Panneaux solaires plein le toit : 5 raisons pour produire plus d’énergie que vous n’en consommez

Jusqu’à dimanche, il est possible de se rendre au salon Batibouw à Brussels Expo. Il est consacré cette année à la rénovation et aux choix de construction durable. Face à l’émergence des voitures électriques, la demande en électricité ne cesse d’augmenter. Est-il dès lors judicieux de couvrir tout son toit de panneaux solaires ? Et est-il vraiment intéressant de produire plus que le strict nécessaire ? La réponse en cinq points.

La crise de l’énergie a provoqué une forte augmentation de la demande de panneaux solaires. Ces derniers mois, les installateurs ont dû faire face à une véritable ruée, et nul doute que de nombreuses personnes font ou feront en nombre des demandes de devis auprès de Batibouw. L’avenir est électrique. Avec l’essor des voitures électriques, la consommation des ménages ne fera qu’augmenter dans les années à venir. Beaucoup se demande s’il n’est pas temps d’investir dans les énergies renouvelables pour assurer l’avenir et si oui dans quelle mesure. Par exemple, est-il intéressant de remplir d’un seul coup son toit de panneaux solaires pour produire plus d’électricité que vous n’en consommez actuellement ?

1) La période d’amortissement reste courte (mais attention au tarif prosumer)

L’année dernière, Kris Voorspools de 70Gigawatt Consulting a fait le calcul, et pour lui, la période d’amortissement de votre investissement dans des panneaux solaires a été fortement réduite en raison de la hausse des prix de l’énergie. Néanmoins ce temps d’amortissement varie en fonction des primes et autres certificats. Or celles-ci ne sont pas les mêmes selon les régions.

Par exemple, en Flandre, la prime pour les panneaux solaires payée par le gouvernement flamand a été divisée par deux depuis l’année dernière, ce qui fait que délai d’amortissement est le même pour une famille qui pose 11 panneaux (soit juste assez pour couvrir sa consommation) que pour une maison qui en compte 22 (soit deux fois plus que ce qui est nécessaire pour une consommation familliale).

A Bruxelles, il n’y a plus que les certificats verts, puisque depuis le 1er janvier 2020, la compensation sur la partie “réseau” n’existe plus et depuis le 1er novembre 2021 la compensation pour les autres composantes est également supprimée. En Wallonie, il reste par contre la compensation du compteur qui tourne à l’envers. Mais celui-ci n’est valable que pour les particuliers qui installent du photovoltaïque avant le 1er janvier 2024. Ceux qui le font pourront toujours bénéficier du « compteur qui tourne à l’envers » jusqu’au 31 décembre 2030, même s’ils passent au compteur numérique.

Il faut aussi faire attention au tarif prosumer, soit une contribution aux frais de réseau qui contraint désormais les utilisateurs de panneaux photovoltaïques qui réinjectent de l’électricité sur le réseau à contribuer à l’entretien de celui-ci dans des montants allant de 400 à plus de 1 000 euros par an. Une prime est actuellement accordée en Wallonie pour compenser ce tarif, mais elle court jusqu’en 2024.

En conclusion, installer beaucoup de panneau serait surtout intéressant en Flandres sur le long terme. Si vous souhaitez le faire en Wallonie, faites le plus rapidement possible. Néanmoins, ne soyez toutefois pas trop gourmand. A l’heure actuelle, le réseau est déjà souvent incapable d’absorber les pics locaux de production photovoltaïque. Avec pour résultat des centaines d’installations qui se mettent en sécurité et ne produisent plus rien. Un élément qui risque d’encore gagner en importance avec l’explosion des installations.

Il est cependant important de préciser que, malgré la fin des primes et le tarif prosumer, on estime qu’une installation photovoltaïque reste rentable. A condition d’être placées sur des pans de toiture orientés sud, sud-ouest ou sud-est, et plus ou moins inclinés, le coût de production du kWh (kilowattheure) électrique d’un panneau solaire est 8 à 10 fois moins cher que celui du réseau. Test-Achats table sur un temps de retour de trois à cinq ans à Bruxelles, de trois à sept ans pour la Wallonie et de 10 à 4 ans en Flandres. Pour estimer la rentabilité d’une installation en Wallonie, on peut utiliser le simulateur financier d’Energie Commune (ex-APERe) et la carte solaire pour Bruxelles. Mais attention, il ne s’agit là que d’une estimation puisque personne n’est capable de fournir un chiffre réel pour votre facture sur 25 ou 30 ans.

