Geert Noels
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Retrouvez chaque semaine l'opinion de Geert Noels, chief economist du gestionnaire de fortune Econowealth.
Opinion

15/12/10 à 15:51 - Mise à jour à 15:50

La Belgique, musée de la fiscalité

Si on arrive un jour à former un gouvernement, il pourra immédiatement se lancer dans la réalisation de sérieuses économies. Toutes les études indiquent que notre pays possède déjà une collection unique de tous les impôts possibles au monde...

La Belgique, musée de la fiscalité

Si on arrive un jour à former un gouvernement, il pourra immédiatement se lancer dans la réalisation de sérieuses économies. Toutes les études indiquent que notre pays possède déjà une collection unique de tous les impôts possibles au monde. La semaine passée, la Banque nationale de Belgique a encore tordu le cou au mythe qui présente les patrimoines comme un terrain fiscal inexploré.

En dépit de l'énorme pression fiscale imposée aux contribuables de ce pays, d'aucuns continuent obstinément à se livrer à une réflexion créative sur la possibilité de générer de nouveaux revenus pour le Trésor. Personne n'a de problème à accepter de nouveaux impôts si l'argent perçu est bien utilisé. Aujourd'hui, le mot d'ordre est "économiser", c'est-à-dire gérer intelligemment les moyens disponibles. Or la list of shame des 108 participants belges à la conférence sur le climat à Cancun, au Mexique, prouve que ce concept est encore relativement inconnu.

Des normes de gaspillage

Si le secteur public se montrait aussi efficace dans la gestion de ses moyens que les ménages et le secteur privé, il n'y aurait pas de déficit budgétaire. Le comble, c'est que les rares normes qu'on y applique ont pour effet de faire croître les dépenses publiques à un rythme déterminé, indépendamment de l'efficacité. La vicieuse norme de croissance de 4,5 % en sus de l'inflation dans l'assurance maladie en est l'exemple type. De tels principes rendent tout esprit d'économie superflu et engendrent le gaspillage dans le secteur. Si vous vous faites examiner un doigt, c'est tout un bras qu'une armée de spécialistes se chargera d'étudier.

Qui a, par exemple, décidé un jour que nous devions affecter 0,7 % de notre PIB à l'aide au développement ? Supposons que nous en attribuions 0,4 % à des ONG, avec le contrôle et le suivi nécessaires, et que nous obtenions de meilleurs résultats. Y aurait-il quelque chose à redire à une économie de 0,3 % du PIB sur de l'administration (et un ministre) ? En ce qui concerne nos (rares) investissements publics, il y a aussi moyen de faire mieux : que de gaspillage à cause de déficiences dans le contrôle de la qualité et des accords de prix dans la construction des routes et la signalisation, par exemple ! La modération n'est pas négative, elle peut (fortement) accroître la qualité et la valeur pour le contribuable. En Belgique, le secteur de l'énergie, les transports publics et les télécoms sont tous de moins bonne qualité et plus coûteux qu'à l'étranger.

Une plus large assise, SVP

Les citrons que l'on presse sont connus : la classe moyenne, l'individu qui travaille, la PME, pour ne citer que les plus importants - le noyau de la création de prospérité. C'est à juste titre que les contribuables "plus solides" paient plus d'impôts mais ils en paient trop comparativement à l'étranger. Il faut donc surtout trouver une plus large assise. Mission impossible ? Pourquoi autorisons-nous un circuit parallèle d'ASBL ? Pourquoi des intérêts notionnels pour les sociétés patrimoniales ? Pourquoi permettons-nous aux prépensionnés de prester des services dans le jardinage, l'horeca et la construction ?

Les abus dans le système des allocations existent et le minent au détriment de ceux qui en ont vraiment besoin. En Belgique, chacun a son évasion fiscale autorisée : il y a plus de carnets d'épargne exonérés que de contribuables, les produits d'épargne luxembourgeois peuvent éluder le précompte mobilier en toute légalité. Et quand les grandes entreprises ne paient que 15 % d'impôts chez nous, pourquoi le cachons-nous au lieu d'en faire la publicité dans le monde entier ? Les nombreux postes déductibles, les multiples "portes dérobées" et la complexité de la fiscalité paralysent surtout le contrôle et... on bouche les trous en pressant davantage les citrons.

Si nous voulons que ce pays ait un avenir, nous devons passer du gaspillage à la parcimonie, du pressage des citrons à la vraie solidarité en créant un sentiment de responsabilité collective à l'égard du système au lieu d'en faire (et d'en permettre) un abus massif.

Réactions : trends@econopolis.be

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