Les Bourses mondiales s'effondrent: "L'un des plus gros chocs de tous les temps"

24/06/16 à 10:20 - Mise à jour à 16:28

Source: Afp

Pris à contre-pied par une sortie du Royaume-Uni qu'ils n'attendaient pas, les marchés financiers accusaient toujours le coup vendredi dans l'après-midi et l'onde de choc a traversé l'Atlantique pour atteindre Wall Street.

Les Bourses mondiales s'effondrent: "L'un des plus gros chocs de tous les temps"

© REUTERS

La Bourse de New York a en effet ouvert ses portes sur un recul sévère (-2,16% pour le Dow Jones et le Nasdaq -3,78%), mais toutefois moins prononcé que celui des places européennes.

La livre sterling au plus bas depuis 1985 et les Bourses européennes, massivement en berne, étaient les principales victimes de cette journée noire, avec des chutes du même ordre de grandeur qu'au moment de la faillite de la banque américaine Lehman Brothers en 2008.

Au moment de l'ouverture de Wall Street, la Bourse de Paris perdait 7,5%, celle de Francfort près de 7% et celle de Londres près de 4%. Et le secteur bancaire était toujours en première ligne, Deutsche Bank s'effondrant de quelque 15%, Crédit Agricole de près de 14%, BNP Paribas de quasiment 17% et Société Générale de près de 20%.

Après cinq séances consécutives de hausse, l'indice BEL 20 devait à l'instar de ses voisins européens subir l'électrochoc du Brexit. Notre indice de référence devait plonger de quasi 10% avant de se ressaisir quelque peu dans le sillage des déclarations du Premier britannique et de la Banque centrale d'Angleterre. Vers onze heures, le BEL 20 reperdait 5,9% à 3.291 points avec tous ses éléments dans le rouge, bancaires en tête.

Le carnage était du même ordre de grandeur qu'au moment de la faillite de la banque américaine Lehman Brothers en 2008, avec le secteur bancaire en première ligne. Deutsche Bank s'effondrait ainsi de plus de 16% comme BNP Paribas et Société Générale de plus 25%.

"Les marchés n'y croyaient pas. Ils sont pris par surprise par ces résultats inattendus et c'est une réaction en chaîne", souligne Alexandre Baradez, un analyste de IG France.

"C'est l'un des plus gros chocs sur les marchés de tous les temps", estime Joe Rundle, un analyste de ETX Capital. "Les répercussions du vote vont se faire sentir dans le monde entier. L'ampleur des dégâts est difficile à évaluer mais il sera probablement plus important que tous les événements survenus depuis la faillite de la banque Lehman Brothers en 2008".

Thomas Spiller, président de la Chambre de commerce britannique en Belgique

ne se montre, lui, pas inquiet: "tous les marchés vont chuter, mais sur le court terme ce n'est pas inquiétant. Si on en est toujours au même point dans six mois, là ce sera problématique.

Depuis le début de la campagne les marchés redoutaient une sortie du Royaume-Uni aux conséquences dévastatrices pour l'économie européenne et mondiale ainsi que pour le monde financier.

"Pour le Royaume-Uni, c'est un séisme" dont les "implications vont indubitablement aller au-delà des frontières britanniques, avec un effet immédiat et potentiellement durable sur les échanges commerciaux et sur tous les actifs financiers", estime Matthew Beesley, directeur actions internationales de la société de gestion britannique Henderson Global Investors.

Après s'être envolée au-dessus de 1,50 dollar au moment de la fermeture des bureaux de vote, la livre sterling est tombée d'abord sous 1,45 dollar, puis 1,40 dollar, et a poursuivi sa folle descente à des niveaux inédits depuis 1985, jusqu'à 1,3229 dollar, soit une chute de plus de 10% sur la journée.

A l'ouverture des marchés européens, elle évoluait à 1,3686 dollar.

Parallèlement, les valeurs refuges comme le yen ou l'once d'or flambaient et les investisseurs se ruaient sur le marché obligataire. Le Bund allemand tombait en zone négative et le taux d'emprunt à dix de la France et de la Grande-Bretagne étaient à leur plus bas historique, tandis que les titres de dette des pays les plus fragiles de la zone euro étaient délaissés.