2) À l’épreuve du temps

En outre, la temps de retour n’est qu’un des aspects. En effet, plus l’installation est grande, plus elle rapporte année après année. Reprenons l’exemple de ceux qui ont opté pour un toit rempli de panneaux. Ils se retrouveront, après 3 à 7 ans, avec des panneaux capables de produire 8 000 kWh par an, au lieu des 4 000 kWh produits par l’autre famille. Cette famille qui possède 22 panneaux dispose encore d’une marge sur sa consommation future. Supposons que la famille échange finalement son raccordement au gaz et sa voiture à essence contre une pompe à chaleur et une voiture électrique. Dans cet exemple, la pompe à chaleur a besoin de 2 450 kWh d’électricité par an pour chauffer la maison. La voiture électrique consomme 15 kWh par 100 kilomètres et parcourt 10.000 kilomètres par an, soit une consommation annuelle de 1.500 kWh. Si la famille consommait auparavant 4000 kWh par an, sa consommation d’électricité est passée à 7950 kWh. Les 22 panneaux produisent actuellement juste assez d’énergie pour répondre à leurs besoins. Dans cette situation, une famille qui ne possède que 11 panneaux doit puiser beaucoup plus d’énergie dans le réseau, ce qui augmente à nouveau les coûts d’électricité. Lorsqu’on calcule ses besoins, on a donc tout intérêt a aussi envisager les besoins futurs.

Maximiser sa propre consommation

L’essentiel est de maximiser votre consommation pendant la journée, lorsque vos panneaux solaires fonctionnent à plein régime. Mais selon le producteur d’électricité Engie, les propriétaires de panneaux solaires ne consomment en moyenne que 30 % de l’électricité qu’ils produisent, les 70 % restants étant injectés dans le réseau.

Si vous travaillez souvent à la maison, il est plus facile de faire fonctionner pendant la journée les appareils ménagers gourmands en énergie tels que les lave-linge, les sèche-linge et les lave-vaisselle. Les appareils modernes peuvent également être programmés. Il est également préférable de recharger votre voiture électrique pendant la journée. Vous pouvez faire fonctionner une chaudière électrique au moment opportun à l’aide d’une minuterie. Le meilleur moment – matin, midi ou après-midi – dépend de l’orientation des panneaux.

La quantité d’électricité consommée dépend du nombre de personnes dans la famille. Certaines personnes sont plus économes que d’autres, mais une personne seule consomme généralement environ 2 500 kilowattheures par an. Chaque habitant supplémentaire ajoute environ 500 kilowattheures. Une famille composée de deux adultes et de deux enfants consomme en moyenne 4 000 kilowattheures par an.

3) La technologie évolue (mais pas si vite)

Lorsque l’on fait le calcul, l’installation de panneaux solaire semble être une évidence pour tous ceux qui peuvent se permettre l’investissement. Toutefois, la vitesse à laquelle la technologie des panneaux solaires évolue est un aspect qui peut dissuader les consommateurs de le faire. En quelques années, la capacité de production d’un seul panneau a augmenté. Pourtant, d’un point de vue technique, “il n’y a aucune raison d’attendre pour investir”, affirme Jan Cappelle, professeur à la KU Leuven. Il est spécialisé dans les systèmes et applications d’énergie électrique. “Les nouveaux panneaux peuvent produire un peu plus à l’avenir, mais nous nous heurtons toujours à des limites techniques. Au cours des prochaines années, nous ne prévoyons pas de percées majeures qui permettraient d’attendre de nouveaux panneaux. Ainsi, chaque mois d’attente pour de meilleurs panneaux vous fait perdre un rendement potentiel, puisque ces nouveaux panneaux ne produiront pas non plus beaucoup plus.”

DES PANNEAUX PLUS RÉCENTS POURRAIENT PRODUIRE UN PEU PLUS D’ÉNERGIE À L’AVENIR, MAIS NOUS NOUS HEURTONS ENCORE À DES LIMITES TECHNIQUES.

