"Banquiers et assureurs: bientôt tous chômeurs ?"

03/12/15 à 11:20 - Mise à jour à 15:17

Source: Trends-Tendances

La suppression de plus de mille postes par BNP Paribas Fortis le rappelle : aucun acteur du monde financier d'aujourd'hui n'est à l'abri des bouleversements induits par la révolution numérique et les soubresauts du monde. Les start-up "fintech"font trembler les banques, les agences bancaires sont menacées, et les courtiers en assurances peinent à prendre le train numérique en marche...

"Banquiers et assureurs: bientôt tous chômeurs ?"

Image d'illustration. © istock

À l'heure où BNP Paribas Fortis annonce la suppression de 1.050 postes dans ses services centraux et son réseau d'agences, peu de temps après que l'ex-patron du britannique Barclays eut prédit qu'un banquier sur deux perdrait son poste dans les dix ans, le secteur et son avenir reviennent sur le devant de la scène médiatique.

BNPP Fortis n'est évidemment pas le premier à prendre des décisions radicales. Deutsche Bank, met ainsi 10.000 personnes à la porte. La Banque centrale européenne n'en finit plus de faire tourner la planche à billets et inonde le système financier de milliards d'euros. Luc Coene, ancien gouverneur de la Banque nationale, conseille aux banques belges d'augmenter leurs tarifs pour muscler des revenus mis sous pression par les nouvelles règles de solvabilité, les taux d'intérêt ultra-bas et l'"uberisation" de certains de leurs métiers.

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Aucun acteur financier n'est à l'abri de la révolution numérique et des soubresauts du monde.

La liste des problèmes est presque infinie. La finance de l'ombre pèse 80.000 milliards de dollars. Les crédits non bancaires (prêts accordés par d'autres entreprises que les banques, comme le private equity) sont en hausse sensible. Amazon exploite le scoring de ses clients PME et leur propose des crédits avec Amazon Lending. Les obligations sont devenues des actifs risqués. Le compte d'épargne ne rapporte plus rien. Les Belges délaissent leur agence et gèrent directement en ligne un nombre croissant d'opérations. Les cyber-attaques et les vols de données se multiplient. Le secret bancaire se meurt. Etc. Etc. Etc.

Le choc technologique ne frappe pas seulement les banques

Le paysage financier change. Il n'est plus le même qu'en 2008, lorsque les banques ont montré qu'elles étaient fragiles et pouvaient même disparaître. Seront-elles asphyxiées par les géants du Net ? Pourront-elles contrecarrer le déclin de leurs agences ?

Dans Changeons la banque ! (paru dernièrement aux éditions du Cherche-Midi), notre compatriote Benoît Legrand, qui dirige en France la banque ING, jouant la carte de la banque en ligne depuis de nombreuses années, résume les choses ainsi : "Les banques confrontées à un triple choc - révolution digitale, érosion de leurs marges et explosion de la réglementation suite à la crise de 2008 - cherchent à faire évoluer un modèle économique du siècle dernier tout en défendant leurs intérêts."

Il ajoute en préambule de ce très intéressant plaidoyer pour une banque qui rende plus autonome : "La révolution numérique a fait entrer l'humanité dans un nouvel âge, exactement comme le fit l'imprimerie de Gutenberg en 1450, qui diffusa la connaissance partout dans le monde connu. Couché sur le papier, le savoir devenait pérenne et universel, résistant à l'oubli provoqué par le temps ou les guerres. L'imprimerie fut un levier extraordinaire d'émancipation. C'est précisément ce phénomène qui se produit à l'ère digitale. (...) Les nouvelles technologies sont en passe de bouleverser notre quotidien dans tous les domaines : santé, environnement, économie, politique... Elles ont déjà changé notre façon de voir le monde, de consommer ou de créer de la valeur."

De fait, ce choc technologique dont parle Benoît Legrand ne se fait pas sentir sur les seules banques. Il a aussi un impact sur les assureurs, les marchés financiers, etc. Dans le domaine des assurances, par exemple, les comparateurs de prix et de prestations couplés à l'achat en ligne vont mettre une pression sur les tarifs et une pression sur les intermédiaires. En Bourse, ce sont désormais les robots-spéculateurs qui mènent le bal et non plus les brokers d'antan.

Trends-Tendances consacre le dossier de couverture de son numéro 49 (daté du 3 décembre 2015) à l'avenir du secteur financier.

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