Manifestations des agriculteurs: Bruxelles, source de tous les maux et… de toutes les réponses

Les tracteurs bloquent à nouveau Bruxelles. BELGA PHOTO NICOLAS MAETERLINCK
Olivier Mouton
Olivier Mouton Chef news

Des centaines de tracteurs paralysent à nouveau la capitale. En attente de réponses, mais “un virage à 180° est en cours”, dit le ministre David Clarinval. L’Europe, controversée, est aussi devenue le recours pour tout: industrie, défense…

Coucou, les revoilà. Quelque 300 tracteurs vont paralyser Bruxelles, une nouvelle fois, ce mardi, alors que se réunit un nouveau Conseil des ministres européens avec l’agriculture à son menu. Le ras-le-bol a été globalement entendu aux échelons belge et wallon, mais au niveau européen, cela ne va pas assez vite à leur goût. La tension demeure, elle était même montée d’un cran, avec des débordements, fin février. Et de nouveaux incidents sont à craindre.

Oui, il y eu quelques “avancées” obtenues depuis le début de leur mouvement de grogne, ils le reconnaissent. Mais leurs revendications principales demeurent: des prix rémunérateurs ou la fin des accords de libre-échange. Les récentes propositions de la Commission européenne “sont insuffisantes pour s’attaquer aux causes profondes qui ont motivé les manifestations des agriculteurs et agricultrices dans toute l’Europe depuis des mois”, estime la Coordination européenne Via Campesina.

“Depuis deux mois, on a fait un virage à 180°, insiste David Clarinval (MR), ministre belge de l’Agriculture, au micro de Bel RTL. Les agriculteurs s’en rendent compte, mais ce n’est pas encore tangible dans leur portefeuille.”

Bruxelles, au cenre de tout

L’Europe est, depuis la naissance de l’Union européenne, alors Communauté, au centre de la régulation de l’agriculture. Au lendemain de la guerre, il s’agissait d’assurer l’approvisionnement de pays marqués par le conflit. La Politique d’agriculture européenne a imposé ses quotas et ses aides, régissant un secteur rapidement transformé, notamment avec ses grandes exploitations et ses surplus. Voilà l’agriculture à un nouveau tournant: prix trop souvent insuffisants pour vivre, contraintes environnementales pour limiter l’impact sur le changement climatique…

La grogne est donc structurelle, elle remet en cause, depuis des semaines, les rapports au secteur de la distribution, elle demande des simplifications administratives… Les agriculteurs veulent retrouver une forme de liberté, mais c’est aussi un monde coupé en deux entre les agricultures intensives et les artisans, chez nous surtout présents en Wallonie. Comment satisfaire tout le monde? Le chantier est complexe.

David Clarinval insiste sur ce qui est sur la table au niveau européen: taxation à 100% des importations russes à hauteur de 1 milliard, limitation des importations ukrainiennes, révision fondamentale de la PAC et réorientation des contraintes environnementales. Les traités de libre-échange ne seront pas signés, notamment le Mercosur, sans clauses miroir. Bref, cela bouge, lentement, mais cela bouge.

Critiquée et derniers recours

A quelque deux mois des élections européennes (en plus des fédérales et régionales, en Belgique), la Commission et les ministres européens sont sur tous les fronts. En cette ère de multicrises, l’Europe est souvent montrée du doigt. Bruxelles, depuis des décennies, est “la” coupable toute trouvée. Et lors du scrutin à venir, la montée de l’extrême droite risque de réclamer un retour aux Etats.

C’est le grand paradoxe. Car face aux défis gigantesques de l’époque, l’Europe est aussi… la seule susceptible d’apporter les réponses nécessaires. C’est le cas pour l’agriculture, mais l’industrie appelle également à l’aide face aux menaces qui pèsent sur la compétitivité et le concurrence féroce des Etats-Unis et de la Chine. En matière de défense, c’est l’Europe encore qui est susceptible de dégager un fonds pour se réarmer face à la menance russe. Et face au défi climatique, seule l’Europe à la taille critique pour agir.

C’est d’ailleurs l’autre paradoxe: même les partis “souverainistes” ou extrémistes ne réclament plus la fin de l’Union européenne, mais le retour à une Europe des Etats. Car elle restera toujours la source de tous les maux et… de toutes les réponses.

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