Jan Capelle, professeur à la KU Leuven

M. Cappelle invoque également l’augmentation de la demande d’électricité pour justifier un investissement plus important que ce qui est strictement nécessaire pour obtenir une prime ou une réduction de la taxe d’habitation. Mais le professeur n’est pas un grand défenseur des batteries domestiques qui permettent aux ménages de stocker leur propre énergie. “Lors d’une bonne journée ensoleillée, vous avez cinq heures de pointe pendant lesquelles vous produisez de l’énergie. Vous pouvez alors produire 20 kWh ce jour-là avec une installation de 4 kWh, mais les gens installent aujourd’hui des batteries de 5 kWh. Vous continuez donc à injecter 15 kWh dans le réseau. Plus tard, vous aurez peut-être une voiture électrique dans le garage qui pourra stocker 60 kWh. Il est donc préférable d’installer le plus grand nombre de panneaux possible, mais investir dans des batteries n’est pour l’instant pas trop intéressant. »

4) Des prix de l’énergie élevés à long terme

Pieterjan Verhaeghen

Que peut-on attendre des prix de l’énergie dans un avenir proche ? Ceux qui produisent leur propre électricité tirent le meilleur parti de leur investissement lorsque les prix sont élevés. Les prix de l’électricité ont baissé ces derniers mois, mais les familles paient encore beaucoup plus cher que les tarifs de réseau auxquels nous étions habitués avant la crise de l’énergie. Selon Pieterjan Verhaeghen, cofondateur et PDG de Bolt Energie, les fortes fluctuations de prix sont appelées à perdurer, y compris dans les années à venir. “Nous pouvons nous attendre à ce que les prix restent relativement élevés à long terme et qu’ils augmentent encore. Nous allons également consommer plus d’énergie dans les années à venir : il suffit de regarder sa voiture, d’opter pour une pompe à chaleur. Cela exerce une pression sur les prix et les fluctuations de prix resteront fréquentes.

Bolt Energy est une société qui met en relation des acheteurs d’électricité avec des producteurs locaux. Par exemple, elle achète de l’électricité à l’agriculteur qui a fait un gros investissement dans des panneaux solaires et le paie au prix de gros. “Nous pouvons également guider les petites entreprises dans ce processus d’investissement. En les aidant à trouver des financements et en les mettant en contact avec des partenaires techniques. Nous voulons nous concentrer davantage sur ces conseils à l’avenir afin d’accélérer la transition énergétique dans notre pays. Les gens ont un contrat d’électricité verte, mais l’énergie est produite ailleurs. Après Malte et le Luxembourg, la Belgique est le pays de l’UE qui produit le moins d’énergie renouvelable.

5) En attendant l’hydrogène ?

Les panneaux à hydrogène sont une technologie émergente qui cherche également à s’imposer sur nos toits. L’entreprise belge Solhyd de Bierbeek est l’un des pionniers de cette technologie. Ses panneaux utilisent l’énergie solaire pour diviser les molécules d’eau présentes dans l’air en hydrogène et en oxygène à l’aide d’une membrane et d’un catalyseur. L’hydrogène est évacué par un pipeline, ce qui permet de stocker l’énergie sous pression. La technologie de l’hydrogène est encore en cours de développement dans le monde, mais l’un de ses principaux avantages est que la source d’énergie peut être stockée pendant les mois d’hiver. Cela fonctionne mieux que l’énergie solaire.

JE TRAVAILLE SUR LA TECHNOLOGIE DES PANNEAUX D’HYDROGÈNE DEPUIS PLUS DE DIX ANS ET NOUS SOMMES ENCORE À PLUSIEURS ANNÉES D’UN PRODUIT.

Trends s’est entretenu avec Jan Rongé, PDG de Solhyd, une entreprise belge qui vise à livrer ses premiers panneaux à hydrogène d’ici 2026, principalement aux entreprises, mais aussi aux consommateurs. “Il n’est pas encore très pratique pour les ménages de stocker de l’hydrogène à haute pression à proximité de leur domicile dans un avenir proche. Solhyd se concentre donc principalement sur le marché des entreprises”. M. Rongé souligne que le développement de l’hydrogène ne devrait certainement pas dissuader les gens d’investir déjà dans les énergies renouvelables. “Cela fait plus de dix ans que je travaille sur la technologie des panneaux à hydrogène et nous sommes encore à plusieurs années d’un produit. Quiconque a investi dans des panneaux solaires il y a dix ans a déjà récupéré son argent plusieurs fois et continuera à le faire au cours des prochaines années. Au pire, vous pouvez retirer vos panneaux après la période d’amortissement et les revendre d’occasion. D’ailleurs, nos panneaux à hydrogène seront bientôt compatibles avec les panneaux solaires existants”.

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