Dragone dans la gueule du (Le)loup ?

06/03/13 à 15:51 - Mise à jour à 15:51

Source: Trends-Tendances

L'illustre scénographe se retrouve actionnaire d'un hebdomadaire dont l'un des journalistes enquête précisément sur "la face cachée de Dragone". Ça passe ou ça casse ?

Dragone dans la gueule du (Le)loup ?

© Image Globe

Cocasse. C'est le mot qui vient immédiatement à l'esprit lorsque l'on découvre les coulisses de ce qui se trame chez nos confrères de Marianne Belgique. Lancée ce samedi 9 mars, l'édition belge du célèbre magazine français compte en effet le scénographe Franco Dragone parmi ses principaux actionnaires et un certain David Leloup parmi ses journalistes salariés. L'homme d'affaires louviérois a investi pas moins de 300.000 euros dans l'aventure (sur un capital de départ de 1,75 million d'euros), tandis que le second est l'auteur d'un dossier explosif paru en janvier dernier dans Le Vif/L'Express et qui révélait des suspicions, par la justice montoise, de "blanchiment d'argent" et d'"infractions fiscales internationales graves et organisées" dans le chef de Franco Dragone.

Depuis, David Leloup a quitté son statut de journaliste free-lance pour entrer de plein pied dans la rédaction de Marianne Belgique et chacun sait aujourd'hui que son enquête sur "la face cachée du business de Dragone" est loin d'être terminée. Or, de son côté, le scénographe louviérois a marqué son accord pour investir dans ce nouveau projet rédactionnel il y a plusieurs mois déjà, ne sachant évidemment pas à l'époque que le journaliste qui l'a mis sur la sellette figurerait au final dans l'équipe de Marianne Belgique !

Quid, dès lors, de la suite du dossier de David Leloup ? Le journaliste fraîchement engagé aura-t-il vraiment les mains libres pour publier le fruit de ses nouvelles investigations dans le magazine de l'un de "ses" actionnaires ? Ou bien Franco Dragone s'apprête-t-il finalement à retirer ses billes de l'édition belge de Marianne, histoire d'éviter tout conflit d'intérêt ou de fuir, tout simplement, cette position inconfortable ? Une chose est sûre, en tout cas : David Leloup a déjà prévenu sur son compte Twitter que si on ne le laisse pas faire, il démissionnera.

"Vaudevillesque !"

Actuellement à Abu Dhabi pour la première de son nouveau spectacle à la gloire des Emirats arabes unis, Franco Dragone a accepté de répondre en exclusivité à nos questions. "J'ai beaucoup ri lorsque j'ai appris que David Leloup avait été recruté par Marianne Belgique, reconnait le businessman. C'est assez vaudevillesque mais cela ne changera rien à mon engagement dans ce projet car la situation est très claire : il y a un mur infranchissable entre les actionnaires et la rédaction, et jamais je ne me permettrais d'intervenir dans le travail des journalistes. Ce serait assez débile de ma part et cela reviendrait à mettre de l'huile sur le feu.".

La situation est pour le moins surréaliste. En fait, Franco Dragone affirme n'avoir "aucun contentieux avec Monsieur Leloup qui fait sérieusement son métier". L'homme de spectacle reproche plutôt à l'équipe dirigeante du Vif/L'Express de ne pas lui avoir laissé "une semaine de sursis avant la publication du dossier en janvier dernier, histoire d'avoir le temps de préparer ses réponses aux questions du journaliste". Un argument que balaient pourtant autant David Leloup que la rédaction en chef du Vif/L'Express d'un revers de la main : "On lui a donné 30 heures pour répondre point par point à huit questions très précises qui ne demandaient nullement des journées de réflexion. Et aujourd'hui, nous n'avons toujours pas reçu ces réponses."

Une invitation "franco" Extrêmement confiant dans la suite du dossier, Franco Dragone estime que l'enquête mérite aujourd'hui un nouvel éclairage, étant donné que le journaliste n'a reçu, selon lui, que des "documents parcellaires" et que cette situation mérite dès lors d'être discutée. "J'invite, par votre intermédiaire, David Leloup à prendre contact avec moi pour que l'on se rencontre enfin", lance le scénographe. "J'en prends bonne note, rétorque le journaliste. Mais je préférerais que Monsieur Dragone, pour qui je n'ai aucune animosité, ou plutôt son directeur financier qui maîtrise mieux le volet fiscal, réponde d'abord aux huit questions précises que je lui ai envoyées et qui portent sur les sociétés créées dans des paradis fiscaux, afin que cette rencontre soit réellement fructueuse."

En attendant, Yves Delacollette, nouveau secrétaire général de Dragone Entertainment Group le confirme : une plainte sera bel et bien déposée contre un ancien collaborateur de l'entreprise qui a divulgué certains documents, mais aussi contre Le Vif/L'Express, que tentera de concurrencer Marianne Belgique, en partie propriété de Franco Dragone. Cocasse, on vous le disait.

Frédéric Brébant

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