craint que les mesures conduisent à une nouvelle escalade des droits de douane et à une spirale économique défavorable pour les États-Unis et le reste du monde.

L’Allemand assure que l’Union européenne prendra “des mesures légales, légitimes, proportionnées et décisives”. Et “nous n’allons pas changer une législation qui a été créée démocratiquement et qui est dans l’intérêt des citoyens européens, même si elle ne plaît pas à certains milliardaires américains”, a-t-il déclaré. Il espère que “la fermeté de notre réponse” finira par amener les Américains à la table des négociations.

Et la Chine?

La Chine a exhorté jeudi les Etats-Unis à “annuler immédiatement” les nouveaux droits de douane annoncés par Donald Trump, particulièrement lourds pour ses produits, promettant de riposter pour défendre ses “droits et intérêts”. L’addition est astronomique pour le géant asiatique, visé par une nouvelle taxe à l’importation de 34% s’ajoutant aux 20% de droits de douane additionnels déjà mis en place par l’administration du président américain. “La Chine exhorte les Etats-Unis à annuler immédiatement les droits de douane unilatéraux et à résoudre de manière appropriée les différends avec ses partenaires commerciaux par le biais d’un dialogue équitable”, a réagi le ministère du Commerce chinois.

Selon ce dernier, cette offensive protectionniste de la Maison Blanche, sans équivalent depuis les années 1930, met “en péril le développement économique mondial” et menace les chaînes d’approvisionnements internationale, impactant jusqu’aux intérêts américains. Ces droits de douane “ne respectent pas les règles commerciales internationales et portent gravement atteinte aux droits et intérêts des parties concernées”, a dénoncé le ministère, promettant de riposter. Donald Trump a déclaré mercredi une guerre commerciale au monde et particulièrement à la Chine, pourtant l’un de ses plus importants partenaires commerciaux, dans une offensive qui a secoué les marchés de la planète. D’après nombre d’experts, ces nouveaux droits, qu’il a qualifiés de “réciproques”, sont largement exagérés. “Il n’y a pas de vainqueur dans une guerre commerciale et aucune issue au protectionnisme”, a encore affirmé le ministère du Commerce chinois.

Et en Belgique ?

Les droits de douane supplémentaires à l’importation imposés par les États-Unis menacent de frapper la Belgique directement et indirectement, estime jeudi Olivier Joris, directeur Europe et International du département d’études de la Fédération des entreprises de Belgique (FEB), la principale organisation patronale du pays.

“Nous craignons que cela soit très dommageable pour la Belgique, l’Europe et l’économie mondiale”, développe l’expert de la FEB, selon qui les entreprises belges seront affectées de deux manières. “Premièrement, il y a l’impact sur nos relations commerciales bilatérales avec les États-Unis. Les Américains sont notre quatrième partenaire commercial après l’Allemagne, la France et les Pays-Bas. L’annonce d’un prélèvement supplémentaire de 20% est donc évidemment une très mauvaise nouvelle.” Mais Olivier Joris souligne également un effet indirect.

“La Belgique exporte de nombreux composants semi-finis vers des pays comme la France, l’Allemagne ou les Pays-Bas, qui exportent ensuite des produits finis vers les États-Unis. Nous pourrions donc être doublement touchés.” Les droits de douane affecteront différents types d’exportations belges, allant des produits chimiques aux machines, en passant par les voitures et les denrées alimentaires. Pour la FEB, il est encore trop tôt pour chiffrer l’impact, mais l’effet néfaste “est inévitable”, prévient-elle. “Nous pensons qu’il s’agit d’un scénario de perte pour tout le monde. Les produits européens et belges deviendront moins compétitifs, mais cela pourrait également entraîner une inflation aux États-Unis”, analyse l’expert du service d’études.

La Fédération est d’avis que l’Europe doit réagir, mais de manière proportionnée. “Nous devons éviter d’impacter certains secteurs de manière exagérée. L’exercice ne sera pas facile. Nous devons éviter de perturber les chaînes d’approvisionnement. Le dialogue est notre priorité. Nous espérons que l’escalade sera de courte durée et qu’un accord gagnant-gagnant pourra être trouvé.” Il est important que l’Union européenne reste unie, souligne encore Olivier Joris. Les droits de douane américains sont également un argument supplémentaire pour renforcer les relations avec d’autres pays, appuie-t-il. “Nous avons besoin de nouveaux accords commerciaux, par exemple avec l’Inde et l’Australie. Les accords qui sont sur la table doivent être approuvés le plus rapidement possible.”

Les autres pays ont également fermement réagi, voici les réactions par ordre alphabétique.

Allemagne

L’industrie chimique allemande, dont les Etats-Unis sont le premier marché d’exportation, a appelé mercredi l’UE à “garder la tête froide”, soulignant qu'”une escalade ne ferait qu’aggraver les dégâts”.