La Banque d'Angleterre prête à débloquer 250 milliards de livres

Le gouverneur de la Banque d'Angleterre (BoE) Mark Carney a déclaré vendredi que l'institution était prête à injecter 250 milliards de livres (326 milliards d'euros) de fonds additionnels afin d'assurer des liquidités suffisantes pour le fonctionnement des marchés suite à la victoire du "Brexit".

La Banque centrale britannique est "également capable de fournir des liquidités considérables en devises étrangères, en cas de besoin", a ajouté M. Carney dans une intervention télévisée.

La Banque du Japon (BoJ) s'est aussitôt déclarée "prête à injecter des liquidités", en coopération avec les autres banques centrales, pour limiter l'impact sur les marchés. La Banque d'Angleterre (BoE) a délivré un message similaire, promettant de "prendre toutes les mesures nécessaires".

Sur le front des indices boursiers, la Bourse de Tokyo a d'abord démarré sur des gains modérés avant de soudainement changer de cap une heure plus tard, plongeant de près de 8% à la clôture. Les géants de l'automobile Toyota et Nissan, tous deux implantés au Royaume-Uni, ont décroché de plus de 8%.

La Bourse de Hong Kong lâchait plus de 5% en deuxième partie de séance. Les géants bancaires HSBC et Standard Chartered étaient touchés de plein fouet par ce vent de panique, perdant respectivement plus de 10 et 11%.

Ailleurs dans la région Asie-Pacifique, Sydney et Séoul cédaient plus de 3%, et Shanghai plus de 1%.

Le pétrole était aussi pris dans la tourmente, les cours perdant plus de 6% dans les échanges électroniques en Asie. "Nous voyons le pétrole être emporté par la fébrilité générale des marchés face au vote", a souligné sur Bloomberg News Ric Spooner, analyste chez CMC Markets à Sydney.

Les conséquences "seront négatives de tous les côtés"

A la Bourse de Francfort, à 07H35 GMT, le titre Deutsche Bank était frappé de plein fouet par la décision des électeurs britanniques et enregistrait le plus grand plongeon de l'indice Dax (-16,16% à 13,05 euros).

Commerzbank, deuxième banque allemande, connaissait un sort similaire et décrochait de 14,77% à 6,07 euros.

Le groupe automobile allemand BMW, employeur et un exportateur de premier plan au Royaume-Uni avec ses quatre usines Rolls-Royce et Mini, a dit "respecter la décision des électeurs britanniques de quitter l'UE".

"Les conséquences de cette décision ne sont pas encore prévisibles aujourd'hui", a-t-il souligné par écrit, "mais il est clair qu'une période d'incertitude commence maintenant". Le constructeur haut de gamme n'attend "dans un premier temps pas d'effets importants sur (ses) activités en Grande-Bretagne".

L'assureur Allianz a dit s'attendre "à moyen et long terme à des accords bilatéraux entre le Royaume-Uni et l'UE pour une relation continue et prospère" et a confirmé son engagement outre-Manche.

L'équipementier automobile et fabricant d'électroménager Bosch affirme n'avoir "à l'heure actuelle pas de projets de réduction de (ses) investissements en Grande-Bretagne".

La Grande-Bretagne est le deuxième plus grand marché européen pour Bosch derrière l'Allemagne. Le groupe allemand a 40 sites dans le pays et y emploie environ 5.300 personnes.

L'allemand Deutsche Börse et le Britannique LSE ont par ailleurs confirmé vouloir mener à bien leur fusion en dépit du vote de jeudi.

La "priorité urgente" est "de rassurer les marchés"

La principale organisation patronale britannique a demandé vendredi au gouvernement d'assurer la stabilité économique du pays et souligné qu'il fallait "rassurer les marchés" après la décision de quitter l'Union européenne.

"De nombreuses entreprises seront inquiètes et auront besoin de temps pour évaluer les implications", a déclaré Carolyn Fairbairn, directrice générale de la Confédération des industries britanniques (CBI). "La priorité urgente désormais est de rassurer les marchés. Nous avons besoin d'un leadership solide de la part du gouvernement, qui doit travailler avec la banque d'Angleterre, pour consolider la confiance et la stabilité de l'économie", a-t-elle ajouté dans un communiqué. "Les choix que nous ferons dans les mois à venir affecteront les générations à venir. Ce n'est pas le moment de prendre des décisions précipitées", a conclu la responsable patronale. La livre sterling et la Bourse de Londres chutaient fortement vendredi matin.

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