Le Saoudien qui a fait chanceler le Credit Suisse doit démissionner

Al Khudairy © You Tube

Le président de la Banque Nationale saoudienne, principal actionnaire saoudien du Credit Suisse, a démissionné. Après qu’Ammar Al Kudairy a exclu que sa banque lui apporte un soutien supplémentaire, la banque suisse, déjà en difficulté, a subi une forte baisse sur les marchés.

La confiance arrive à pied, mais repart à cheval. C’est une observation qui s’applique aux marchés (notamment financiers) et qu’Ammar Al Khudairy connaît sans doute que trop bien. Il vient d’en goûter l’amère saveur après sa très médiatisée interview par Bloomberg TV. Il y révèle qu’en aucun cas il n’y aurait nouvelle injection de capitaux dans le Credit Suisse en difficulté. De quoi jeter encore un peu plus d’huile sur le feu de l’agitation bancaire.

Banquier expérimenté

La Banque Nationale saoudienne, détenue à 37 % par le fonds souverain saoudien Public Investment Fund, avait acheté une participation de 9,9 % (équivalant à 1,4 milliard d’euros) dans le Credit Suisse l’année dernière. Sauf que M. Al Khudairy a exclu mi-mars tout soutien financier supplémentaire à l’icône bancaire suisse. L’achat d’actions supplémentaires aurait porté la participation de la BNS à plus de 10 %. Or selon le président de la banque, cela aurait exposé les Saoudiens à toutes sortes de « nouvelles règles », ce qui ne les intéressait pas du tout. 

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Selon le Financial Times, certains responsables du fonds souverain saoudien pensaient alors que l’opération « était trop risquée (…) soulevant des questions juridiques et la possibilité de pertes futures importantes.

Al Khudairy est considéré comme un banquier expérimenté qui a été président des antennes saoudiennes des banques d’investissement Goldman Sachs et Morgan Stanley. L’homme est pourtant poussé vers la sortie. Il quitte officiellement ses fonctions « pour des raisons personnelles » selon la SNB. Toutefois, son départ est « logique », estime l’économiste financier Tom Simonts (KBC). « C’était une déclaration stupide et il doit maintenant en payer les conséquences « . Il sera remplacé par Saeed Mohammed Al Ghamdi, le PDG de SNB. Pour remplacer ce dernier, Talal Ahmed al-Khereiji a été nommé directeur par intérim.

Pleins feux sur l’Arabie saoudite

Le Wall Street Journal a rapporté la semaine dernière que l’investissement de 1,5 milliard de dollars de la SNB dans Credit Suisse avait été réalisé sur demande du prince héritier et dirigeant de facto du royaume, Mohammed ben Salmane.  Auparavant, M. Al Khudairy avait décrit l’investissement dans le Credit Suisse comme une « manifestation de la nouvelle Arabie saoudite », tout en ajoutant que la SNB se concentrerait sur la croissance au Moyen-Orient plutôt que sur d’autres acquisitions en Europe. « C’est la première fois que le président d’une banque saoudienne s’aventure sur les marchés mondiaux », a laissé entendre un analyste régional cité par le Financial Times.

Des personnalités de la région ont également affirmé au journal britannique Financial Times que les déclarations de M. Al Khudairy avaient attiré l’attention sur la BNS et sur le programme économique plus large de l’Arabie saoudite. Le Fonds d’investissement public, principal actionnaire de la SNB, est le fer de lance du programme de réformes du prince héritier saoudien Mohammed ben Salmane. Ce fonds de 500 milliards de dollars américains doit accélérer la transition verte de l’Arabie saoudite. L’argent doit servir à passer du pétrole à l’hydrogène vert et à créer une ville futuriste avec une politique de transport public durable.

Pour un banquier de Dubaï cité par le Financial Times, « ce n’était pas une bonne idée de passer à la télévision en pleine crise bancaire ». Néanmoins, l’impact des commentaires d’Al Khudairy sur le cours de l’action du Credit Suisse reflète la puissance de feu financière croissante de l’Arabie saoudite.

Racheté pour une bouchée de pain

Si le cours était reparti à la hausse dès le lendemain des déclarations d’Al Khudairy, soit après l’annonce d’une aide de 54 milliards de dollars (50,2 milliards d’euros) de la part de la banque centrale suisse, cela n’avait pas suffi à rassurer les investisseurs dans un climat d’inquiétude général pour le secteur financier. Le 19 mars, Credit Suisse a été racheté pour une bouchée de pain par UBS, le premier groupe bancaire suisse.

Dimanche, la Finma, le régulateur suisse du secteur financier, a dit étudier les possibilités de demander des comptes aux dirigeants de Credit Suisse, à la suite de la débâcle de la banque rachetée par UBS. « Nous ne sommes pas une autorité pénale, mais nous explorons les possibilités correspondantes », a déclaré sa présidente, Marlene Amstad, dans un entretien publié par le journal dominical NZZ am Sonntag.

Déjà numéro un mondial de la gestion de fortune, UBS devient un mastodonte du secteur à la tête de 3.400 milliards de dollars d’actifs sous gestion.

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