La fédération de l’industrie automobile (VDA) a de son côté estimé que les nouveaux droits de douane “ne feront que des perdants” et appelé l’UE “à agir de manière unie et avec la force nécessaire, tout en continuant à signaler sa volonté de négocier”.

Australie

“Ces droits de douane ne sont pas inattendus, mais soyons clairs: ils sont totalement injustifiés”, a déclaré le Premier ministre Anthony Albanese, déplorant un “geste qui n’est pas celui d’un ami” et craignant une détérioration des relations entre les deux pays.

Brésil

Le Parlement a adopté à l’unanimité une “loi de la réciprocité” donnant au gouvernement des moyens pour répliquer aux barrières commerciales à ses exportations.

Canada

“Nous allons combattre ces droits de douanes avec des contre-mesures”, a annoncé le Premier ministre Mark Carney, selon qui les nouveaux droits de douane vont “fondamentalement changer” le commerce international.

Colombie

“Le gouvernement américain croit qu’en augmentant les droits de douane sur ses importations de manière générale, il peut augmenter la production, la richesse et l’emploi. A mon avis, cela risque de s’avérer être une grande erreur”, a estimé le président Gustavo Petro.

Corée du Sud

La “guerre tarifaire mondiale est devenue une réalité”, a déploré le président par intérim Han Duck-soo, qui s’est engagé à “utiliser toutes les ressources du gouvernement pour surmonter la crise commerciale”.

Danemark

“Le commerce mondialisé a profité à tous (…) Je ne comprends pas que les Etats-Unis veuillent déclencher une guerre commerciale contre l’Europe. Personne n’est gagnant, tout le monde est perdant”, a déclaré Lars Løkke Rasmussen, ministre des Affaires étrangères, assurant que “l’Europe restera unie. L’Europe donnera des réponses solides et proportionnées”.

France

Le président Emmanuel Macron a espéré que M. Trump “pourra revenir sur cette décision” et  estimé que cette hausse des droits de douanes n’était “pas une bonne idée économique”, ni une “bonne idée géopolitique”. Selon lui, “il y a une forme de paradoxe à voir les principaux alliés des Etats-Unis être les premiers taxés”.

Irlande

Le Premier ministre Micheal Martin a dit “profondément regretter” les droits de douane imposés à l’UE et appelé les 27 à réagir de façon “proportionnée”. “Toute action doit être proportionnée et viser à défendre les intérêts de nos entreprises, de nos travailleurs et de nos citoyens”, a déclaré le dirigeant, dont le pays accueille les sièges européens des grands groupes américains et enregistre l’excédent le plus large des membres de l’UE avec les Etats-Unis.

Italie

“L’introduction par les Etats-Unis de droits de douane à l’égard de l’UE est une mesure que je considère comme mauvaise”, a déclaré la Première ministre Giorgia Meloni. Elle veut “parvenir à un accord avec les Etats-Unis, afin d’éviter une guerre commerciale qui affaiblirait inévitablement l’Occident au profit d’autres acteurs mondiaux”.

Japon

Les mesures tarifaires prises par les Etats-Unis sont “extrêmement regrettables”, a indiqué le ministre du Commerce et de l’Industrie Yoji Muto, précisant avoir “vivement exhorté Washington à ne pas les appliquer au Japon”.

“Nous avons de sérieuses inquiétudes quant à leur conformité avec les règles de (l’Organisation mondiale du commerce) et l’accord commercial entre le Japon et les Etats-Unis”, a par ailleurs déclaré le porte-parole du gouvernement Yoshimasa Hayashi.

Pologne

“L’amitié signifie partenariat. Le partenariat signifie des tarifs véritablement et réellement réciproques”, a écrit le Premier ministre polonais Donald Tusk sur X, estimant que “des décisions adéquates sont nécessaires”.

Royaume-Uni

Le Royaume-Uni veut conclure un accord avec les Etats-Unis pour “atténuer” l’impact des droits de douane et n’entend pas riposter immédiatement, a annoncé le ministre du Commerce, Jonathan Reynolds.

“Les Etats-Unis étant notre allié le plus proche, notre approche consiste à rester calme et à nous engager à conclure cet accord qui, nous l’espérons, atténuera l’impact de ce qui a été annoncé aujourd’hui”, a-t-il déclaré.

Suisse

“Les intérêts économiques à long terme du pays constituent la priorité”, a souligné la présidente Karin Keller-Sutter, dont le pays est frappé de droits de 31%. “Le respect du droit international et le libre-échange sont fondamentaux”, a-t-elle ajouté, précisant que Berne allait “définir rapidement la suite”.

Thaïlande

La Thaïlande dispose d’un “plan solide” pour répondre aux droits de douane de 36% la visant et espère pouvoir négocier une réduction de ceux-ci, a affirmé jeudi la Première ministre Paetongtarn Shinawatra.

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