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Amid Faljaoui, directeur des magazines francophones de Roularta.
Opinion

01/02/17 à 15:08 - Mise à jour à 15:08

Leaders politiques ou chefs d'entreprise, pourquoi pètent-ils les plombs ?

Les journalistes l'avaient prévu, l'élection présidentielle française va être rythmée par les révélations du Canard Enchainé. Les rédactions parisiennes reçoivent chaque mardi à 17h un exemplaire du journal qui sortira le lendemain.

Leaders politiques ou chefs d'entreprise, pourquoi pètent-ils les plombs ?

François Fillon © Reuters

Le candidat de la droite François Fillon aura beau jeu de dire que ce ne sont que des boules puantes ou des calomnies, il se retrouve aujourd'hui en mauvaise posture, vu que ce ne sont pas 500.000 euros mais bien 900.000 euros qui auraient été gagnés par son épouse en tant qu'assistante parlementaire... virtuelle. Bien entendu, c'est à la justice de trancher cette affaire et de dire s'il y a eu, en définitive, un emploi fictif aux frais des contribuables.

En revanche, voir un candidat aussi expérimenté - n'oublions pas qu'il a été Premier ministre de Nicolas Sarkozy - aussi intelligent, aussi posé être aveuglé par son discours au point d'en oublier ses propres zones d'ombre est hallucinant.

En fait, ce qui se passe avec François Fillon est exactement de la même veine que ce qui se passe avec des dirigeants d'entreprises qui à un moment donné perdent pied et sont hors sol. Ils quittent la réalité et finissent par frauder ou amener leur entreprise dans des aventures sans lendemain.

Pour comprendre comment un leader politique ou un grand patron d'entreprise "pète les plombs", Alain Bloch, professeur à HEC Paris, dans une tribune publiée par Les Echos, nous incite à relire le célèbre livre du psychanalyste hollandais Manfred Kets de Vries, et qui a enseigné le leadership à l'INSEAD, une célèbre école de management à Paris. Dans son livre intitulé "leaders, fous et imposteurs", il explique que ces trois mots sont, parfois, semblables. Il explique comment un leader finit par se prendre à son propre discours et finit par oublier la réalité. Cette forme d'auto-aveuglement le conduit à prendre ses désirs pour des réalités, jusqu'à ce que l'échec le rappelle à l'ordre de façon brutale.

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À force de gommer la frontière entre possible et impossible, le leader politique ou d'entreprise en arrive à gommer aussi la frontière entre réalité et... mensonge

Alain Bloch a raison de rappeler que dans le cas de Fillon n'importe quel communicant lui aurait dit que s'il voulait communiquer sur la probité, l'intégrité ou le fait qu'il y a trop de fonctionnaires, comme il l'a fait durant la primaire de droite, il devait être lui-même irréprochable. Chacun sait que lorsqu'on se lance dans la course à la présidence, on est ausculté de la tête aux pieds, on est tout nu. Or, visiblement, son entourage a été surpris, ce qui signifie qu'il n'en avait pas parlé à ses proches. Et sans doute avait-il lui-même effacé de sa mémoire cette partie embarrassante...

En fait, Manfred Kets de Vries démontre que les leaders politiques ou en entreprises ont une force et une vision hors du commun des mortels. Ils réussissent là où les autres échouent ou se disent qu'ils n'ont aucune chance. C'est cette force hors norme qui est à l'origine d'une éventuelle dérive pathologique. À force de gommer la frontière entre le possible et l'impossible, le leader en arrive à aussi gommer la frontière entre forces et faiblesses, risques et opportunités, et au final entre réalité et... mensonge ! Ce que démontre également Manfred Kets de Vries dans son livre, c'est que le leader va toujours de plus en plus loin dans ce défi qui l'oppose à l'adversité, à la réalité, jusqu'à parfois atteindre cette forme de folie passagère que nous appelons imposture.

En relisant son livre, Alain Bloch a constaté que pour ce psychanalyste renommé l'une des solutions pour éviter cette folie, c'est d'avoir un fou autour de soi. Un fou, c'est quelqu'un de très intime qui par le rire et par l'ironie aurait pu faire comprendre à François Fillon que si l'on tient le discours du "lave plus blanc que blanc", encore faut-il être soi-même sans tâche. Et se rappeler aussi le très classique, mais toujours d'actualité, "la femme de César doit être irréprochable" !

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